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SiFive : pourquoi Intel mise deux milliards de dollars pour proposer une alternative à ARM

Dans un monde des semi-conducteurs, un bruit de couloir fait grand bruit : le numéro mondial du secteur, l’américain Intel, aurait mis deux milliards de dollars (1,642 mds d’euros) sur la table pour racheter SiFive. Petite startup basée à San Mateo en Californie, SiFive développe des puces basées sur une architecture ouverte, appelée RISC-V.

Si la somme paraît loin des dizaines de milliards qu’Intel a promis d’investir dans ses usines, elle reste conséquente. Et elle cache surtout la transformation que l’industrie des composants électroniques est en train d’opérer dans un contexte dominé par l’ascension d’ARM.

Montée d’ARM et le risque de son contrôle par Nvidia

Jadis tout puissant dans les PC, les serveurs, les centres de données et les supercalculateurs (avec parfois des parts de marché qui ont dépassé les 90% !) Intel voit sa puissance s’effriter au profit d’un jeu d’instruction : ARM. Contrôlé par l’entreprise anglaise (à fonds japonais) du même nom, ARM conçoit des designs de puces plus ou moins personnalisables et vend des licences. C’est sur la base de ses plans qu’Apple, Qualcomm, MediaTek, HiSilicon, Rockchip, ST Microélectronics, et des centaines d’autres entreprises développent et/ou produisent des puces « maison ».

Avec autant d’acteurs sur le sujet, ARM a fini par dépasser certaines de ses limites originelles (difficultés à monter en fréquences, nombre de cœurs maximum, etc.) pour permettre à des acteurs de développer des puces très hautes performances. Côté grand public, la puce Apple M1 a marqué les esprits, pour son efficacité. Dans le monde des serveurs, des puces comme les Graviton d’Amazon ou les Altra d’Ampere Computing (128 cœurs !), chamboulent lentement mais sûrement l’hégémonie des Xeon x86 d’Intel.

Le souci pour tout ce beau monde, c’est que le destin d’ARM est incertain. Initialement indépendante, l’entreprise britannique, dont le siège est à Cambridge, est passée un temps sous giron du fond d’investissement japonais SoftBank. Avant d’être rachetée l’an dernier par Nvidia. Décrite comme « la Suisse » des semi-conducteurs, ce qui a fait le succès d’ARM c’est qu’elle était (à peu près) neutre. Une neutralité que nombre d’analystes, d’entreprises et de personnalités (comme le cofondateur d’ARM) estiment impossible à tenir une fois que Nvidia aura digéré l’entreprise.

D’où l’intérêt grandissant autour de RISC-V.

Une troisième ISA de référence ?

Dans le jargon, les « architectures » de processeurs – qui sont en fait plutôt des « jeux d’instructions – sont appelée des ISA, pour instruction set architecture. S’il existe de nombreuses ISA dans de nombreux domaines (SPARC pour le spatial, etc.), l’essentiels des puces sont en fait conçues autour du x86 d’Intel et AMD, et des déclinaisons d’ARM.

x86 est fermée et contrôlée par Intel et seuls AMD et VIA ont une licence de production. Ainsi, il est pour l’heure impossible pour l’entreprise Trucmuche de développer sa puce « custom » avec des cœurs x86 – cela pourrait cependant changer avec l’arrivée de l’Intel Foundry Services. Côté ARM, il faut absolument payer une licence à ARM pour concevoir une puce, ce qui reste onéreux. Et l’ombre de son contrôle par Nvidia fait peur.

Face à cela, la fondation RISC-V, qui s’est mise à l’abris de la législation suisse pour assurer sa neutralité en cas de différend entre nations (cf. la guerre de Trump contre Huawei/HiSilicon) propose une troisième voie : une ISA ouverte. Une structure de puce que tout un chacun, des étudiants en ingénierie jusqu’aux industriels, peuvent adopter sans licence débourser. Des industriels comme Seagate ont d’ailleurs déjà remplacé les cœurs ARM de leurs contrôleurs de disque dur par des puces RISC-V maison.

RISC-V ne demande pas de licence, mais concevoir une puce de A à Z (cœurs CPU, interconnexion et intégration, etc.) demande beaucoup de savoir-faire, certaines entreprises peuvent aussi faire appel à des spécialistes qui développent leurs propres propriété intellectuelle (IP).

Et dans le top des spécialistes de l’ISA RISC-V on retrouve évidemment… SiFive ! Qui est la première entreprise à avoir développé non seulement des puces, mais aussi des cartes-mères complètes intégrant des puces capables de faire fonctionner un vrai Linux opérationnel. Ou encore à mettre en place une ligne de production 5 nm avec TSMC. Sans abandonner x86, Intel pourrait, avec SiFive, se placer en champion de cette troisième voie.

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Même si le deal entre Intel et SiFive n’aboutit pas – selon Bloomberg, plusieurs concurrents auraient fait des offres à la petite startup – il y a fort à parier qu’il ne s’agissait pas d’un bruit de couloir, mais qu’Intel était bien sérieux. On en tient pour preuve que lors de l’annonce de son service de fonderie, Intel avait expressément nommé pour la première fois RISC-V comme l’une des trois architectures que le géant allait proposer à ses clients. Qu’il mette ou non la main sur SiFive, peu importe : pour Intel, une partie du futur des semi-conducteurs passe bien par RISC-V.

Via : Bloomberg

Source: 01net

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