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GlobalFoundries : pourquoi Intel pourrait racheter 30 milliards de dollars les anciennes usines d’AMD

Depuis la fin de la semaine dernière, un bruit à 30 milliards de dollars court. Intel étudierait le rachat de GlobalFoundries, un acteur d’envergure dans le monde des semi-conducteurs, qui produit 7% du volume total des puces dans le monde. L’information, révélée par le Wall Street Journal, est doublement saisissante.

D’une part, la somme est énorme puisque si le deal est signé à ce prix, il éclipserait presque deux fois la précédente plus grosse acquisition d’Intel – Altera avait été rachetée en 2015 pour 16,7 milliards de dollars. Après les 20 milliards de dollars pour la construction d’une nouvelle usine de dernière génération, le nouveau CEO d’Intel Pat Gelsinger semble avoir les coudées franches côté investissements.

Ensuite, GlobalFoundries n’est rien de moins que la partie fab industrielle d’AMD. En 2008, AMD avait en effet décidé de devenir fabless (sans usine en propre) et avait cédé son activité au fonds souverain d’Abu Dhabi. AMD a d’abord travaillé exclusivement avec Global Foundries pendant plusieurs années, avant d’appliquer un plan de désengagement pour se tourner vers TSMC.
Dépassé en matière de finesse de gravure – nerf de la guerre dans la course aux performances – GlobalFoundries a commencé à se spécialiser dans d’autres types de puces (télécommunication, défense, automobile, etc.) et AMD n’est désormais qu’un client parmi tant d’autres.

Si les inconnues et les obstacles sont nombreux pour Intel, notamment en matière de contrôle du marché, cette acquisition a beaucoup de sens dans le contexte actuel.

Accélérer la disponibilité de l’Intel Foundry Services

En début d’année Pat Gelsinger a annoncé la création d’un service de fonderie qui ferait d’Intel un concurrent de TSMC et de Samsung en matière de sous-traitance de la production de puces de pointes. Dans un contexte de pénurie de puces, profiter d’un outil industriel déjà en place permettrait à Intel de rendre rapidement crédible son service. Surtout qu’il a recruté en 2019 l’ancien CTO de GlobalFoundries, Gary Patton. La mise en route devrait être rapide.

En plus des capacités de production, Intel pourrait aussi beaucoup apprendre. Car si le géant sait concevoir et produire des puces, il ne sait pas vraiment être au service des autres. A contrario, GlobalFoundries est un sous-traitant donc le cœur de métier est de travailler pour ses clients. Une expérience collective qui pourrait grandement faciliter la bascule culturelle d’Intel, historiquement attaché à son identité d’entreprise « totale » – maîtrise de l’IP (x86), maîtrise du design des puces, maîtrise de la fabrication.

Récupérer des savoir-faire de pointe

Si TSMC et Samsung ont dépassé GlobalFoundries en termes de finesse de gravure et de volumes, GloFo, comme on l’appelle dans le jargon, est loin d’être un manchot.
Outre sa maîtrise de la finesse jusqu’à 12 nm, GlobalFoundries a des savoir-faire qu’Intel n’a pas notamment dans la fabrication des puces destinées à l’automobile, à la défense américaine ou même aux télécommunications. GlobalFoundries a en effet passé différents partenariats universitaires pour être en pointe sur les processus de fabrication nécessaires aux composants de la 6G.
Autre savoir-faire : les puces photoniques à destination des ordinateurs quantiques, un domaine dans lequel Intel travaille aussi d’arrache-pied. Un Intel qui pourrait alors profiter des machines de fabrication exclusives que GlobalFoundries a conçues.

Zéro pourcent made in China

Le dernier argument est celui de la souveraineté. Ayant endossé le maillot de champion occidental des semi-conducteurs, Intel trouverait dans GlobalFoundries un outil de production protégé de toute ingérence chinoise. Les usines de GloFo sont en effet situées aux USA, en Allemagne (la plus avancée technologiquement) et à Singapour. GlobalFoundries a continuellement investi dans son outil de production – encore 1,4 milliard répartis entre tous ses sites rien qu’en mars dernier.
Et, hier encore, à l’occasion d’un évènement privé de GlobalFoundries, son PDG, Tom Caulfield, a annoncé l’injection d’environ un milliard de dollars supplémentaires dans l’extension de son plus gros site actuel, Fab 8, qui se trouve à Malta, dans l’état de New York. Outre l’agrandissement du site existant, une nouvelle usine ultra-performante sera construite au travers d’un partenariat privé-public.

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Intel n’héritera peut-être donc pas que d’usines EUV de pointe, mais tout de même d’un réseau de fabs de qualité, déjà pleinement opérationnelles, servant de nombreux clients et réparties à travers trois continents.

Il reste désormais à voir comment s’entendront les financiers…

Source : Wall Street Journal

Source: 01net

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