Société

« Notre normale, c’est le racisme systémique » : un chef autochtone s’exprime

 

Dans une longue lettre ouverte diffusée vendredi, le chef Leo Metatawabin affirme que la manière dont le gouvernement fédéral a traité sa communauté durant la pandémie témoigne de racisme systémique.

Le manque d’infrastructure équitable et de ressources dans sa communauté a été davantage exposé par la pandémie, dit-il.

Nos gens se sont protégés en quittant la réserve bondée pour leurs camps de chasse. Nous sommes reconnaissants que notre culture est si résiliente […], mais ce n’est pas normal que cette étape coûteuse et déstabilisante soit notre seule option, parce que nos conditions de vie nous rendent vulnérables à la propagation de la maladie, dit-il.

Au Canada, on parle du « retour à la normale » après la COVID-19. Notre normale, c’est le racisme systémique.

Leo Metatawabin, chef de la Première Nation de Fort Albany

La lettre du chef survient après les commentaires de plusieurs personnalités canadiennes niant l’existence de racisme systémique.

Trois femmes se tiennent près les unes des autres en regardant par terre.

Des membres de la communauté autochtone de Timmins pleurent la mort de l’un des leurs. Joey Knapaysweet, 21 ans, a été abattu par la police de Timmins en février 2018.

Photo : Radio-Canada / Jean-Loup Doudard

Stockwell Day, un commentateur politique à l’émission Power & Politics de CBC et ancien ministre sous le gouvernement Harper, a nié à l’antenne l’existence du racisme systémique au Canada, la semaine dernière.

Il s’est ensuite excusé sur Twitter pour avoir comparé le racisme systémique à son expérience personnelle d’intimidation lorsqu’il était enfant.

C’est profondément douloureux pour la Première Nation de Fort Albany de voir des gens de pouvoir et d’influence suggérer que le racisme systémique n’est pas un problème sérieux au Canada, dit le chef Metatawabin dans sa lettre.

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Des exemples

Leo Metatawabin cite les morts de Joey Knapaysweet et Agnes Sutherland à Timmins en 2018 comme des exemples de la brutalité policière envers les Autochtones.

Joey Knapaysweet a été abattu par un policier alors qu’il prenait la fuite à proximité du lac Gillies. L’homme s’était avancé vers le policier, un couteau à la main.

La même fin de semaine, Agnes Sutherland est morte à l’hôpital après avoir été détenue au poste de police alors qu’aucun chef d’accusation n’avait été porté contre elle. La femme avait été admise à l’hôpital deux jours auparavant, mais avait refusé des traitements et signifié son intention de retourner à Fort Albany pour y mourir.

Un rapport de la Commission ontarienne des droits de la personne a qualifié ces morts de conséquences de la discrimination fondée sur l’ascendance autochtone de la part de fournisseurs de services publics.

Lorsque j’étais à Timmins, dans les semaines qui ont suivi les décès de Joey Knapaysweet et d’Agnes Sutherland, un grand nombre de personnes avec qui je me suis entretenue affirmaient qu’il y avait un lien entre ces décès et le racisme systémique, et l’inégalité de l’accès à des services essentiels, avait alors affirmé la commissaire en chef de la Commission ontarienne des droits de la personne, Renu Mandhane.

Des portraits de Joey Knapaysweet, 21 ans, et d'Agnes Sutherland, 62 ans.

Joey Knapaysweet et Agnes Sutherland sont morts à la suite d’interactions avec des agents du service de police de Timmins, en février 2018.

Photo : Facebook/mironwilson.com

L’Unité des enquêtes spéciales (UES) de l’Ontario n’a toutefois déposé aucune accusation auprès de la police de Timmins quant à ces incidents.

[L’agent de police], en se protégeant contre la mort ou des lésions corporelles graves que le plaignant aurait pu lui infliger, n’a pas utilisé plus de force qu’il n’était nécessaire pour atteindre son objectif légitime, a indiqué le directeur de l’UES, Tony Loparco, dans son rapport concernant la mort de Joey Knapaysweet.

La vie et la mort d’Agnes Sutherland et de Joey Knapaysweet étaient marquées par le racisme systémique, dit Leo Metatawabin.

Pour ces raisons et tant d’autres, nous savons que le racisme systémique au Canada est réel et grave. Nous exhortons tous les Canadiens à le reconnaître, à délaisser le déni et à se diriger vers des solutions justes et durables qui respectent nos droits comme Nation et partenaires de traités, conclut-il.

Source: Radio-Canada | Societe

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