Société

#LoveIsNotTourism : ces couples séparés qui militent en ligne

 

Emmanuelle Bergeron joue à cache-cache avec son fils Lucas qui aura bientôt 2 ans. La Montréalaise qui travaille dans une école primaire filme leur course folle pour ensuite envoyer la vidéo à Ernesto Davalos, le papa de Lucas qui est d’origine cubaine. Il y a cinq mois à peine, Emmanuelle était pourtant convaincue qu’ils pourraient bientôt jouer tous ensemble.

Après deux ans de marathon administratif, Emmanuelle, qui parraine son mari afin qu’il obtienne la résidence permanente canadienne, reçoit en février dernier un courriel inespéré. On m’envoie la lettre de bienvenue au Canada… Mon Dieu, je pleure de joie, je me dis que c’est fini, raconte-t-elle, encore émue.

Elle envoie un dernier document à Immigration Canada. Le document est bien reçu, le dossier est complet… Et puis là, les frontières ferment. Tout ce qu’il nous manque, c’est le visa de voyage, dit-elle, découragée. Le bureau des visas de Mexico, où la demande d’immigration d’Ernesto Davalos est traitée, tourne au ralenti et affirme ne traiter que les « services essentiels urgents ».

À 700 kilomètres de Montréal, Sarah Campbell, 25 ans, traverse une épreuve similaire, à Stratford, en Ontario. Elle devait se marier le 27 juin dernier avec son fiancé britannique, Jacob Taylor.

La COVID-19 leur a toutefois coupé l’herbe sous le pied. Le Canada a fermé ses frontières. Comme je devais aller vivre en Angleterre après le mariage, je me suis dit que je pourrais y aller maintenant, puisque le Royaume-Uni n’a pas fermé ses frontières avec le Canada, dit Sarah Campbell.

En mai dernier, elle remarque des bosses étranges sur sa gorge. Après avoir subi une série de tests, les médecins m’ont dit que c’était un cancer de la thyroïde, relate-t-elle.

Une option s’offre à elle au début juin pour que son fiancé la rejoigne : Ottawa met en place une mesure spéciale qui permet aux parents, aux époux, aux conjoints de fait et aux enfants de citoyens et de résidents permanents canadiens d’entrer au pays. Mais comme Sarah et Jacob ne vivent pas à la même adresse depuis un an, ils ne sont pas considérés comme des conjoints de fait.

Les personnes mariées à un Canadien peuvent venir. Et même si nous pouvons prouver que nous allions nous marier le 27 juin dernier, mon fiancé n’est pas autorisé à entrer au Canada. Il ne nous manque qu’un acte de mariage. Un document que nous aurions d’ailleurs en ce moment si ce n’était pas de la pandémie… c’est vraiment frustrant, déplore-t-elle.

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Une jeune femme tient des lettres devant une boîte aux lettres.

Sarah Campbell envoie régulièrement des lettres à des députés pour tenter d’obtenir de l’aide pour favoriser la réunion des couples binationaux séparés.

Photo : Courtoisie

Mobilisation de longue haleine

Dans le but de changer les choses, Sarah Campbell envoie massivement depuis deux semaines des lettres au premier ministre Justin Trudeau et à des membres de son cabinet. Et comme des centaines d’autres Canadiens, elle publie massivement des messages sur des réseaux sociaux accompagnés de plusieurs mots-clics, dont #PrioritizeFamilySponsorship (#PriorisezLeParrainageFamilial) et #LoveIsnotTourism (#L’AmourN’estPasDuToursime).

Emmanuelle Bergeron participe aussi au mouvement. Tous les jours, j’écris sous les publications du ministère de l’Immigration, du gouvernement, du ministre de l’Immigration, Marco Mendicino et du premier ministre Justin Trudeau. J’envoie aussi des courriels automatiques à plusieurs députés, dit-elle.

Vidéos, diaporamas sur TikTok, Twitter et Facebook, lettres adressées aux députés, pétition en ligne : les couples binationaux cherchent par tous les moyens à attirer l’attention des politiciens et de la presse sur les médias sociaux. Le mardi, c’est la tempête Twitter. On inonde le réseau avec nos histoires d’amour, les photos de notre famille et un mot qui dit « comment pouvez-vous nous laisser comme ça, sans réponse? » Et puis, on ajoute ensuite les mots-clics, explique Masha Pelletier, l’une des instigatrices du mouvement.

Celle qui est mariée à un Tunisien espère que cette mobilisation permettra de faciliter la réunification familiale des couples déchirés. Ce qu’on veut, c’est un visa temporaire qui permette à nos maris d’être ici, avec nous, durant la pandémie. Il y aura des règles strictes, bien sûr, mais nous les suivrons, assure-t-elle.

Un couple prenant un égoportrait.

Maggie Foster en compagnie d’Alexandre Portier, son conjoint

Photo : Courtoisie

Un mouvement mondial

L’initiative canadienne s’inscrit dans le mouvement plus large #LoveIsNotTourism (#L’AmourN’estPasDuTourisme) qui vise aussi à assouplir les restrictions de voyage dans de nombreux pays du monde. En quelques semaines, l’une des instigatrices du mouvement, l’Américaine Maggie Foster, qui est en couple avec un Français, a réussi à mobiliser plus de 7000 personnes en provenance des quatre coins du globe pour faire pression sur les politiciens.

Pour nous, c’est très important qu’il y ait des règles pour protéger la santé de tous. Il est possible, par exemple, de mettre en place des exemptions aux restrictions de voyage pour les couples binationaux en exigeant que les voyageurs aient en main des résultats de test de COVID-19 ou qu’ils passent un test en arrivant à l’aéroport, explique-t-elle.

Elle ajoute que les efforts de milliers de couples séparés ont déjà porté leurs fruits, notamment en Europe : Des exemptions ont été adoptées aux Pays-Bas, en Islande, en République tchèque et en Autriche, grâce à nos messages et aux manifestations qu’on organise.

Au Canada, les couples binationaux ont aussi contacté des membres des partis de l’opposition. La porte-parole du NPD en matière d’immigration, Jenny Kwan, a d’ailleurs fait parvenir une lettre au ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Marco Mendicino pour lui recommander de fournir des visas de résident temporaire aux conjoints de Canadiens lors de leur demande de parrainage familial a été, en principe, approuvée.

Dans un courriel, le cabinet du ministre Mendicino affirme continuer à chercher des moyens novateurs afin de réunir les familles, tout en suivant les conseils de nos experts en santé publique, qui nous rappellent que COVID-19 représente toujours un risque important pour la santé et la sécurité des Canadiens.

Les couples binationaux, eux, promettent de demeurer visibles. Des manifestations en soutien à leur cause sont d’ailleurs prévues le 8 août prochain à Montréal et à Toronto.

Source: Radio-Canada | Societe

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