Société

Le deuil « plus difficile » au temps de la COVID-19

Le père Dave Tramontini, curé de la cathédrale de l’Assomption de North Bay, est en deuil. Il a récemment perdu sa mère âgée de 94 ans. Privée de la possibilité d’un service funéraire public, la famille devra se contenter d’une cérémonie où ne seront conviés ni les amis ni les connaissances de la défunte.

Ce sera un service très petit, et cela n’aurait évidemment pas été notre premier choix. On était préparés à célébrer la vie [de ma mère] de manière plus traditionnelle, note le père Tramontini, qui ajoute tout de même qu’il comprend et soutient les mesures restrictives prises par les gouvernements et les autorités de la Santé publique.

Le diocèse catholique de Sault-Sainte-Marie, comme plusieurs autres à travers le pays, a arrêté d’organiser des messes il y a deux semaines. Mais depuis l’annonce lundi de l’interruption de tous les services non essentiels à travers la province, le diocèse a même interdit aux gens de se rendre à l’église pour se recueillir individuellement.

Selon l’évêque du diocèse Mgr Marcel Damphousse, pour ce qui est des funérailles, le tout se fera dans des salons funéraires autant que possible et selon les protocoles émis par le bureau de la santé publique.

Les circonstances créent donc une situation très difficile pour les familles, ajoute Mgr Damphousse, d’autant plus que le rassemblement est un réflexe tout naturel pour les familles en deuil.

Généralement, quand on se rassemble en famille, c’est bon pour le moral, pour trouver des forces. Dans des situations comme celle-ci où on recommande de ne pas se rassembler, de faire la distanciation sociale, les rencontres deviennent plus difficiles et le processus du deuil se fait plus difficilement, souligne-t-il.

C’est comme dans un temps de guerre. On est restreint au strict minimum et on doit assumer les changements de vie. La plupart des gens sont déjà au courant des restrictions et la plupart d’entre eux comprennent, mais c’est certain que c’est difficile. Lorsqu’on perd quelqu’un, un être cher, c’est un temps émotif, il faut cheminer avec les familles, les aider à comprendre la situation. Il faut faire preuve de patience, de tendresse et de compassion.

Mgr Marcel Damphousse, évêque du diocèse de Sault-Sainte-Marie

À lire aussi :

Les salons funéraires renforcent leurs mesures de sécurité

En réponse à la COVID-19, l’Autorité des services funéraires et cimetières de l’Ontario, qui est responsable de la mise en oeuvre de certaines dispositions de la Loi sur les services funéraires, les services d’enterrement et de crémation, a exigé que tous les salons funéraires de la province se plient aux normes des autorités provinciales et de la Santé publique, comme la distanciation sociale et la réduction de la capacité d’accueil.

Au salon funéraire Théorêt Bourgeois de Sturgeon Falls, on limite à 10 le nombre de personnes présentes en même temps dans une salle de veillée funéraire. De plus, les visiteurs doivent tous se soumettre à un dépistage actif des symptômes de la COVID-19 à l’entrée.

Les périodes de visite sont également écourtées et des stations de désinfection des mains ont été ajoutées, selon le copropriétaire de l’établissement Collin Bourgeois.

C’est évident que les gens ne peuvent pas célébrer ni avoir des funérailles dans des lieux publics. Alors, les gens nous disent toujours la même chose, donc qu’ils vont faire quelque chose de très intime pour la famille immédiate seulement et qu’ils se reprendront après la crise avec une cérémonie publique, note-t-il.

Selon la perception de M. Bourgeois, le rôle actuel des salons funéraires est encore plus important, parce qu’ils ont la responsabilité d’arriver à marier le deuil et les normes de santé publique dans des circonstances inhabituelles.

Les familles sont sous une très grande pression. Les hôpitaux restreignent les visites aux patients, les salles d’urgence regorgent de patients. Ce qui arrive, c’est qu’il y a des familles qui nous arrivent, puis elles n’ont même pas eu l’occasion de visiter le défunt à l’hôpital ou dans le lieu du décès. Donc, pour nous, ici au salon funéraire, on comprend que refuser les services aux gens serait inacceptable parce qu’on leur cause un deuxième stress. C’est essentiel que les gens puissent vivre leur deuil quand même, mais dans un environnement plus contrôlé.

Collin Bourgeois, copropriétaire du salon funéraire Théorêt Bourgeois
Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

Gérer l’après-COVID-19

M. Bourgeois se dit conscient du fait que la période post-COVID-19 pourrait être particulièrement difficile à gérer pour les salons funéraires comme le sien.

Il y aura une accumulation, donc il va falloir s’en occuper. Lorsque les restrictions seront levées, il y a beaucoup de gens qui vont nous rappeler et vont vouloir célébrer la vie de leurs proches morts plusieurs semaines ou mois auparavant, fait-il savoir.

Il indique toutefois que des partenariats entre divers salons funéraires et services d’incinération existent déjà et permettent des prêts de service.

En ce moment, je ne vois aucune raison de s’inquiéter, dans le sens où les maisons funéraires vont rester à l’avant-garde et s’occuper des besoins émotionnels des familles. La présence physique du corps ou des cendres peut être retardée, mais nous avons des procédures en place pour nous assurer que les gens ne soient pas privés de services professionnels, conclut-il.

Source: Radio-Canada | Societe

Ajouter un commentaire

Click here to post a comment

%d blogueueurs aiment cette page :