Société

« La preuve par l’image » : La vidéo amateur, arme des Noirs contre les violences policières

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Publié aujourd’hui à 01h01, mis à jour à 06h43

Un mur en hommage à toutes les vies d’Afro-Américains perdues dans des violences, à Portland (Oregon), le 1er août.

Elle a causé une vague d’émotion et de révolte aux Etats-Unis comme dans le monde entier et elle n’est pas encore adulte. C’est une adolescente noire de 17 ans, Darnella Frazier, qui a filmé la lente agonie de George Floyd, le 25 mai, avec son téléphone portable. Ce jour-là, la lycéenne se rend à l’épicerie de son quartier, dans le sud de Minneapolis (Minnesota), avec son cousin de 9 ans. Mais en chemin, elle tombe sur un homme noir menotté, plaqué sur le ventre par un policier, qui lui écrase le cou de son genou, devant trois de ses collègues.

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George Floyd maintenu sous le genou d’un policier de Minneapolis (Minnesota). Il meurt asphyxié, le 25 mai.

L’homme suffoque, les passants protestent, interpellent les policiers, demandent qu’on prenne son pouls. En vain. Darnella Frazier, elle, sort son téléphone et filme une scène interminable de 8 minutes 46 secondes. L’homme gémit, supplie, appelle sa mère, répète seize fois la même phrase, devenue symbole de ses souffrances et de celles des Afro-Américains aux Etats-Unis : « Je ne peux pas respirer ». Et il meurt.

« C’était un meurtre »

Les secours arrivent trop tard. Sur Facebook, un réseau où elle poste d’habitude des gifs, des blagues et des infos, Darnella Frazier diffuse la vidéo et témoigne de ce qu’elle a vu, la voix tremblante – « C’était un meurtre ». Elle sait très bien ce qu’elle fait. « C’était comme par instinct, a-t-elle déclaré au journal Star Tribune. Il fallait que le monde voie ce que j’étais en train de voir. Bien trop souvent, ces choses-là se passent en silence. » La vidéo devient vite virale, et l’adolescente fait l’objet de commentaires acerbes. Elle persiste et signe : « Sans moi, la police aurait étouffé l’affaire avec une de leurs salades. Au lieu de me critiquer, vous devriez me dire MERCI. »

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Sa vidéo, notable par sa longueur et sa clarté, par ce qu’elle montre de l’impuissance d’une communauté face à l’indifférence et la cruauté de la police, provoque un mouvement d’indignation d’une ampleur jamais vue. Des manifestations se multiplient dans tout le pays, « I can’t breathe » devient un slogan mondial contre les violences policières et racistes. Aux Etats-Unis, où il est très difficile de remettre en cause la parole des policiers, la vidéo force les autorités à réagir : le lendemain, les policiers sont renvoyés ; deux jours plus tard, celui qui a mis le genou sur le cou de George Floyd, Derek Chauvin, est inculpé pour meurtre et les trois autres sont mis en cause pour complicité de meurtre.

L’ère digitale, l’explosion des réseaux sociaux et des téléphones portables ont multiplié les exemples de violences filmées par des passants

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Source: International : Toute l’actualité sur Le Monde.fr.

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