Société

« La crise du coronavirus ébranle aussi l’idée de démocratie et de liberté »

Tribune. La crise du coronavirus met sous pression notre quotidien, notre travail, nos relations sociales. Elle ébranle aussi l’idée de démocratie et de liberté : qui aurait pensé que se promener dans la rue puisse devenir, du jour au lendemain, interdit, passible d’amende ? Plus encore, qui aurait cru qu’une telle mesure soit plébiscitée et même, pour un nombre considérable de Français en quête d’autorité, jugée insuffisamment stricte ? En quelques heures, des habitudes et croyances que l’on pensait profondément ancrées ont été renversées.

Les impératifs de santé publique ont percuté des principes démocratiques aussi fondamentaux que la liberté d’aller et venir. Tout porte à croire qu’ils rentreront aussi en conflit avec la protection de la vie privée. En Europe, la République tchèque a annoncé la première son intention de déployer un outil de localisation puissant, intrusif, utilisant les données de localisation des téléphones portables pour suivre les mouvements des porteurs de virus, afin de tracer les contacts que cette personne a eus et freiner la propagation de la pandémie. L’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni ont exprimé un intérêt similaire. Emmanuel Macron vient d’engager cette discussion en France.

L’idée de déployer des outils de surveillance de masse réveille évidemment des craintes d’utilisation abusive, d’excès de pouvoir de ceux qui détiendront ces données, et de conséquences potentiellement désastreuses pour les libertés publiques. De tels dispositifs iraient contre ce que nous avons voulu construire depuis l’avènement du numérique pour nous prémunir du spectre d’une surveillance totalitaire. Les lois sur la privauté des données personnelles, pour lesquelles l’Europe fait figure d’exception dans le monde, sont le reflet de cette culture européenne.

Outils de surveillance de masse exceptionnels

Le virus sera présent plus longtemps que le confinement ne sera supportable. Il faudra donc bien imaginer des dispositifs permettant de regagner de la flexibilité de mouvement. Le plus probable est que cela passera par une combinaison de tests médicaux généralisés et de technologie de suivi personnalisé. Ce modèle a fait ses preuves : la Corée du Sud, Singapour, Hongkong ont tous réussi à résorber la pandémie sans confinement prolongé (parfois sans confinement du tout). Si nous devons choisir, dans quelques semaines, entre l’effondrement économique et sociétal dû à un arrêt prolongé du pays, ou accepter des dispositifs de suivi que nous aurions refusés en temps normal, que ferons-nous ?

Source: Planète : Toute l’actualité sur Le Monde.fr.

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