Société

ITSS | Un grand « fessetival » du dépistage

Gono Del Raie, Hépatite Beat, Gigi & Her Sexophone, DJ Sam Pique : non, ce ne sont pas les invités du prochain Osheaga, mais bien les fictives têtes d’affiche du DépistaFest, une réelle campagne de sensibilisation au dépistage des ITSS qui invite les jeunes adultes à profiter du récent déconfinement pour se faire tester l’entrejambe.

Publié le 15 juin 2021 à 11h00

Valérie Simard

Valérie Simard La Presse

Quel type de « fessetivalier » ou « fessetivalière » êtes-vous ? La chaise pliante toujours bien préparée, le sac banane et son petit côté olé olé ou le popsicle fusée qui croit que le sexe oral est la façon la plus sécuritaire de vivre sa sexualité ? C’est dans l’approche humoristique et zéro moralisatrice qui le caractérise que Club Sexu, un média spécialisé dans la sexualité positive, organise le DépistaFest (entendre « dépiste ta fesse » !), du 16 au 25 juin. Pendant cette période, Club Sexu et ses partenaires, une trentaine de cliniques et d’organismes spécialisés en santé sexuelle, invitent le public à se faire tester gratuitement.

« On a constaté, lors d’une étude terrain menée à l’interne, qu’à cause de la COVID-19, les services de dépistage ont été gravement altérés parce que le matériel et les ressources humaines nécessaires au dépistage des ITSS [infections transmissibles sexuellement et par le sang] ont été envoyés au front, indique la cofondatrice et directrice générale du Club Sexu, Geneviève Bergeron. La plupart des cliniques ont dû couper leurs services aux personnes qui n’avaient pas de symptômes. » Or, plusieurs infections sont asymptomatiques.

Alors que le Québec se déconfine, que les bars rouvrent leurs portes et que certains entrevoient un été actif sur le plan des rencontres, Club Sexu y voit l’occasion idéale d’aborder le sujet. Il mise aussi sur cette expérience pandémique collective qui nous a fait comprendre à tous l’importance de freiner une chaîne de transmission.

PHOTO FOURNIE PAR LE DÉPISTAFEST

Ce qui se passe au festival…

Le parallèle avec les festivals, propices aux rapprochements, est venu de soi. « Il y a quelques études qui ont documenté le lien entre le fait d’aller en vacances ou dans un festival et l’adoption de comportements un peu plus à risque, souligne Sara Mathieu-Chartier, chercheuse en sexologie et membre du conseil d’administration du Club Sexu. La pensée : ce qui arrive à Vegas reste à Vegas, on l’a aussi au Festif ! de Baie-Saint-Paul et à Osheaga. »

Certes, certains festivals n’auront pas lieu cet été, mais les comportements à risque ne seront pas pour autant enrayés. Sur le site internet du DépistaFest, un jeu-questionnaire permet d’ailleurs d’évaluer les risques de ses actions. « Le fait d’avoir eu un nouveau partenaire dans la dernière année ou d’anticiper en avoir plusieurs, en soi, c’est un risque, surtout dans une population de jeunes adultes où les taux d’ITSS sont plus élevés », constate la sexologue.

On veut amener les gens à réaliser que c’est peut-être un petit peu plus fréquent qu’on le pense et que ce n’est pas associé à un comportement extrême.

Sara Mathieu-Chartier, chercheuse en sexologie et membre du conseil d’administration du Club Sexu

Faciliter l’accès au dépistage est aussi l’un des buts de la campagne. Pour ce faire, Club Sexu s’est associé à des cliniques de dépistage établies à Montréal, Québec et Sherbrooke. Cette première édition étant un projet-pilote, l’organisme souhaite étendre ce réseau à d’autres villes du Québec dans le futur.

Nouvelle méthode

L’un des principaux partenaires du Club Sexu dans cette campagne est Prélib, une clinique établie à Montréal et dès la semaine prochaine à Québec, qui propose une façon de faire unique au Québec, voire au Canada. « On veut que les gens comprennent que c’est simple de se faire dépister, que ce n’est pas tabou, affirme Éric Charette, directeur au développement de Prélib. Il y a de nouvelles méthodes qui simplifient le processus. »

Chez Prélib, les rendez-vous se prennent en ligne et les évaluations médicales sont remplies sur un portail patient. Une infirmière accueille les patients sur place, mais ce sont eux-mêmes qui effectuent les prélèvements (sauf les prises de sang) dans une cabine, à l’aide de tutoriels. L’échantillon est ensuite déposé dans une chute. Environ sept jours plus tard, le patient reçoit les résultats et est mis en contact avec un médecin au besoin. Prélib est affiliée à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) depuis l’an dernier. Seuls les frais de transport, variant de 5 $ à 15 $, sont facturés, sauf pendant la durée du DépistaFest, où ceux-ci sont assumés par la clinique.

Depuis son affiliation au régime public, Prélib a vu le nombre de ses tests de dépistage augmenter. Mais c’est loin d’être le cas de toutes les cliniques.

Selon une étude menée à la fin de 2020 par l’Agence de la santé publique du Canada, 66 % des fournisseurs de services de prévention, de dépistage et de traitement des ITSS ont connu une baisse de la demande de leurs services et 44 % de l’ensemble des fournisseurs ont vu leur capacité de fournir leurs services diminuer.

Avec le DépistaFest, Club Sexu espère voir l’achalandage dans les cliniques partenaires augmenter de 40 % et souhaite que le dépistage entre dans les habitudes des jeunes adultes. « Si tu passes je ne sais pas combien d’heures au gym pour être tight pour l’été, faire un petit test de dépistage en bonus pour être en santé et prêt à vivre de belles expériences positives, ça devrait s’inscrire dans cette routine », lance Sara Mathieu-Chartier. Bon « fessetival » !

Consultez le site du DépistaFest Source: LaPresse.ca – Société

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