Société

COVID-19 | Pas de baby-boom, au contraire

C’est confirmé : le confinement du printemps ne s’est pas soldé par un baby-boom au Québec. Au contraire, même.

Publié le 8 avril 2021 à 6h28

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

L’Institut de la statistique du Québec a publié mercredi les données préliminaires des naissances de janvier, les premières pour les bébés conçus après le décret de la pandémie de COVID-19. Quelque 6350 enfants ont vu le jour dans la province ce mois-là, soit 500 de moins qu’en janvier 2020. C’est une diminution de 7 %.

« Ça ressemble à la baisse qu’il y a eu en octobre [- 7 %], en novembre [- 8 %] et en décembre [- 6 %] », indique Chantal Girard, démographe à l’Institut de la statistique du Québec.

Pour expliquer la diminution constatée pendant ces mois d’automne, qui ont accueilli des bébés conçus avant l’entrée en vigueur des mesures sanitaires, l’Institut de la statistique du Québec avait avancé l’hypothèse de la diminution du flux migratoire. Bref, moins de femmes enceintes auraient immigré au Canada, donnant lieu à un peu moins de naissances.

Aux restrictions aux frontières, on peut commencer à ajouter d’autres raisons possibles, comme le sentiment d’incertitude, l’anxiété et l’insécurité économique liés à la crise sanitaire.

Chantal Girard, démographe à l’Institut de la statistique du Québec

La démographe évoque d’autres éléments pouvant entrer en jeu, dont le report des mariages et l’augmentation possible des séparations. « Il y a peut-être aussi eu moins de mises en couple parce qu’il y a eu moins d’occasions de se rencontrer », ajoute Chantal Girard, qui souligne que des observateurs ont aussi évoqué l’arrêt temporaire des traitements de fertilité pour expliquer, en partie, cette baisse.

Pour Anne-Josie Roy, nutritionniste et entraîneuse de 33 ans, la pandémie n’a pas été un frein, mais plutôt un incitatif.

Son conjoint, officier dans les Forces canadiennes, est revenu à Montréal en avril après que la formation qu’il suivait en Ontario a été mise sur pause.

PHOTO FOURNIE PAR ANNE-JOSIE ROY

Anne-Josie Roy et son garçon Dustin

On voulait commencer à essayer d’avoir un enfant après notre mariage, en juin, mais le mariage a été annulé à cause de la pandémie. Et on s’est retrouvé ensemble, à temps plein. On s’est dit : pourquoi pas ouvrir la porte tout de suite ? Et ça a bien été !

Anne-Josie Roy

Le petit Dustin est né à la mi-janvier.

Vivre une grossesse en pandémie a eu ses avantages et ses inconvénients. Anne-Josie devait aller seule à ses rendez-vous médicaux, sans son conjoint. Elle n’a pas pu voir beaucoup sa famille pendant sa grossesse (d’autant plus que le couple a déménagé à Winnipeg un mois avant l’accouchement). En revanche, son amoureux était à la maison pendant la grossesse et pour les premiers mois de vie du bébé.

« Même si on n’avait pas de famille, pas d’aide, on était tous les deux à la maison et c’était une bénédiction », dit Anne-Josie Roy.

Ailleurs dans le monde

La tendance à la baisse des naissances observée au Québec se voit aussi ailleurs dans le monde.

À la fin du mois de mars, un chercheur de l’Institut de démographie de Vienne, en Autriche, a analysé les premières statistiques et estimations de naissance dans 22 pays pour évaluer l’impact de la pandémie. Et ces données, écrit le chercheur, montrent les premiers signes de la « récession des naissances » attendue.

Dans les 15 pays de l’Union européenne analysés, on recense une baisse des naissances de 8,1 % en moyenne pour décembre 2020 et la baisse est similaire aux États-Unis (7,7 %). En France, elle était de 13,5 % en janvier 2021. Et en Espagne, de 20 % !

Sur la base de ces observations, le journal Le Monde parlait ce mois-ci d’un « baby flop » mondial.

Les naissances au Danemark, en Finlande, aux Pays-Bas et en Norvège — des pays relativement peu touchés par la première vague de la COVID-19 — sont demeurées stables, notent les chercheurs.

Consulter l’étude (an anglais)

Chantal Girard, de l’Institut de la statistique du Québec, souligne qu’une grande question demeure : est-ce que ce sont des reports ou des abandons du projet d’enfant ? « Si ce sont des reports — et on est à penser que c’en est —, on aura ensuite, peut-être, des augmentations », dit-elle. Le Monde soulignait d’ailleurs qu’en février, la courbe de naissance se redressait déjà en France.

Source: LaPresse.ca – Société

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