Société

Allongement du congé paternité : “Nous donnons l’exemple pour faire changer les mentalités”, affirment les entreprises en avance sur la loi

“Onze jours, c’était vraiment ridicule. Passer à 25 pour accompagner l’arrivée d’un enfant, c’est un minimum !” Pour Olivier, 43 ans, avocat au sein du cabinet Allen & Overy et papa de trois enfants, l’allongement du “congé de paternité et de l’accueil de l’enfant” (selon la dénomination officielle), en vigueur depuis jeudi 1er juillet en France, est bien plus qu’un soulagement. Une nécessité, estime ce père qui a bénéficié de quatre semaines de “congé parentalité” (un terme plus inclusif, car il est accordé au partenaire sans distinction de sexe) à la naissance de ses jumeaux en décembre 2019. Soit bien avant que le gouvernement ne décide d’étendre ce congé, dix-neuf ans après sa création en janvier 2002.  

A ces 25 jours – week-ends compris – s’ajoutent les trois jours du congé de naissance, portant ainsi à quatre semaines le congé de paternité et d’accueil de l’enfant. Les règles de prise de ces précieux jours ont également évolué. Si les quatre premiers jours doivent être accolés au congé de naissance, le solde des 21 jours restant peut être pris en deux temps, dans les six mois suivant la naissance de l’enfant. En cas de naissance multiple, ce congé passe à 32 jours calendaires. Par ailleurs, tous les travailleurs sont concernés : fonctionnaires, salariés du privé, indépendants ou même non-salariés, à l’image des agriculteurs. Enfin, si vous n’êtes pas le père de l’enfant mais que vous vivez en couple avec sa mère, vous pouvez aussi en bénéficier.

Pour autant, de nombreuses entreprises françaises – de la start-up à la multinationale – n’ont pas attendu cette avancée gouvernementale pour proposer à leurs salariés un congé plus conséquent. Plusieurs d’entre elles ont décrit à franceinfo les avantages d’un congé parentalité plus long accordé au second parent.

“J’étais tellement enthousiaste quand j’ai appris que je pouvais prendre six semaines de congés pour la naissance de ma troisième fille que j’ai écrit au DRH du groupe, qui ne me connaît même pas, pour le remercier”, se rappelle Charles, 36 ans, chef de projet finances chez L’Oréal. Après avoir rempli un formulaire en ligne, “aussi simplement qu’une demande de congé classique”, ce papa de deux enfants de 5 et 2 ans a pu mieux accueillir son troisième bébé, en mars 2021. “Contrairement à mes deux premiers congés de 11 jours, là, j’ai pu en profiter longuement, et ce, dès l’accouchement. J’ai passé plus de temps seul avec ma fille”, souligne-t-il. 

“Ce congé nous valorise dans notre rôle de père et cela montre qu’en termes d’égalité femmes-hommes, la femme n’est pas toute seule à prendre un congé.”

Charles, salarié chez L’Oréal

à franceinfo

Depuis le 1er mars 2019, les 14 000 salariés de L’Oréal France peuvent bénéficier d’un congé parentalité de six semaines, fractionnables en deux fois. Et sans perte de salaire, car depuis 2008 le groupe maintient 100% de la rémunération du collaborateur concerné, “y compris pour les agents de maîtrise et les cadres dont la perte de rémunération est plus importante”, précise Emmanuelle Lièvremont, directrice de la santé et de la qualité de vie au travail chez L’Oréal France.

Dès sa création, le congé paternité a été indemnisé par la Sécurité sociale mais selon un barème plafonné, en 2021, à 89 euros par jour. Ce qui ne couvre pas toujours la totalité des émoluments du salarié en congé. Quant aux trois jours du congé de naissance, assimilés à du travail effectif, ils sont à la charge de l’employeur. Le coût financier du passage de 11 à 25 jours est estimé à 260 millions d’euros supplémentaires à la charge de la Sécu pour 2021 et à 522 millions d’euros pour 2022, rapporte le Sénat. Chez L’Oréal, le maintien total du salaire a permis à 281 pères, dont 72% de cadres, de bénéficier de leurs six semaines de congés parentalité en 2020. 

Pour l’instant, Charles n’a posé que trois semaines sur les six accordées. Il a jusqu’aux 3 ans de sa fille pour prendre ce qu’il lui reste. “Peut-être au moment où elle entrera à l’école”, anticipe-t-il.  

Chez Aviva, le congé parentalité ou “co-parent” s’élève à 10 semaines. En plus des quatre semaines de congés légaux, le parent travaillant dans ce groupe d’assurance bénéficie de six semaines supplémentaires à prendre dans les six mois suivant l’arrivée de son enfant. “Il est possible de les prendre en plusieurs fois, au moment de la période d’adaptation en crèche par exemple ou lors du retour au travail de la maman”, précise Sylvie Chartier-Gueudet, directrice de l’inclusion et du bien-être au travail de l’entreprise qui compte 2 900 salariés.

Depuis sa mise en place en novembre 2017, ce congé semble de plus en plus plébiscité : en 2020, 95% des salariés éligibles l’ont pris, contre 85% à ses débuts. “Nous avons voulu faire de ce congé une mesure d’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes”, assure la directrice de l’inclusion. 

“Il n’y a pas si longtemps encore, quand une femme partait en congé maternité, elle n’était pas sûre de retrouver son poste et l’on ne se posait pas la question du congé pour le deuxième parent.”

Sylvie Chartier-Gueudet, directrice de l’inclusion chez Aviva

à franceinfo

“En allongeant le congé parentalité, nous envoyons le message qu’un homme ou une femme peut s’absenter pour s’occuper de son enfant sans que cela interfère sur sa carrière”.

Au niveau national, le taux de recours du congé paternité demeurait jusqu’à présent en deçà des attentes. En 2016, il ne s’élevait qu’à 67%, soit 400 000 salariés, relève le Sénat.

En imposant de prendre les sept premiers jours, le gouvernement espère améliorer ce taux, car jusqu’à présent “le congé paternité était plutôt pris par les cadres supérieurs, dans les grands groupes”, relève Emmanuel Macron dans une interview au magazine Elle (article réservé aux abonnés). Là, on dit qu’il y a une partie qui est obligatoire pour protéger les gens dans des structures plus petites où, pour des raisons culturelles, ce congé a du mal à être accepté”, analyse le chef de l’Etat. 

Pour Sylvie Chartier-Gueudet, la clé du succès réside dans la culture de l’entreprise, qui doit faire de la parentalité l’une des garanties de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. “Ce congé montre que la parentalité est prise en compte dans la gestion de carrière et ne doit pas être vécu comme un frein”, insiste la directrice de l’inclusion.

Un long congé “co-parent” a aussi un coût pour les entreprises, qui doivent assumer le reste à charge de ces congés dépassant la durée légale. Mais pour Jean-Baptiste Lebelle, directeur des ressources humaines du cabinet d’avocats Allen & Overy, l’impact financier est “négligeable” par rapport au bénéfice. “En termes d’engagement et de loyauté de la part de nos collaborateurs qui bénéficient de ces congés, le gain est largement plus important que la dépense.”

“C’est une mesure de bon sens qui profite à tout le monde et nous avons le sentiment, en tant qu’entreprise, de participer à l’évolution de la société.”

Jean-Baptiste Lebelle, DRH chez Allen & Overy

à franceinfo

Cela fait déjà cinq ans que les 350 salariés et collaborateurs libéraux du cabinet parisien peuvent jouir d’un congé parentalité de quatre semaines. Jusqu’à présent, 100% des éligibles en ont bénéficié, ce qui représente une dizaine de congés par an. “Evidemment, le maintien du salaire a énormément joué dans sa prise”, remarque le DRH. Tout comme l’implication des managers face aux demandes des salariés.

“Mon entourage professionnel a fait preuve d’une grande compréhension, tous mes dossiers ont été pris en charge et mon retour au bureau s’est très bien passé. Trois mois après, je devenais associé”, sourit Olivier, en évoquant l’après-naissance de ses jumeaux.

Parmi les entreprises à l’avant-garde figure aussi Mangopay, une start-up française de paiement en ligne et co-fondatrice du projet “Parental Act”. Ce dispositif regroupe actuellement 391 entreprises qui proposent toutes un congé “deuxième parent” d’un mois et rémunéré à 100%. “Nous avons le sentiment, avec les entreprises signataires, d’avoir catalysé cette prise de conscience qu’une meilleure équité hommes-femmes au sein de l’entreprise est bénéfique pour tout le monde, se réjouit Romain Mazeries, le directeur général de Mangopay. Ce sont des jeunes sociétés comme la nôtre qui doivent donner l’exemple pour faire changer les mentalités.”

Sur les 200 personnes qui travaillent dans cette start-up, 12 en ont déjà profité. Parmi eux, trois pères de jumeaux qui ont vu leur congé “second parent” doublé à deux mois. Voulant garder une longueur d’avance sur le gouvernement, Romain Mazeries réfléchit déjà à la façon d’augmenter ce congé “second parent” au sein de son entreprise. De là à instaurer un congé paternité de neuf semaines, comme en Finlande ? 

Source: Franceinfo – Société

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