Science

Vaccinons le plus grand nombre avant d’administrer la 2e dose, dit le Dr Kobinger

Certaines provinces, dont le Québec, ont finalement adopté cette stratégie en espérant que l’approvisionnement en vaccins sera de plus en plus volumineux et régulier.

De ce qu’on voit dans les premiers chiffres qui sortent, notamment aux États-Unis, c’est qu’après la première dose, il semble y avoir 80 % de protection. Donc si vous faites le calcul, c’est beaucoup mieux d’avoir 100 000 protégées à 80 % que 50 000 personnes protégées à 95 %, explique le microbiologiste et directeur du Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval.

Ça a beaucoup de sens de protéger le plus de personnes possible. C’est comme ça qu’on sauve le plus de vie possible dans les populations vulnérables.

Gary Kobinger, directeur du Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval

La semaine dernière, l’épidémiologiste à l’Institut national de santé publique Gaston De Serre indiquait lui aussi que la première dose permet d’atteindre une protection acceptable. Ce dernier estime que 14 jours après la première dose, les vaccins Pfizer-BioNTech et Moderna permettent une protection de 92 %.

Possiblement de meilleurs résultats

Le Dr Kobinger explique aussi qu’une deuxième dose tardive pourrait même avoir certains bénéfices, même si la pharmaceutique Pfizer recommande qu’elle soit administrée 21 jours après la première. Au-delà de ce délai, le fabricant ne garantit plus l’efficacité maximale de son vaccin, établie à 95 %.

Même d’attendre six mois, c’est souvent ce qui donne les meilleurs résultats en termes de protection à long terme, avance malgré tout Gary Kobinger en se basant sur la manière dont le corps réagit à d’autres vaccins distribués depuis plus longtemps que ceux contre la COVID-19.

Il ajoute qu’en ce qui a trait à la sécurité du vaccin, retarder la deuxième dose ne présente aucun risque et pourrait même diminuer les effets secondaires dans certains cas.

En vaccinologie, en principes généraux, de reporter une deuxième dose à une date ultérieure, ça peut même avoir des effets bénéfiques. Dans la grande majorité des cas, c’est ce qui arrive.

Gary Kobinger, directeur du Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval

Si on a une protection à 80 %, […] la deuxième dose, vraiment ce qu’elle vient faire, c’est d’établir la mémoire de la réponse immunitaire. […] On a une protection qui va durer six mois donc, plus on attend, [plus] on va avoir une meilleure stimulation de la mémoire par la suite.

Le professeur au Département de microbiologie-infectiologie et immunologie explique que, dans le contexte actuel, les pharmaceutiques ont mis au point le vaccin en utilisant la plus forte dose jugée sécuritaire, question d’avoir la meilleure immunité possible. Rien n’indique toutefois qu’une dose plus faible, ou une deuxième dose administrée plus tard, aurait un effet marqué sur le degré de protection qu’offre le vaccin.

L’exemple de la fièvre jaune

Gary Kobinger donne l’exemple d’une montée dangereuse de la fièvre jaune en Afrique, où il a fallu vacciner une proportion significative de la population. Les vaccins manquaient et les doses ont été coupées en deux, parfois même en quatre, pour vacciner un maximum de personnes.

Les études ont confirmé par la suite que ç’a été la bonne chose à faire parce que la protection était là quand même, illustre-t-il en précisant que la baisse d’efficacité n’était que de quelques pour cent.

Ce qui arrive en vaccinologie, souvent, c’est qu’on va avec la dose forte. On a la protection, et ensuite on ne veut plus rien changer parce que ça marche.

Le Dr Kobinger, reconnu pour avoir conçu le vaccin contre la maladie à virus Ebola, en sait quelque chose. Son équipe du Centre de recherche en infectiologie et lui collaborent également avec l’entreprise Medicago dans sa quête pour mettre au point un vaccin contre la COVID-19.

À lire aussi :

Source: Radio-Canada | Science

Ajouter un commentaire

Click here to post a comment

%d blogueueurs aiment cette page :