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Vaccin Spoutnik V contre la COVID-19 : trop tôt pour crier victoire!

 

Ce n’est pas vraiment un doute, c’est surtout le fait que c’est un vaccin dont on n’a jamais vraiment entendu parler, sur lequel pas grand-chose a été publié, indique le microbiologiste-infectiologue, le Dr Karl Weiss, en entrevue à l’émission Première heure.

Nathalie Grandvaux, chercheuse sur les interactions hôte-virus au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), s’inquiète des conséquences que pourrait avoir cette annonce sur les croyances du public. C’est toute la confiance envers la vaccination qui est en jeu, dénonce-t-elle.

Normalement, il y a trois phases d’essais cliniques à respecter avant de pouvoir commercialiser un vaccin ou un médicament. La première phase se fait en milieu in vitro ou sur des animaux, la deuxième sur environ une centaine d’humains et la troisième sur plusieurs milliers d’humains.

Chaque phase est importante et doit être complétée avant de passer à la suivante. Elles servent à déterminer si le vaccin est sécuritaire et s’il est efficace par la réponse immunitaire qu’il déclenche, affirme Nathalie Grandvaux.

Le problème c’est que le vaccin russe Spoutnik V n’a pas encore complété la phase trois. En fait, il ne fait que la commencer, selon la chercheuse. L’annonce est donc problématique parce qu’il y a beaucoup de vaccins et de médicaments qui échouent cette phase, ajoute-t-elle.

La sécurité d’un vaccin est aussi importante que son efficacité.

Nathalie Grandvaux, chercheuse sur les interactions hôte-virus au Centre de recherche du CHUM

Les deux experts ne remettent tout de même pas en doute la capacité de la Russie de fabriquer des vaccins efficaces contre la COVID-19. C’est quand même un pays qui a une énorme pépinière de scientifiques de haut niveau, estime le Dr Karl Weiss.

M. Poutine ne savait peut-être pas de quoi il parlait lorsqu’il a fait l’annonce et il a seulement vu que les premiers tests sur les humains semblaient concluants, avance de son côté Nathalie Grandvaux.

La course politique

Le microbiologiste-infectiologue espère toutefois que la Russie n’a pas fait une telle annonce dans un dessein propagandiste. Les vaccins contre la COVID-19 sont devenus un enjeu stratégique planétaire de compétitions entre des blocs, remarque-t-il. À ce propos, il cite le fait que le vaccin ait été appelé Spoutnik V, en l’honneur du premier satellite russe envoyé dans l’espace.

Vladimir Poutine, assis derrière un bureau, regarde un écran où apparaissent les membres de son Cabinet.

Vladimir Poutine a fait l’annonce lors d’une réunion ministérielle qu’il dirigeait depuis la résidence d’État de Novo-Ogaryovo, en banlieue de Moscou.

Photo : Getty Images / Sputnik/AFP/ALEXEY NIKOLSKY

Il y a aussi un intérêt stratégique d’essayer de distribuer le vaccin à des pays qui seraient amis ou qu’on aimerait avoir comme alliés, ajoute le médecin.

Certains pays se sont déjà montrés intéressés, mais le Dr Karl Weiss doute que le Canada en fasse partie. Santé Canada aime avoir des données qui proviennent de plusieurs sources différentes, donc on aimerait par exemple que les études soient faites dans plusieurs pays de façon indépendante pour s’assurer de leur véracité, relate-t-il.

Karl Weiss rappelle que le Canada s’est déjà entendu avec certaines compagnies pour obtenir en priorité leur vaccin.

Une méthode tout de même potentiellement efficace

Comme d’autres vaccins, Spoutnik V est développé à partir d’une base d’un autre virus. Dans ce cas-ci, il s’agit d’un adénovirus désactivé, comme celui qui est développé par l’équipe de l’Université d’Oxford et celui de CanSino Biologics.

Selon Nathalie Grandvaux, les chercheurs se servent de cette base pour y intégrer une partie du génome du coronavirus responsable de la COVID-19. Ils prennent la partie du génome qui est responsable de la fabrication d’une des protéines à la surface du coronavirus pour déclencher une réponse de la part du système immunitaire et pour qu’il la reconnaisse ensuite, résume-t-elle.

Une main tient une petite bouteille sur laquelle on peut lire : COVID-19 vaccin.

À travers le monde, des laboratoires en sont à tester une douzaine de vaccins potentiels sur des milliers de personnes.

Photo : afp via getty images / MLADEN ANTONOV

La méthode a l’avantage d’être plus simple. Au niveau de la complexité, c’est plus facile que de prendre un coronavirus inactivé, comme nous connaissons déjà assez bien les adénovirus, explique la chercheuse.

Les vaccins à base d’adénovirus peuvent tout de même présenter certains inconvénients. C’est un virus qui donne le rhume, donc certains, surtout les personnes plus âgées, auront déjà bâti une immunité et la réponse face au virus modifié pourrait ne pas être suffisante, nuance Nathalie Grandvaux.

Avec des informations d’Alexandre Duval

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Source: Radio-Canada | Science

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