Science

La représentation de l’espace se modifie avec les sciences

Carte blanche. Des programmes chinois et indien à la participation des pays arabes étudiée par Jörg Matthias Dietermann dans son livre Space Science and the Arab World (I.B. Tauris, 2018, non traduit), l’engouement pour une nouvelle phase de la conquête spatiale s’est globalisé, reflétant l’émergence de nouvelles puissances scientifiques. Tout cela est désormais bien connu. En revanche, on s’est moins intéressé aux usages des images dans cette communication scientifique. Pourtant, elles sont bien au cœur d’un imaginaire de l’exploration des nouveaux mondes.

Qu’il s’agisse de la Lune, de Mars ou des tempêtes solaires étudiées par l’astrophysicienne Miho Janvier de l’Institut d’astrophysique spatiale, spécialiste de la physique du Soleil et de la météorologie spatiale, les astrophysiciens déploient une créativité sans pareille pour aller plus loin que le catalogue publicitaire des merveilles d’une exo-nature qui apparaît tantôt familière, tantôt menaçante.

Le cratère lunaire Copernique, présenté comme étant d’origine volcanique, dans un ouvrage de 1873 de Richard A. Proctor.
Le cratère lunaire Copernique, présenté comme étant d’origine volcanique, dans un ouvrage de 1873 de Richard A. Proctor. Richard A. Proctor – BNF

En s’intéressant sur la longue durée à ces visualisations, Laurence Guignard, maîtresse de conférences à l’université de Lorraine, a dressé une véritable généalogie intellectuelle de ces constructions épistémiques sophistiquées. Depuis Galilée et Johannes Hevelius, fondant au XVIIe siècle la discipline de la sélénologie (l’étude de la Lune), la représentation figurée de la Lune et la pratique du catalogue et de la collection sont étroitement associées. Alors qu’au début du XIXe siècle la figure lunaire est encore rapprochée du portrait ou du paysage autour de l’art du dessin, à la fin du XIXe siècle, une nouvelle épistémologie émerge autour de cartes et de diagrammes qui reposent moins sur le réalisme que sur un idéal de modélisation et d’abstraction, où la surface de la Lune se fait table de coordonnées, exprimant la vogue des topographies lunaires.

Un changement d’échelles est aussi manifeste puisque l’on passe d’une vision de l’astre dans son entier à une attention aux « portions », aux détails, aux fragments, qui va permettre l’analyse de régions lunaires. La fabrication de maquettes des volcans lunaires dans les années 1870 par James Nasmyth souligne cette volonté de faire de la Lune « un monde ».

Ombre et poussière

Au XXe siècle, l’astronomie lunaire se renouvelle aussi par l’importance des technologies visuelles dans les sciences astronomiques empruntées aux sciences de la Terre. La géologie devient la science référence, encourageant les astronomes à analyser la profondeur de la Lune mais aussi son volcanisme, sa structure interne, l’étude de son sol. Sur plusieurs siècles, la Lune a gagné à la fois une verticalité par rapport à la Terre, une épaisseur et un relief, tandis qu’avec la mise en couleurs de son paysage on a affaire à « une matière de l’absence » faite d’ombre et de poussière, deux éléments essentiels de l’ontologie lunaire.

Source: Sciences : Toute l’actualité sur Le Monde.fr.

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