Science

Des anomalies génétiques associées aux anévrismes cérébraux

C’est en comparant le génome de centaines de milliers de personnes que des chercheurs des universités de Genève (UNIGE) et d’Utrecht ont découvert que 17 anomalies génétiques sont impliquées dans la survenue d’un anévrisme intracrânien, c’est-à-dire la dilatation localisée d’un vaisseau sanguin dont la rupture entraîne une hémorragie extrêmement grave, mortelle dans un tiers des cas.

Visualisation d'un anévrisme cérébral.

Un anévrisme cérébral est un dôme (en bleu) se formant naturellement, généralement près d’une bifurcation artérielle pour atténuer les frottements du sang contre les parois des vaisseaux (en rouge).

Photo : UNIGE-HUG

Repères

  • Un anévrisme cérébral est une faiblesse de la paroi d’une artère située dans le cerveau;
  • Cette faiblesse entraîne une dilatation anormale de l’artère touchée;
  • Cette dilatation prend souvent la forme d’un ballon qui se gonfle au niveau de la paroi de l’artère;
  • La base s’appelle « le collet ». Sa portion plus large et ronde s’appelle « le dôme »;
  • Le danger associé à un anévrisme est relié à la paroi amincie de l’artère dilatée. Sous la pression du sang, il peut saigner légèrement (fuite) ou éclater (rupture).

Pas moins de 3,2 % de la population mondiale est à risque de développer des anévrismes cérébraux non rompus. Un quart des accidents vasculaires cérébraux sont liés à une rupture d’anévrisme.

illustration montrant un anévrisme intracrânien.

Un anévrisme intracrânien.

Photo : iStock

En outre, le Pr Philippe Bijlenga, de l’UNIGE, et ses collègues ont mis au jour un lien potentiel entre ces 17 marqueurs génétiques et les médicaments antiépileptiques, ce qui ouvre, selon eux, la voie à l’utilisation d’une catégorie de médicaments pour traiter ce type de dilatation.

Lorsqu’un anévrisme se rompt, seule une prise en charge chirurgicale très rapide et hautement spécialisée peut espérer sauver la vie d’un patient.

Il est donc essentiel de mieux comprendre les bases génétiques – familiales ou non – régissant le risque de développer la maladie, mais aussi permettant de distinguer les différentes formes de la maladie et sa sévérité, pour détecter les personnes à risque et leur proposer la prise en charge la plus adaptée.

Philippe Bijlenga

Il faut savoir que les anévrismes présentent de multiples facettes, dont l’évolution dépend à la fois de facteurs génétiques, congénitaux et environnementaux.

Les infimes variations qui la composent doivent donc être décryptées.

Philippe Bijlenga

L’étude

Les présents travaux sont les plus complets jamais réalisés concernant les anévrismes intracrâniens. L’ADN de plus de 10 000 personnes victimes de ce type d’anévrismes a été examiné et comparé à celui de 300 000 autres volontaires.

Pas moins de 11 nouvelles régions du génome – contre 6 auparavant – ont pu être associées à la maladie.

Les variations de l’ADN provoquent chacune une légère augmentation du risque d’anévrisme crânien, explique Ynte Ruigrok, neurologue au centre médical universitaire de l’Université d’Utrecht, dans un communiqué.

L’accumulation de ces variations peut constituer un risque important.

Ynte Ruigrok

Des cellules montrées du doigt

La plupart de ces anomalies génétiques semblent liées au fonctionnement des cellules endothéliales qui tapissent l’intérieur des vaisseaux sanguins et en assurent habituellement la solidité.

On soupçonnait ces cellules d’être responsables des anévrismes depuis longtemps.

Philippe Bijlenga

Nous avons aujourd’hui des éléments probants qui nous poussent à travailler sur d’éventuels marqueurs d’instabilité qui pourraient indiquer si l’anévrisme est stable, s’il est guéri ou s’il présente un risque élevé d’évolution néfaste, poursuit le chercheur.

De plus, ces travaux confirment qu’une prédisposition génétique à l’hypertension artérielle et au tabagisme joue un rôle important dans le développement d’un anévrisme intracrânien.

Les médicaments antiépileptiques

Curieusement, les auteurs de ces travaux publiés dans la revue Nature Genetics (Nouvelle fenêtre) (en anglais) ont également découvert que les structures protéiques de certains des gènes en question présentent un lien avec les médicaments antiépileptiques.

Nous ne savons pas encore si cet effet est positif ou négatif, mais cela ouvre toute une réflexion sur la possibilité de traitements pharmacologiques, potentiellement moins invasifs que les approches chirurgicales que nous utilisons actuellement.

Philippe Bijlenga

Les chercheurs veulent maintenant modéliser ce type de dilatation, tant d’un point de vue biologique que de sa prise en charge thérapeutique. Cette connaissance permettra d’offrir aux médecins un système d’aide à la décision médicale afin de déterminer des protocoles de suivi différents en fonction des données génétiques de chacun, concluent-ils.

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Source: Radio-Canada | Science

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