Santé

25 ans d’échecs en santé: Rochon regrette de ne pas avoir mené sa réforme jusqu’au bout

Le virage ambulatoire n’a pas pu être mené jusqu’au bout en raison d’impératifs budgétaires et électoralistes, regrette l’ancien ministre de la Santé Jean Rochon.

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« J’ai des regrets. Je ne renie pas que j’étais membre du gouvernement. J’aurais pu faire un coup éclat et démissionner et dire que ça n’a pas de bon sens. Je me disais que j’aurais plus de chance de minimiser l’impact négatif de cette décision si je restais dans le bateau, plutôt », affirme Jean Rochon en entrevue avec le Bureau parlementaire.

Dans son édition d’hier, Le Journal révélait qu’une majorité de Québécois estiment que le système de santé s’est détérioré depuis 25 ans. Un résultat qui n’étonne pas le Dr Rochon.

À partir de 1995, M. Rochon lance le Québec dans le « virage ambulatoire ». Le concept : éviter au maximum le passage à l’hôpital, miser sur les chirurgies d’un jour et les services de santé de proximité, soins à domicile, CLSC par exemple. Des hôpitaux sont fermés et des milliers de lits sont transférés dans des CHSLD.

Craintes électorales

Mais la réalité politique chamboule ce plan de match et les discussions sont « assez vives » au conseil des ministres. « La décision a été prise de faire le déficit zéro un an plus tôt. Certains pensaient aux élections et à la possibilité de ne pas se faire réélire », souligne le Dr Rochon, qui a maintenant 81 ans. Pour économiser, le gouvernement Bouchard choisit de reporter les investissements dans la première ligne.

Le virage ne sera jamais complété. Au lendemain des élections de 1998, il n’est pas reconduit dans son poste de ministre de la Santé. « La première partie a bien fonctionné. On a réussi à décentraliser, il y a eu une intégration des soins et services de première ligne et des CHSLD sur une base territoriale locale. Mais on est resté en déficit par rapport à ce qu’on voulait faire comme transfert de soins », souligne-t-il.

Victoire contre le lobby du tabac

Au-delà du virage ambulatoire, M. Rochon a toutefois laissé un important héritage. Diplômé en santé publique de Harvard, directeur de la protection et de la promotion de la santé de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il fait adopter une loi révolutionnaire sur le tabac qui interdit de fumer dans les grandes entreprises et les établissements publics et prohibe la vente des produits du tabac aux mineurs. Malgré la grogne, la loi sera adoptée à l’unanimité.

Il crée l’Institut national de santé publique et la direction générale de santé publique, des outils importants en temps de pandémie. Il met également en place un régime d’assurance-médicaments et crée Héma-Québec à la suite du scandale du sang contaminé.

Une fenêtre pour améliorer le réseau grâce à la crise

Le gouvernement Legault a une fenêtre d’opportunité historique pour améliorer le réseau de la santé en raison de la pandémie, estime l’ancien ministre de la Santé Jean Rochon.

Cette fenêtre risque de se refermer rapidement, d’ici six mois, avec la pression économique du déficit budgétaire qui va rattraper le gouvernement, selon lui.

M. Rochon croit que François Legault est sur la bonne voie avec son concept de maison des aînés, sa volonté de s’attaquer au paiement à l’acte chez les médecins, mais surtout de rendre imputables les gestionnaires du réseau de la santé. Il le met toutefois en garde contre les solutions mur à mur et prône une décentralisation.

Intérêts corporatifs

Déjà, la pandémie a permis de donner plus de pouvoir aux infirmières praticiennes et aux pharmaciens, des dossiers qui étaient bloqués depuis des années à l’interne.

« Le réseau de la santé a le plus grand nombre et la plus grande variété de professions et de métiers. La grande majorité des travailleurs ont des syndicats et des ordres professionnels qui défendent leurs intérêts », souligne-t-il. Parfois, le système se retrouve « pris en otage de l’intérieur ».

Mais pas question de tout chambarder. « Il ne faut plus faire de réforme de structure, les gens sont fatigués, mais on peut décentraliser le pouvoir à l’intérieur des CISS et des CIUSS, rendre les gestionnaires imputables de leur population », souligne-t-il. En contrepartie, cela enlèvera la « camisole de force » de la réforme Barrette, qui empêche les initiatives locales.

L’expert en santé publique est heureux de voir que la pandémie a mis en lumière le rôle de cette branche de la médecine, qui s’est fait couper 30 % de son budget avec la réforme Barrette.

« Un tsunami » s’en vient

Elle sera d’autant plus nécessaire que le Québec va faire face dans les prochaines années à une « pandémie silencieuse de maladies chroniques ».

« C’est un tsunami qui s’en vient pour le réseau de la santé : le fardeau du poids des maladies chroniques comme le diabète, les maladies respiratoires, les maladies cardiaques », souligne-t-il.

Le Québec n’en fait pas assez pour lutter contre l’obésité, la consommation de drogues et d’alcool par exemple. Ces déterminants de la santé auront un impact beaucoup plus grand sur le système de santé que n’importe quelle réforme, souligne M. Rochon.

« Si on ne met pas le pied sur l’accélérateur, dans une ou deux générations notre système va devenir ingérable ».

Source : journal de montreal – Santé

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