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Une nouvelle bavure policière vient hanter le procès de Derek Chauvin

La mort de l’un est entrée en collision avec celle de l’autre. Lundi, à la reprise du procès de l’ex-policier Derek Chauvin, accusé du meurtre de George Floyd, le juge Peter Cahill a refusé la demande des avocats de la défense d’isoler immédiatement le jury, et ce, moins de 24 heures après qu’une nouvelle bavure policière eut causé la mort d’un jeune Afro-Américain dimanche dans la banlieue de Minneapolis.

Selon eux, ce drame, tout comme la nouvelle vague d’indignation qu’il a fait naître, risque d’influer sur le verdict de manière dommageable pour leur client.

Daunte Wright, 20 ans, a perdu la vie lors d’un contrôle routier qui a mal tourné, dimanche après-midi dans la métropole du Minnesota, un État américain à très forte majorité blanche. Le chef de police de la ville de Brooklyn a admis lundi que le policier impliqué dans ce énième drame avait utilisé son arme à feu par accident, pensant faire usage de son pistolet Taser.

La mort du jeune homme a déclenché des manifestations violentes dans cette banlieue, à 16 kilomètres à peine du palais de justice de Minneapolis où, s’est amorcée la troisième semaine du procès de Derek Chauvin lundi.

Eric J. Nelson, avocat de la défense, a réclamé que les membres du jury soient interdits de médias et enfermés pour le reste du procès, de manière à rester impartiaux dans le dossier qu’ils sont en train de juger. Une demande rejetée par le tribunal.

Une mort évitable

Au 11e jour de ce procès événement, la poursuite a maintenu la pression sur l’accusé en appelant à la barre des témoins un nouvel expert médical, le cardiologue Jonathan Rich, venu dire à la cour que la mort de George Floyd aurait pu « être évitée ».

Comme plusieurs experts avant lui la semaine dernière, l’homme de science a maintenu que la technique d’arrestation utilisée contre l’Afro-Américain de 46 ans, le 25 mai dernier, a été la principale cause de son décès, par asphyxie. L’achat d’un paquet de cigarettes avec un billet contrefait de 20 $ a entraîné la séquence létale des événements au coin de l’East 38th Street et de la South Chicago Avenue à Minneapolis.

« Je peux affirmer avec un degré élevé de certitude médicale » que M. Floyd « n’est pas mort des suites d’un arrêt cardiaque ni d’une surdose de drogue », a-t-il dit, mettant ainsi à mal la ligne de défense du policier qui cherche à justifier la mort de George Floyd par des conditions externes à son arrestation.

Pour M. Rich, la victime a été maîtrisée au sol « d’une manière dangereuse pour sa vie » et pire, aurait pu être sauvée lorsqu’un des policiers impliqués dans l’arrestation a constaté l’absence de pouls chez George Floyd, au terme de plusieurs minutes passées sous le genou de Derek Chauvin, face au sol, mains menottées dans le dos. « S’il n’avait pas été retenu comme il l’a été, je pense qu’il aurait survécu ce jour-là, a dit l’expert. Je pense qu’il serait rentré chez lui. »

Le frère de Floyd témoigne

C’est ce qu’aurait aimé son frère Philonise Floyd, 39 ans, venu lundi livrer devant le jury un témoignage court, mais vibrant sur la vie de George Floyd. La justice de plusieurs États américains refuse d’ordinaire ce genre de récits qui tentent d’aller chercher la sympathie d’un jury en relatant l’existence ordinaire d’une victime. Mais pas le Minnesota, qui a fait de ces évocations d’« étincelle de vie », comme on dit là-bas, dans ses procès pour meurtre ou homicide une doctrine depuis 1985.

Ainsi, Philonise a raconté, entre plusieurs sanglots, son enfance passée aux côtés de ce grand frère dans un quartier pour familles à faible revenu de Houston, au Texas. « Il était un adulte responsable dans la famille », a-t-il dit en parlant des « sandwichs à la banane et à la mayonnaise » dont George Floyd s’était fait le champion. « Il ne savait pas cuisiner — même pas faire bouillir de l’eau », a-t-il dit, mais il s’assurait toujours que ses frères et sœurs aient une collation et des vêtements prêts pour aller à l’école, a ajouté Philonise Floyd.

Selon lui, George Floyd a été durement affecté par la mort de leur mère en 2018, cette mère que l’Afro-Américain a appelée à l’aide à plusieurs reprises, deux ans plus tard, lorsqu’il a compris qu’il était en train de mourir sous le genou de Derek Chauvin, comme l’ont révélé plusieurs vidéos de la bavure exposées durant ce procès.

S’il est reconnu coupable, l’ex-policier pourrait faire face à une peine de 40 ans de prison. Le verdict devrait être prononcé à la fin du mois d’avril ou au début du mois de mai.

Les trois autres policiers impliqués dans le drame, Alexander Kueng, Thomas Lane et Tou Thao, doivent être jugés en août pour « complicité de meurtre ».

À voir en vidéo

Source: Monde / États-Unis – Le Devoir

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