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UE : le non-sens politique de la Pologne et de la Hongrie

Editorial du « Monde ». Jusqu’où iront la Pologne et la Hongrie dans leur rébellion contre l’Union européenne ? En mettant à exécution leur menace de bloquer le plan de relance européen s’il reste conditionné à l’application de l’Etat de droit, les gouvernements de Varsovie et de Budapest s’enferrent dans une posture indéfendable, qui met en danger les économies de vingt-cinq autres Etats membres. De quoi s’agit-il, au fond ? Les gouvernements nationalistes au pouvoir dans ces deux pays, contrôlés par le PiS (Droit et justice) de Jaroslaw Kaczynski et la Fidesz (Union civique hongroise) de Viktor Orban, sont en conflit depuis plusieurs années avec Bruxelles sur leur traitement de l’indépendance de la justice et des médias ; ce traitement, aux yeux de la Commission européenne et du Parlement européen, contrevient aux valeurs démocratiques sur lesquelles est fondée l’UE.

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Mal outillée pour régler ce type de conflit, l’UE a fini par saisir l’occasion du plan de relance massif, lié au budget européen, adopté en juillet pour affronter solidairement la crise provoquée par la pandémie de Covid-19, et pour faire accepter ses ­conditions aux deux pays récalcitrants : s’ils veulent toucher les fonds d’aide de l’UE, ils doivent se plier aux exigences d’un système judiciaire indépendant.

La question l’Etat de droit est différente

Ce n’est pas la première fois que des visions différentes des règles communes opposent les pays d’Europe de l’Ouest à ceux de l’Europe postcommuniste. Le conflit qui avait éclaté en 2015 sur les quotas de réfugiés que Berlin et Bruxelles voulaient imposer aux Etats membres a révélé la profondeur du sentiment, en Europe centrale, lié à une souveraineté nationale fraîchement recouvrée. Cette sensibilité a été prise en compte et des compromis trouvés.

Mais la question de l’Etat de droit est différente. D’abord, parce que aucun de ces pays ne peut prétendre qu’il ignorait qu’il s’agissait d’un fondement de l’Union lorsqu’il y a adhéré. Ensuite, parce que la Pologne et la Hongrie sont, sur ce sujet, isolées : contrairement à la question migratoire, elles n’ont le soutien d’aucun des autres pays ex-communistes et ont notamment perdu celui de leurs partenaires du groupe de Visegrad, la République tchèque et la Slovaquie. Enfin, parce que rien ne justifie que des fonds aussi considérables soient dépensés sans que leur bonne utilisation puisse être ­garantie par le respect des règles de droit.

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Que l’effort historique accompli par les Vingt-Sept pendant cette pandémie pour se donner les moyens de sortir solidairement de la crise puisse être mis en échec par l’obstination, pour des raisons de politique intérieure, de deux d’entre eux relève du non-sens et de l’aveuglement idéologique. Les dirigeants de l’UE, ainsi que l’Allemagne, qui occupe la présidence tournante, travaillent à la recherche d’une solution de compromis ; il faut souhaiter que les leaders polonais et hongrois aborderont cette négociation dans un esprit responsable. Il en va aussi, après tout, du sauvetage économique de leurs concitoyens.

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Non, monsieur le premier ministre Orban, l’Union européenne n’est pas « l’Union soviétique ». Contrairement à la situation dans le bloc communiste défunt, la Hongrie est entrée de son plein gré dans l’UE, et elle peut en sortir si elle le souhaite. C’est compliqué, mais le Royaume-Uni l’a fait. Quatre ans après avoir pris cette décision, selon une étude du Pew Research Center publiée mercredi, 60 % des Britanniques ont une opinion favorable de l’UE. Il doit y avoir une raison.

Le Monde

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