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Sept agents électoraux ont été tués au Niger

Le second tour de la présidentielle au Niger en proie à des violences djihadistes a été endeuillé dimanche par la mort de sept agents électoraux dont le véhicule a sauté sur une mine.

« C’est un moment douloureux, c’est un grand choc pour nous, pour nous tous, à un moment historique de notre pays », a déclaré le ministre nigérien de l’Intérieur, Alkache Alhada, qualifiant cet acte d’« ignoble » et de « barbare ». « Un suspect a été arrêté, un Nigérien », a-t-il ajouté, précisant que les bureaux de vote ont été fermés dans la zone après l’explosion.

En dépit de l’insécurité provoquée par les djihadistes dans leur pays, les électeurs du Niger ont été appelés aux urnes dimanche, devant voter entre le favori Mohamed Bazoum, fidèle du sortant Mahamadou Issoufou, et l’opposant Mahamane Ousmane, ancien président (1993-1996). Les bulletins ont commencé à être dépouillés en soirée dimanche, mais les résultats ne seront pas connus avant plusieurs jours.

Dans la matinée, sept membres locaux de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) ont été tués et trois personnes ont été blessées dans l’explosion de leur véhicule qui a roulé sur une mine dans la région de Tillabéri, proche du Mali. Le drame est survenu à Waraou, une localité située sur la commune de Dargol dans la région de Tillabéri, à une centaine de kilomètres de Niamey, zone dite « des trois frontières » entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso.

« Nous n’accepterons pas que ce pays se transforme en une dictature moyenâgeuse, car c’est là leur objectif », a fustigé le ministre Alhada, accusant ceux qui ont posé la mine « d’instaurer des situations d’horreur ». Il a également évoqué « quelques incidents mineurs […] sans grande incidence sur le déroulement des élections ».

Défis « immenses »

Au Niger, régulièrement visé par des groupes djihadistes, l’insécurité sévit dans la « zone des trois frontières » à l’ouest avec des attaques de groupes affiliés au groupe armé État islamique, mais aussi à l’est, frappé par des attaques de Boko Haram. Début janvier, après le premier tour de la présidentielle, cent personnes avaient été tuées dans l’attaque de deux villages dans la même région de Tillabéri, un des pires massacres de civils dans ce pays du Sahel.

Quelque 7,4 millions de Nigériens, sur une population de 22 millions majoritairement trop jeune pour voter, étaient appelés à se prononcer dimanche au second tour après le premier du 27 décembre.

Idrissa Gado, un étudiant de 29 ans, a estimé en votant à Niamey que « le prochain président doit agir contre les rebelles ». « C’est le grand souci du Niger dont il faut s’occuper. Nous, on veut le calme et la sécurité », a-t-il insisté.

Le candidat du pouvoir, Mohamed Bazoum, a voté à l’hôtel de ville de Niamey, où des blindés et des camionnettes armés de mitrailleuse assuraient la sécurité. « Je souhaite que le vainqueur ait la chance avec lui, et je souhaite qu’elle soit de mon côté », a-t-il déclaré.

Passation des pouvoirs

Accompagné de ses deux épouses, le président sortant, Mahamadou Issoufou, a voté au même endroit, notant que « le Niger est confronté à des défis immenses », notamment sécuritaire, démographique, climatique, économique, social et récemment sanitaire avec la COVID-19. Il s’est dit « fier d’être le premier président démocratiquement élu de notre histoire à pouvoir passer le relais à un autre président démocratiquement élu ».

Ce sera en effet la première fois que deux présidents élus se succèdent dans ce pays à l’histoire jalonnée de coups d’État depuis son indépendance en 1960. Issoufou, 68 ans, ne se représentait pas à l’issue de ses deux mandats constitutionnels, contrairement à de nombreux chefs d’État africains qui s’accrochent au pouvoir.

Mahamane Ousmane a, lui, voté dans un quartier populaire de Zinder, son fief et ville natale. « Si jamais les citoyens constatent que ces élections ont encore […] été des élections truquées, eh bien, je crains que la situation soit difficile à gérer », a-t-il dit. Entre les deux tours, l’opposition a déclaré qu’elle ne reconnaîtrait pas les résultats si elle les estimait entachés de fraude.

La vraie réussite du scrutin résidera dans l’acceptation des résultats par toutes les parties une fois les résultats annoncés. Bazoum ayant récolté 39,3 % des suffrages au premier tour et Ousmane presque 17 %, le premier part avec un net avantage.

Mais si le vote dans la capitale est historiquement acquis à l’opposition, celui de la deuxième ville du pays, Zinder, est plus incertain : cette région, important bassin électoral, est le fief des deux candidats qui y ont passé les derniers jours de la campagne pour tenter de convaincre leurs électeurs.

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Source : Monde / Afrique – Le Devoir

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