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New York se souvient des attentats du 11 septembre

« Chaque anniversaire est important. Celui-là pas plus qu’un autre ». Il était très tôt samedi matin, lorsque Sheila Mazza s’est présentée à l’entrée du Mémorial du 11 septembre, au sud de Manhattan, avec son mari, un bouquet de fleurs dans les mains et les yeux au bord des larmes, avec en tête un des noms qui composent la liste des 2977 victimes des attentats perpétrés contre les tours jumelles du World Trade Center. C’était il y a exactement 20 ans ce samedi.

« Kathleen Moran » a laissé tomber la New-Yorkaise, la voix faible et sanglotante. Sa fille. « Elle avait 46 ans. » Ce matin-là, son ascension au 63e étage de la tour sud où elle travaillait pour la banque d’investissement Morgan Stanley est devenue un aller simple vers l’horreur et la mort.

« Ce qui me fait peur aujourd’hui, c’est que les gens commencent à oublier. Et c’est pour ça qu’il faut continuer à être là », a dit Mme Mazza.

À 8 h 46, le son d’une cloche a appelé à une minute de silence, lançant ainsi la cérémonie commémorative d’une tragédie sans nom qui a débuté à cette heure précise, ce jour de septembre 2001, par l’impact d’un premier avion de ligne, lancé par la haine de terroristes, radicalisés par un certain Osama Ben Laden, contre la tour nord.

Quelques membres des familles des victimes ont par la suite commencé la lecture des noms de chacun des disparus, comme le veut désormais la tradition instaurée il y a 19 ans, lors du 1er anniversaire de ce drame qui a changé la face de l’Amérique.

« C’est important d’être ici pour se souvenir », a dit Abena Roman, descendue du Bronx jusqu’au Financial District de New York samedi matin à l’aube pour assister à cette journée commémorative. La jeune femme a perdu un cousin et une cousine dans ces attentats. Elle a d’ailleurs inscrit leurs noms sur un petit ruban blanc pour l’accrocher ensuite au barreau de la clôture de la Chapelle Saint-Paul, le long de Trinity Place. Juste à côté du Mémorial. Felix Antonio Vale. Betsy Martinez.

Et elle s’est souvenue de ce détail qui la hante depuis désormais deux décennies.

« Ce 11 septembre, ils sont arrivés plus tôt que d’habitude au travail parce qu’un ami les a conduits plus vite à la station de train », dit-elle. « S’ils avaient fait comme d’habitude, ils seraient arrivés ici après l’impact du premier avion et auraient certainement survécu ».

Amassés autour des fontaines qui désormais occupent l’emplacement exact des tours jumelles disparues, des centaines de familles de ces victimes ont assisté à cette cérémonie, habitées par dans cette même charge émotive que celle qui a conduit Mme Roman jusqu’au mémorial samedi matin. Certains portaient une pancarte pour exposer la photo et le nom d’un disparu — Uncle Bobby. Wilder A. Gomez. Jill Maurer-Campbell… D’autres avaient un bouquet de fleurs dans les bras, et tous les yeux remplis par une profonde tristesse.

« Il y a une émotion forte ici aujourd’hui, une émotion que nous comprenons intimement, a résumé Stéphanie Labonté-Licker, venue de la Montérégie avec son mari, Steve Joncas, pompier à Farnham, pour assister au 20e anniversaire de la tragédie. Quand les familles laissent partir un des leurs sur une intervention d’urgence, elles ne savent jamais s’ils vont revenir. Nous sommes là pour ces familles, que l’on ne connaissait pas, et qui ont perdu un proche cette journée-là. »

343 pompiers et 60 policiers ne sont jamais rentrés chez eux après ce matin du 11 septembre. « Cela fait 10 ans que je voulais être ici pour rendre hommage à ces premiers répondants et à leur travail », a dit M. Joncas, rencontré aux abords du mémorial dans les minutes qui ont précédé le début de la cérémonie.

Une cérémonie à laquelle a pris part le président Joe Biden, accompagné des ex-présidents américains Barack Obama et Bill Clinton. Des événements similaires se sont tenus également au Pentagone, frappé à 9 h 37 par un troisième avion de ligne et à Shankville en Pennsylvanie, où le vol United Airlines 93 a fini sa course dans un champ, après que les passagers aient assailli les terroristes dans le poste de pilotage. L’avion avait pris la capitale, Washington, pour cible.

Dans une vidéo dévoilée vendredi soir par la Maison-Blanche, Joe Biden a témoigné de son respect pour l’héroïsme qui a cohabité avec l’horreur lors de cette journée sombre pour l’Amérique. Mais il a aussi profité de ce 20e anniversaire, pour tenter de donner un nouveau souffle à sa présidence, après un mois d’août difficile, marqué par le départ chaotique des Américains d’Afghanistan, et ce, en plaçant « l’unité nationale » au cœur de son discours.

« Nous avons vu de l’héroïsme partout », a-t-il dit. « Mais nous avons aussi vu quelque chose de trop rare : un véritable sentiment d’unité nationale ». En 20 ans, cette unité « s’est pliée », selon lui, et le pays doit désormais faire en sorte qu’elle ne se brise jamais. « L’unité est ce qui fait de nous ce que nous sommes, l’Amérique à son meilleur », a-t-il ajouté.

Ce reportage a été en partie financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

À voir en vidéo

Source: Monde / États-Unis – Le Devoir

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