International

L’ambassade russe à Buenos Aires, les 400 kg de cocaïne et le très discret procès

LETTRE DE MOSCOU

Il faut se souvenir de la stupeur causée alors par les annonces venues de Buenos Aires. Nous sommes en février 2018 et la ministre argentine de la sécurité, Patricia Bullrich, annonce le démantèlement d’un réseau de narcotrafiquants opérant depuis l’ambassade russe dans la capitale du pays. La capture de six individus, quatre Russes et deux Argentins, est le résultat d’une coopération de quatorze mois entre les deux pays, dit-on, achevée par un plan magistral : la cocaïne a été remplacée par de la farine et expédiée en Russie, permettant d’y arrêter les opérateurs du trafic.

Au même moment sont diffusées des images d’une saisie opérée dans un local de l’école russe appartenant à l’ambassade. Douze valises contenant 389 kilogrammes de cocaïne presque pure, valeur marchande 50 millions d’euros. Détail le plus croustillant : les bagages sont enregistrés comme des « valises diplomatiques » (cette procédure qui permet d’éviter les contrôles douaniers), prêtes à être expédiées comme telles. Selon les enquêteurs, au moins trois envois de la sorte auraient déjà été effectués dans le passé.

Une discrétion extraordinaire

Deux ans plus tard, le procès de cette affaire, ouvert à Moscou en mars, devait permettre de répondre aux nombreuses questions encore en suspens, à commencer par la plus intrigante : comment l’intendant de l’ambassade, seul membre du personnel diplomatique arrêté et aujourd’hui jugé, a-t-il pu assurer la logistique d’un tel trafic sans être remarqué ?

Peine perdue : il semble plutôt que les mystères de Buenos Aires doivent rester sans réponse. Ce procès si attendu se tient dans une discrétion extraordinaire. Les médias fédéraux russes n’en font pas la moindre mention, et la justice a choisi la procédure du huis clos, réservée aux procès impliquant des mineurs, certains crimes sexuels ou des secrets d’Etat.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Violence politique, impunité, absence de la justice… Ce que l’affaire Navalny révèle du système Poutine

Les avocats, eux, font profil bas, se contentant de mettre en avant les erreurs de procédure qui devraient selon eux rendre le jugement impossible : le fait que la drogue ait été déclarée détruite prématurément ; le fait que l’accusé principal, un personnage trouble du nom d’Andreï Kovaltchouk, ait été extradé par l’Allemagne alors qu’il n’a pas la nationalité russe ; le fait que l’enquête russe mentionne des dates différentes s’agissant du jour où la drogue aurait été découverte et avance des quantités elles aussi variables…

Dans ce morne paysage, une enquête conduite conjointement par le site américain The Daily Beast et Dossier, média d’investigation financé par l’ancien oligarque Mikhaïl Khodorkovski, montre que les investigations conduites dans les deux pays ont laissé de côté un nombre important de questions troublantes. Les deux sites ont aussi eu accès à des documents inédits de ces investigations.

Il vous reste 56.83% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Source: International : Toute l’actualité sur Le Monde.fr.

Ajouter un commentaire

Click here to post a comment

%d blogueueurs aiment cette page :