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La Thaïlande face à une fronde inédite de sa jeunesse

Analyse. Ce n’est pas une révolution, mais une révolte. Un « Mai 68 » à la sauce thaïe, pas pimentée en violence jusqu’à présent, plutôt la fronde pacifique d’une partie de la jeunesse, essentiellement estudiantine et urbaine, contre un ordre établi de longue date. Une querelle des Modernes contre les Anciens, des progressistes contre les thuriféraires de la tradition, et dans le cadre de laquelle le respect de la hiérarchie, de l’autorité et même de la personne sacro-sainte du souverain, est passé à la moulinette de doléances sans précédent.

La multiplication, depuis des semaines, des manifestations dans les campus du pays est en train de dessiner les contours d’un mouvement inédit de par l’audacieux contenu de ses revendications, sans qu’il appelle pour autant à l’insurrection générale. Dans ce contexte, un défilé prévu samedi 19 septembre à Bangkok, pour lequel les organisateurs attendent une centaine de milliers de personnes, apparaît comme un nouveau rendez-vous crucial. Quel que soit son destin, ce mouvement aux meneurs autoproclamés marque un moment-clé de l’histoire d’un royaume régulièrement secoué par de très violents soubresauts, matés dans le sang (en 1973, 1976, 1992, 2010…).

Une Constitution jugée liberticide

Que veulent ces étudiants qui scandent, tel un mantra, les mots de « démocratie » dans les rues et les campus ? D’abord la démission de l’actuel premier ministre, Prayuth Chan-o-cha, un ancien général putschiste. Ensuite la dissolution d’une Assemblée nationale « mal élue » au terme d’un scrutin législatif qui s’est tenu début 2019 sous les auspices d’une Constitution jugée « liberticide » : adoptée par référendum sous un régime militaire en 2017, celle-ci a tordu le processus électoral de telle manière que les anciens putschistes se sont maintenus aux affaires. Les étudiants exigent aussi que ladite Constitution – la vingtième depuis 1932, année du premier coup d’Etat qui renversa la monarchie absolue – soit réécrite.

La dissolution, en février, par une justice aux ordres de l’oligarchie en place – monarchie, armée, bureaucratie – du Parti du nouvel avenir, dont la remarquable performance aux élections avait fait de cette formation le symbole des espoirs d’une classe moyenne mondialisée, avait donné le coup d’envoi de la colère des prodémocratie. Alors que le combat contre le Covid-19 (magistralement bien géré : 58 morts pour une population de 69 millions d’habitants) était perçu comme gagné, la stabilisation de la situation sanitaire a ramené des foules importantes de jeunes « rebelles » dans l’espace public et universitaire.

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Source: International : Toute l’actualité sur Le Monde.fr.

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