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La frontière entre l’Irak et l’Arabie saoudite rouvre après trente ans de fermeture

Le principal point d’accès entre l’Irak et l’Arabie saoudite, à Arar, était à nouveau accessible, mercredi 18 novembre, trente ans après sa fermeture, témoin d’un nouveau réchauffement entre Riyad, grand ennemi de l’Iran, et Bagdad, proche de son grand voisin. Jusqu’ici Arar n’ouvrait que pour laisser passer les pèlerins irakiens en route vers La Mecque au moment du hadj.

En 1990, lorsque Saddam Hussein a envahi le Koweït, l’Arabie saoudite a rompu ses relations diplomatiques avec l’Irak et n’a réellement repris langue avec Bagdad qu’en 2017, près de quatorze ans après la chute du dictateur irakien en 2003.

Conditions politiques au beau fixe pour Riyad

Aujourd’hui, Riyad entend revenir avec force sur le marché irakien, un pays à l’industrie et l’agriculture en berne, inondé de produits iraniens et turcs. La preuve ? Dès mercredi matin, au milieu des officiels des deux pays, de modestes files de camions attendaient des deux côtés de la frontière. Les deux pays tentent également de rouvrir le second point de passage les reliant, Al-Jemayma, moins important et situé dans le sud de l’Irak.

Les conditions politiques sont au beau fixe pour Riyad : le premier ministre, Mustafa Al-Kadhimi, chiite comme tous les premiers ministres d’Irak depuis l’invasion américaine en 2003, est un ami personnel du prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane. Il devait même consacrer sa toute première visite à l’étranger – après sa prise de fonctions en mai – à Riyad, mais elle a été annulée à la dernière minute en raison de problèmes de santé du roi Salmane d’Arabie saoudite.

Depuis août 2017, les deux Etats membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), frappée de plein fouet par la chute des prix du baril, réunissent régulièrement une commission de coordination. Cette commission saoudo-irakienne s’est réunie encore la semaine dernière, tandis que des ministres irakiens se sont déjà rendus à Riyad.

Les pro-Iran menacent

L’objectif à Arar, dans la province d’Anbar, bordée à l’ouest par la Jordanie et au sud par l’Arabie saoudite, est de laisser passer marchandises et personnes et de créer ainsi une autre porte d’entrée aux importations, dont une grande partie arrive aujourd’hui en Irak par la frontière avec l’Iran, deuxième fournisseur commercial de l’Irak.

Une telle décision a évidemment provoqué l’ire des factions armées pro-Iran dans le pays. L’un des nouveaux groupuscules, Ashab Al-Kahf, faux-nez des factions pro-Iran installées depuis des années, s’en est ainsi violemment pris à ce rapprochement avec Riyad, le poids lourd sunnite régional. « Les renseignements de la résistance islamique [l’axe pro-Iran au Moyen-Orient] suivent avec précision chaque mouvement de l’ennemi saoudien à la frontière irakienne, de même que les communications téléphoniques entre Mohammed Ben Salmane et Mustafa Al-Kadhimi », menace Ashab Al-Kahf dans un communiqué.

Les pro-Iran accusent Riyad de vouloir « coloniser » l’Irak sous couvert d’investissements. « Laissez les investir ! Bienvenue en Irak ! », a répondu lors d’une conférence de presse mardi soir M. Kadhimi. « Les accords avec l’Arabie saoudite vont créer des milliers d’emplois », a-t-il ajouté, une bouffée d’air vitale dans un pays qui chaque mois paye ses fonctionnaires avec plusieurs semaines de retard tant les caisses sont vides.

Le Monde avec AFP

Source: International : Toute l’actualité sur Le Monde.fr.

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