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La crise dégénère au Brésil

La transmission du coronavirus semble être devenue incontrôlable au Brésil où, mardi, la barre des 4000 décès quotidiens a été franchie, une première depuis le début de la crise sanitaire dans ce pays.

Après un record de mortalités atteint en mars, avec plus de 66 000 victimes de la COVID-19, c’est désormais avril qui devrait lui succéder au titre du mois le plus mortel dans ce pays de l’Amérique du Sud, avec plus de 100 000 décès envisagés par les experts, soit l’équivalent de deux fois la population totale de Rimouski.

« J’avais prévenu que le mois de mars serait le plus triste de notre histoire », résume en vidéoconférence la pneumologue Margareth Dalcolmo, professeure à l’École nationale de santé publique de la Fondation Oswaldo Cruz (Fiocruz), jointe par Le Devoir à Rio de Janeiro mercredi. « Avril va être pire si le Brésil ne prend pas immédiatement la décision d’imposer un confinement sérieux et total de tout le pays pour les deux ou trois prochaines semaines. »

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Cette mesure n’est toutefois pas sur la table à dessin du président du pays, Jair Bolsonaro, qui, en pleine troisième vague, s’oppose encore et toujours à toute mesure de contrôle et de réduction de la contagion dans son pays, pour ne pas nuire à l’économie. « Nous n’allons pas accepter ces politiques de confinement ni la fermeture de tout, a-t-il dit mercredi lors de son passage à Chapeco, dans l’État de Santa Catarina. Ses propos ont été rapportés par la chaîne de télévision Globo. « Il n’y aura pas de confinement national », a-t-il ajouté.

« Dans quel pays les gens ne meurent-ils pas de la COVID-19 ? » a demandé le président populiste la semaine dernière pour justifier sa position.

Dans la dernière semaine, plus de 19 000 personnes ont péri de la COVID-19 au Brésil, selon les plus récentes données de l’université Johns Hopkins, qui enregistre également une nouvelle flambée de contaminations dans ce pays, avec plus de 87 000 nouveaux cas détectés en 24 heures à peine. « Le contexte de la maladie a changé, avec un variant plus transmissible qui atteint plus facilement les jeunes, dit Mme Dalcolmo, qui siège à un comité de santé publique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La situation dans les hôpitaux est catastrophique et le nombre de lits occupés par des personnes de moins de 50 ans est affolant. La barre des 5000 morts quotidiens risque d’être franchie dans les prochains jours. »

Avec 337 000 décès à ce jour, le Brésil est le pays le plus endeuillé dans le monde, après les États-Unis.

Gestion chaotique

La gestion de la pandémie, dont l’ampleur a été niée dès les premières heures par Jair Bolsonaro, reste chaotique au Brésil, où le confinement est ordonné à la pièce, à l’échelle des États et des villes, en contradiction constante avec les décisions du pouvoir central, mais également d’élus locaux proches du président.

Fin mars, le maire de Rio, Eduardo Paes, a décrété la fermeture totale des bars et des restaurants, pour tenter de ralentir une troisième vague. Une décision déjouée par le gouverneur de l’État de Rio, Claudio Castro, qui a finalement permis que ces établissements restent ouverts jusqu’à 23 h.

La situation dans les hôpitaux est catastrophique et le nombre de lits occupés par des personnes de moins de 50 ans est affolant. La barre des 5000 morts quotidiens risque d’être franchie dans les prochains jours.

Samedi dernier, à la veille du dimanche de Pâques, un juge de la Cour suprême récemment nommé par le président Bolsonaro a autorisé l’ouverture des lieux de culte dans tout le Brésil malgré les interdits en vigueur dans de nombreuses villes, et ce, à la demande d’une association de juristes évangéliques.

« Sans coordination nationale, sans un ministère de la Santé qui oriente la réponse face à la pandémie, il y a un grand vide juridique », a expliqué à l’Agence France-Presse (AFP) José David Urbaez, du Centre d’infectiologie de Brasília. En moins de deux ans, quatre personnes se sont succédé à la tête du ministère de la Santé au Brésil, sans réussir à en faire le centre de commande de la gestion pandémique.

« Il n’y a pas de définition claire pour tout le Brésil des activités qui doivent être considérées comme “essentielles”. Chaque ville, chaque État, définit à sa manière ce qui peut rester ouvert ou non, au gré des pressions politiques et économiques locales. »

« Le nouveau ministre de la Santé défend le port du masque. C’est bien, mais c’est encore trop peu, dit Mme Dalcolmo. Le Brésil est sous le feu de discours antagonistes, avec la science qui appelle au confinement et Bolsonaro qui continue de faire la promotion de traitements préventifs qui ne fonctionnent pas. » L’utilisation de l’hydroxychloroquine en fait partie. « Dans des villes, des maires distribuent aux citoyens ce que j’appelle des “sachets d’illusions” contenant des produits censés prévenir la maladie. C’est de la petite politique et le président approuve ça. »

Et pendant ce temps, le Brésil accentue son retard en matière de vaccination. À ce jour, moins de 10 % des 210 millions d’habitants ont reçu une première dose et 2,7 % sont pleinement immunisés avec deux doses.

Variant brésilien au Canada

Devant le chaos sanitaire, le Canada n’envisage pas de nouvelles mesures pour limiter davantage les déplacements entre les deux pays. Tout au plus, l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) a indiqué au Devoir que les personnes ayant séjourné dans ce pays dans les 14 jours précédant leur arrivée au pays « feront l’objet de mesures de vérification accrues, dont une évaluation supplémentaire de leur plan de quarantaine et d’un processus de contrôle rigoureux afin d’assurer la conformité aux mesures de quarantaine ».

La côte ouest du Canada est durement touchée par le variant brésilien du coronavirus, selon les autorités sanitaires locales. Au Québec, sa présence pourrait être sous-évaluée. La Santé publique ne fait mention pour le moment que de deux cas de variant brésilien confirmés par séquençage, sur les 12 000 cas de variants détectés dans l’ensemble des régions. Un seul cas de variant sur huit à peine est identifié avec précision au Québec à ce jour.

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Source: Monde / Amériques – Le Devoir

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