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En Italie, la course contre la mort d’Alex Zanardi

LETTRE DE ROME

La Provinciale 146 est une des plus belles routes d’Italie, serpentant au milieu des bois et des vignes dans la vallée d’Orcia, entre les petites villes de Pienza, San Quirico et Montalcino. Elle offre un de ces paysages toscans comme on les rêve, tout en douceur et en harmonie, où l’on se laisse facilement bercer par l’idée que rien ne peut arriver.

Vendredi 19 juin, un peu avant 17 heures, un petit groupe de cyclistes, accompagné par plusieurs véhicules, est lancé à pleine vitesse (autour de 50 km/h), dans une longue courbe descendante. Le champion handisport italien Alex Zanardi, 53 ans, amputé des deux jambes, emmène le groupe, avec un vélo à main spécialement conçu pour lui. Une petite bosse lui fait perdre le contrôle, et l’homme percute, après une longue glissade, un semi-remorque qui remontait la route en sens inverse. Les secours arrivent très vite, mais la situation est dramatique : gravement blessé à la tête et défiguré, Zanardi est héliporté vers Sienne, au policlinico où il subit en fin de soirée une opération d’urgence de chirurgie crânienne. Sitôt connue, la nouvelle fait l’ouverture de tous les journaux télévisés, reléguant au second plan, pour la première fois depuis quatre mois, la chronique quotidienne de l’épidémie de coronavirus. Le pape lui-même fait savoir qu’il prie pour son rétablissement et lui envoie un message dans lequel il le remercie d’« avoir fait du handicap une leçon d’humanité ».

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Ferveur quasi religieuse

Depuis, c’est comme si l’Italie tout entière s’était massée devant l’entrée de l’hôpital de Sienne, dans l’attente fébrile des nouvelles du champion. Celles-ci ne sont pas bonnes : opéré une nouvelle fois lundi soir, Zanardi est toujours en soins intensifs, dans un état « grave mais stationnaire », et les médecins ne cachent pas qu’ils craignent des dommages neurologiques irréparables.

Des journalistes attendent un bulletin médical sur l’état de santé d’Alex Zanardi, devant l’hôpital Santa Maria alle Scotte, à Sienne, le 20 juin.

L’aura d’Alex Zanardi, son histoire tragique et sa rédemption par le sport, ont fait de lui beaucoup plus qu’un grand sportif, une sorte de légende vivante, suscitant chez celui qui l’approche une ferveur quasi religieuse. Né en 1966 à Bologne d’une famille plutôt modeste (son père était plombier), le jeune Alessandro, vite devenu « Alex », grandit au cœur de la « motor valley » italienne, où l’on organise sa vie autour de l’automobile et voue un culte sans réserve à la Ferrari. Après avoir suivi le cursus classique de tout pilote surdoué, débuts en karting en 1980, découverte de la Formule 3 italienne puis passage en Formule 3000, il arrive en Formule 1, dans la petite écurie Jordan, en 1991. Là, son ascension marque le pas : en quatre saisons chez Jordan, Minardi puis Lotus, trois écuries plutôt habituées à faire de la figuration, il ne récoltera qu’un malheureux point, grâce à une sixième place au Grand Prix du Brésil, en 1993.

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Source: International : Toute l’actualité sur Le Monde.fr.

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