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En Georgie, le vote électronique n’inspire pas confiance

Sarah Riggs Amico se demande encore où sont passés plus de 100 000 votes lors des élections de 2018, où elle se présentait comme candidate démocrate au poste de lieutenante-gouverneure de Georgie. C’est qu’elle n’a perdu contre son rival républicain Geoff Duncan que par 123 172 voix.

Plusieurs savent que les bulletins de vote sont longs aux États-Unis. Habituellement, les électeurs sont nombreux à voter pour le premier poste à pourvoir. Puis, plus ils descendent la liste, moins ils le sont.

En 2018, il y a eu, le jour des élections, 3,9 millions de votes pour le poste de gouverneur, puis 159 000 votes de moins pour le poste de lieutenant-gouverneur (une baisse de 4 %) et un regain d’intérêt de 103 000 électeurs pour le poste de secrétaire d’État à la troisième ligne. Rien n’explique la baisse du nombre de votes pour le poste de lieutenant-gouverneur, la tendance n’apparaît pas dans le vote par correspondance, par exemple.

Autre détail intéressant, les anomalies de vote apparaissent en plus grand nombre dans les comtés les plus démocrates de la région d’Atlanta, DeKalb, Fulton et Clayton, trois comtés à fortes populations afro-américaines.

Sarah Amico demeure convaincue que ces anomalies sont attribuables aux machines de vote électronique.

Marilyn Marks, directrice de l’OBNL Coalition for Good Governance (CGG), l’est aussi. Et elle poursuit l’État de Georgie pour que les machines de vote électronique restent dans les entrepôts cette année et que les bureaux de vote retournent au bulletin en papier.

Le problème avec le vote électronique

Mme Marks fait remarquer que jamais, dans l’affaire des 100 000 votes manquants, on n’a pu voir le code source des machines. Cette année, c’est la même chose, dit-elle. L’État, pensant régler le problème de 2018, vient de changer ses machines pour celles d’une entreprise canadienne, la Dominion Voting Systems de Toronto. Des machines à écran tactile qui ne peuvent fonctionner qu’avec un code donné à l’électeur, qui fait ensuite ses choix sur l’écran pour qu’ils soient transformés en code-barre, qui est lu par un lecteur optique. Les votes sont ensuite enregistrés.

Qu’est-ce qui prouve que le code-barre est une réelle transposition des choix de l’électeur? Rien, dit Marilyn Marks. Le système n’est pas vérifiable, la compagnie ne révèle pas la programmation de ses machines. Il y a bien en petits caractères à côté du code-barre une liste des choix de l’électeur qui s’imprime, mais qui se donne la peine de vérifier, demande-t-elle. Surtout en ces temps de COVID-19 où personne ne veut s’attarder aux bureaux de vote.

Harri Hursti, expert en cybersécurité finlandais travaillant avec la CGG, signale cette étude récente de l’Université du Michigan, où les machines de vote avaient été programmées pour enregistrer exactement le contraire de ce que les gens choisissaient. Un reçu imprimé de leurs votes leur était remis et moins de 7 % d’entre eux se sont rendu compte du subterfuge.

La juge n’a pas encore statué sur la requête de la CGG et peu importe sa décision, le secrétaire d’État Brad Raffensperger peut faire appel, tout comme pour la partie du jugement déjà rendue, qui accède à la demande de la CGG que des listes électorales imprimées soient disponibles dans chaque bureau de scrutin.

Le nouveau système a des ratés

Les listes électorales électroniques ont connu des problèmes lorsque le nouveau système a été mis à l’essai en juin dernier pour les primaires des deux partis. Et ça n’a pas été le seul problème, des codes n’ont pas fonctionné, des bureaux ont ouvert en retard, tant et si bien que dès 7 h, les files d’attente s’allongeaient et qu’il a fallu prolonger les heures d’ouverture de plusieurs bureaux de scrutin.

Plus d’un électeur a tourné les talons. Et encore une fois, les problèmes ont été plus accentués dans les communautés à forte concentration d’Afro-Américains de la grande région d’Atlanta, même si aucune région de l’État n’a vraiment été épargnée. Tout ça pour des primaires qui habituellement n’attire pas tant de participation que ça, imaginez le 3 novembre.

Marilyn Marks veut croire qu’un retour aux bulletins en papier rendrait le processus beaucoup plus accessible et aiderait à mettre fin à la réputation de la Georgie d’être un État qui restreint le droit de vote. Mais en raison du calendrier judiciaire incertain et en ces temps de pandémie, elle conseille à tous les Georgiens qu’elle croise de voter dès maintenant par correspondance et d’aller eux-mêmes déposer leurs bulletins dans les boîtes qu’on trouve partout dans l’État à cet effet.

Source: Radio-Canada | international

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