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Des évangélistes américains condamnent leurs fidèles radicalisés

Dans une lettre ouverte publiée mercredi, plus d’une centaine de représentants d’églises évangéliques américaines ont décidé de condamner publiquement la radicalisation de nombre de leurs fidèles à l’origine de la violence politique aux États-Unis. L’insurrection du Capitole le 6 janvier dernier en a été un des points d’orgue.

Comme « de nombreux dirigeants musulmans [qui] ont ressenti le besoin de dénoncer des versions déformées et violentes de leur foi » par le passé, les signataires reconnaissent désormais « l’urgence de dénoncer la mutation violente » qui affecte leur courant religieux, mutation portée par « un nationalisme chrétien radicalisé » qui cause des dommages dans « le monde, dans l’Église et dans la vie des individus et des communautés », écrivent-ils.

Le groupe cible d’ailleurs les nombreuses pancartes et références à Jésus qui ont accompagné les fidèles de Donald Trump dans l’attaque du dôme de la démocratie américaine, le mois dernier et déplore les prières qui ont été prononcées par les insurgés, au sein même de la chambre du Sénat. Rappelons que l’attaque visait à entraver la certification du vote en faveur de Joe Biden. Cinq personnes ont perdu la vie cette journée-là.

« Le Jésus qui a accompagné ces gestes n’est pas le Jésus que nous servons et qui est le représentant de la paix », a commenté mercredi Jerushah Duford, petite-fille du révérend Billy Graham, jointe en Caroline du Sud par Le Devoir. Elle est l’une des signataires de la lettre. « Je pense qu’il est plus que temps pour l’Église évangélique de condamner cette radicalisation qui l’affecte, tout comme le racisme et le nationalisme, dans l’Église et en dehors de l’Église, qu’elle induit. »

Mme Duford est une voix forte aux États-Unis qui s’exprime régulièrement contre Donald Trump et surtout contre les sombres affinités entre le mouvement évangélique et le trumpisme. Lors des dernières élections, près de 80 % des évangéliques blancs ont soutenu la candidature de l’ancien président, comme ils l’avaient fait en 2016, selon le National Election Pool, et ce, malgré les déficits moraux de l’ex-vedette de la téléréalité.

« Tout comme il a été tragiquement incohérent pour les chrétiens du 20e siècle de soutenir le Ku Klux Klan ou l’idéologie nazie, il est impensable aujourd’hui pour des chrétiens de soutenir les Proud Boys, les Oathkeepers, QAnon, 3 Percenters, America Firsters et des groupes similaires », peut-on lire dans la lettre ouverte. Plusieurs de ces groupes radicalisés ont été directement impliqués dans l’insurrection, orchestrée par Donald Trump pour tenter de renverser les résultats du vote en sa faveur et éviter la défaite.

Selon un sondage du Marist College, mené pour le compte de PBS et NPR, après le 6 janvier, 63 % des évangéliques blancs sont toujours persuadés que l’élection de Joe Biden est la conséquence d’une fraude électorale. Aucune preuve de cette fraude fabulée n’a été pourtant faite à ce jour, malgré une soixantaine de poursuites, pilotées par les républicains dans plusieurs États pour contester les résultats du vote.

Sortir de « l’impasse »

« Nous devons nous sortir de cette impasse, dit Jerushah Duford, qui estime que la signature de cette lettre est un pas dans la bonne direction, mais qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour enrayer la violence politique délétère qui s’est emparée des États-Unis. « Je souhaite qu’un changement majeur se produise et que ceux qui sont d’accord avec le contenu de cette lettre commencent à en parler publiquement. Nous devons prendre position contre le nationalisme chrétien et enseigner au monde qui était vraiment Jésus, qui est amour et non pas haine ».

La coalition d’évangélistes estime que sa « foi ne lui permet pas garder le silence à un moment comme celui-ci » dans l’histoire des États-Unis où les « valeurs bibliques » sont utilisées pour « diaboliser les immigrants » ou les opposants politiques à Donald Trump. Lors d’un rassemblement à caractère religieux tenu à Washington la veille du 6 janvier, Joe Biden a été dépeint comme un « esclave de Satan » par Alex Jones, figure forte du nationalisme chrétien, conspirationniste et fervent défenseur du milliardaire autoproclamé.

« Nous ne voulons pas être des complices silencieux de ces péchés », ajoutent les signataires tout en appelant les « pasteurs, les ministres du Culte et les prêtres à dire clairement que l’engagement pour Jésus-Christ est incompatible avec les appels à la violence, le soutien d’un nationalisme chrétien blanc, des théories de la conspiration et toutes les discriminations raciales et religieuses ».

À voir en vidéo

Source: Monde / États-Unis – Le Devoir

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