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Coronavirus : Vladimir Poutine reporte le scrutin du 22 avril sur la réforme constitutionnelle

Le président russe, Vladimir Poutine, lors de son adresse à la nation, depuis sa résidence de Novo-Ogarevo, le 25 mars 2020. ALEXEI DRUZHININ / AFP

Face à l’aggravation de l’épidémie de Covid-19 en Russie, Vladimir Poutine a annoncé, mercredi 25 mars, le report du « vote populaire » prévu le 22 avril sur une réforme de la Constitution. Une nouvelle date sera fixée après consultation des médecins, a indiqué le président russe, qui a également annoncé que la semaine du 30 mars serait chômée dans le pays, « avec maintien du salaire ».

« Le plus sûr, en ce moment, est de rester à la maison », a-t-il plaidé, sans toutefois annoncer de mesures strictes de confinement. Les cafés et les parcs seront toutefois fermés.

Cette consultation (il ne s’agit pas formellement d’un référendum) devait valider une modification de la Constitution permettant au chef du Kremlin de rester au pouvoir après 2024, en « remettant à zéro » le nombre de mandats déjà effectués.

« Vous savez avec quel sérieux je considère ce sujet, a dit M. Poutine. Mais notre priorité absolue est la santé, la vie et la sécurité de nos citoyens. »

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L’annonce de ce report s’est faite dans un cadre très solennel, diffusée sur plusieurs chaînes de télévision en même temps. Le président russe s’exprimait aussi pour la première fois en longueur au sujet de la pandémie de Covid-19. « Grâce aux mesures que nous avons prises, nous avons, dans l’ensemble, réussi à éviter une diffusion trop importante de la maladie », s’est-il félicité, avant de mettre en garde : « Ce qui se passe en Europe ou de l’autre côté de l’océan [aux Etats-Unis] peut devenir notre réalité dans un avenir proche. »

Demi-surprise

Cette intervention du président russe et la décision de reporter le vote du 22 avril interviennent après la communication d’un nouveau bilan par les autorités sanitaires, mercredi. Celui-ci montre l’augmentation la plus forte en une journée, avec 163 nouvelles contaminations, pour un total atteignant désormais 658 cas. Les décès de deux patients atteints du coronavirus ont également été annoncés.

Cette annonce est aussi une suite logique après les déclarations, mardi, du maire de Moscou, Sergueï Sobianine, qui est également à la tête du groupe de travail mis en place par le Kremlin pour lutter contre la pandémie. M. Sobianine avait reconnu que les chiffres de contaminations étaient « significativement plus élevés » que les cas officiellement recensés et reconnu que les autorités ne parvenaient pas à avoir une « image claire » de l’ampleur de l’épidémie.

Cet aveu ne constituait qu’une demi-surprise, tant les signaux inquiétants s’accumulaient ces derniers jours, depuis l’explosion du nombre de « pneumonies » dans le pays jusqu’à la transformation en centres de soins d’établissements de santé comme des maternités. La qualité et la quantité des tests produits en Russie sont également au cœur de discussions entre les spécialistes.

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Le discours de M. Poutine constitue malgré tout le signe d’un changement de stratégie. Il y a encore une semaine, le président russe assurait sans donner plus de détails que la situation était « sous contrôle ». Des mesures de soutien aux retraités, aux entreprises ou aux familles nombreuses ont également été annoncées.

Contretemps désagréable

Les autorités russes ont pris dès le début du mois de février des mesures strictes de contrôle et de fermeture des frontières, mais elles rechignent toujours à imposer un ralentissement trop brusque à l’économie. Si les événements culturels et publics ont été annulés et les écoles fermées, aucune mesure de confinement généralisé n’a été prise. A Moscou, seules les personnes âgées de plus de 65 ans ont pour consigne de rester chez elles et la gratuité des transports leur a été supprimée, mercredi.

Selon plusieurs sources citées dans la presse russe, et jusqu’au porte-parole du Kremlin, c’est désormais la tenue de la parade du 9 mai, à l’occasion des 75 ans de la victoire sur le nazisme, qui est en discussion. Une annulation serait un autre coup dur pour le Kremlin, qui a fait de cet événement un point cardinal de sa politique, tant en interne qu’à l’extérieur. Emmanuel Macron fait partie des personnalités encore annoncées.

Le « vote populaire » du 22 avril était attendu comme un moment majeur de la vie politique russe, permettant de clore la séquence constitutionnelle ouverte le 15 janvier par Vladimir Poutine. A l’époque, le président avait évoqué la soif de « changements » des Russes et promis de donner plus de pouvoir au Parlement.

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Le texte soumis aux électeurs entérine au contraire un renforcement des pouvoirs du président, agrémenté de références conservatrices comme la « foi en Dieu » ou l’interdiction du mariage entre personnes de même sexe. L’ajout du point le plus important, la « remise à zéro » des mandats effectués par Vladimir Poutine, est survenu au dernier moment, le jour même du vote du texte par le Parlement.

Les autorités ont ensuite montré qu’elles entendaient agir avec une extrême célérité, passant les différentes étapes légales en un temps record. Le report du vote du 22 avril apparaît donc comme un contretemps désagréable. La solution du vote à domicile a été un temps envisagée, mais de l’avis des spécialistes, elle aurait eu pour conséquence d’amener l’épidémie dans des territoires isolés et dépourvus de systèmes de soin.

 

 

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