International

Au Kirghizistan, la peur d’une élection présidentielle confisquée

 

Sous le ciel de Bichkek lavé du smog, ils étaient des milliers à se presser vendredi 8 janvier, en gros habits d’hiver, sur l’esplanade du Musée national d’histoire, là où se dresse l’une des statues de Lénine d’Asie centrale à avoir survécu à la chute du communisme. Vladimir Ilitch trônait sur la grande place centrale Ala-Too, on déplaça sa statue de quelques centaines de mètres. Sadyr Japarov, lui, compte bien faire en sens inverse le chemin vers la « Maison blanche », le pavé blanc de béton qui, planté au nord de la place, abrite à la fois le Parlement et l’administration présidentielle du Kirghizistan et fut souvent l’arène de joutes aussi physiques que politiques.

Pour son dernier meeting avant l’élection présidentielle du 10 janvier, le politicien de 52 ans est le grand favori, et le seul des dix-sept candidats à réunir au cœur de la capitale autant de supporteurs. Le seul aussi dont les gigantesques affiches de quinze mètres de longueur, frappées du slogan « Servir l’avenir », sont partout visibles dans Bichkek et le reste du pays.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Au Kirghizistan, la démission du président marque un répit dans la crise politique

Un exploit pour un homme qui, il y a trois mois, purgeait, depuis 2017, une peine de dix ans de prison, quand des manifestants ont envahi la Maison blanche dans la nuit du 6 octobre 2020 et saccagé les bureaux du président Sooronbaï Jeenbekov au sortir d’un scrutin législatif remporté par les partis au pouvoir. Sans cravate, coiffé d’un kalpak blanc, le chapeau kirghize en feutre, Sadyr Japarov dénonce en kirghize puis en russe, face à la foule, ces gouvernants qui « détruisent le pays et ignorent comment vit le peuple ». Des hommes costauds, visages de marbre, promènent des banderoles où on lit : « Sadyr Japarov redonnera le pouvoir au peuple. »

Un candidat populiste

Ses partisans le voient comme un ex-« prisonnier politique » injustement condamné – pour avoir organisé depuis l’exil la séquestration d’un gouverneur de province en 2013. Alors député d’opposition, il avait mené une fronde pour nationaliser Kumtor, la plus grande mine d’or du pays aux mains d’une société canadienne, et tenté avec ses partisans de prendre par la force la Maison blanche. Le malheur qui l’a frappé a aussi ému. En 2019, après la mort de son fils aîné dans un accident de la route, et la perte de ses parents, il plaida en vain pour être gracié. « Il a connu beaucoup de souffrances. Il s’est sacrifié pour le peuple, c’est notre dernier espoir », dit Ainukh, une matrone d’une soixantaine d’années venue le soutenir.

Il vous reste 67.5% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Source: International : Toute l’actualité sur Le Monde.fr.

Ajouter un commentaire

Click here to post a comment

%d blogueueurs aiment cette page :