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Au Costa Rica, Curridabat, « la ville qui a été pensée dans les yeux d’une abeille »

Ancien journaliste, maire de Curridabat entre 2007 et 2018, Edgar Mora est la tête pensante d’un projet lancé en 2015 qui place les abeilles au cœur de la planification urbaine. Cinq ans plus tard, les succès écologiques et sociaux sont au rendez-vous.

Pourquoi votre ville est-elle surnommée « Ciudad Dulce » (« ville douce » ou « sucrée ») ?

En référence aux abeilles qui butinent le nectar des plantes. A Curridabat, les abeilles, mais aussi les colibris, les papillons ou les chauves-souris, sont des citadins comme les autres. « Ciudad Dulce » est le nom de ce projet urbain qui se focalise sur le respect et le bien-être des pollinisateurs. Cinq ans plus tard, le double sens du terme « dulce » – doux ou sucré en espagnol – va comme un gant à Curridabat, dont la planification urbaine a été imaginée dans les yeux d’une abeille.

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Comment une abeille voit-elle votre ville ?

Elle peut la traverser ou s’y arrêter pour se nourrir. Des corridors verts ont été mis en place pour que les abeilles ne connaissent plus de frontières, passant d’un espace vert à un autre dans un environnement bienveillant pour elles. La ville compte 180 parcs. La moitié a été créée ces dernières années sur des terrains municipaux qui étaient en friche. Les autres ont été rénovés. Nous y avons retiré les eucalyptus au profit d’espèces originaires de la région attractives pour les pollinisateurs.

Des rues droites et des immeubles pas trop hauts libèrent aussi les parcours aériens des oiseaux. Amener les parcs aux portes des maisons a entraîné une dynamique sociale qui incite les habitants à créer des jardins privés chez eux. Des graines leur ont été distribuées par la mairie. Ainsi, l’espace urbain n’arrête plus le paysage, réduisant les obstacles à la pollinisation des plantes.

D’où cette idée vous est-elle venue ?

De la colonisation de l’Amérique latine. Au moment de la christianisation du sous-continent par les Espagnols, la nature a été exclue des nouvelles villes coloniales pour rompre avec la culture des peuples indigènes, qui place le respect de la terre au cœur de leur société. L’objectif de notre projet est de rompre, à notre tour, avec le modèle de développement urbain traditionnel, basé sur l’antagonisme entre la ville et la campagne.

C’est une approche holistique de la gestion urbaine…

Oui. Dans un souci de relation équilibrée avec la nature qui inclut tous les membres de la communauté, humains et non-humains. Notre projet tient compte, à la fois, de la biodiversité, des infrastructures, de l’habitat, du vivre-ensemble et de la productivité de la ville. Placer les pollinisateurs au centre de la planification urbaine nous rappelle que nous sommes tous partie prenante des écosystèmes locaux. Nous en sommes même dépendants.

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Source: International : Toute l’actualité sur Le Monde.fr.

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