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A Marseille, la fermeture des frontières avec le Maghreb impacte transitaires et acteurs du tourisme

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Un ferry de la compagnie française Corsica Linea arrive dans le port de Marseille, après une traversée depuis Alger, le 2 juin 2020. CHRISTOPHE SIMON / AFP

En quarante-trois ans d’activité, Saï Saïd ne se souvient pas avoir connu une telle situation. A quelques kilomètres du port de Marseille, rue de la Joliette, son garage affiche complet. Rempli de Peugeot, Nissan, Toyota et autre Mercedes neuves qui attendent depuis près de trois mois d’être expédiées vers l’Algérie ou la Tunisie.

Mi-mars, la fermeture des frontières entre la France et les pays du Maghreb a contraint à la suspension des liaisons maritimes entre les deux rives de la Méditerranée. Et tous ces véhicules, très prisés de ses clients algériens et tunisiens, lui sont restés sur les bras, faute de ferries en partance.

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« C’est une première pour moi, on se croirait dans un film de science-fiction », assène-t-il en évoquant la crise sanitaire liée au Covid-19 et ses répercussions sur son commerce. En trois mois, ce Marseillais de 68 ans affirme avoir perdu « 60 à 70 % » de son chiffre d’affaires annuel.

Une situation qui l’a conduit à mettre ses trois employés au chômage partiel. « Les pertes vont être très lourdes. D’habitude, entre mai et août, beaucoup d’immigrés partent en vacances dans leur pays d’origine et on comptait un peu sur ça pour se rattraper. Mais ils ne peuvent toujours pas voyager », observe-t-il, totalement déconcerté.

Tout un écosystème affecté

Ce matin de fin mai, l’un de ses clients et intermédiaires lui rend visite. Pour Hadouel Hadj Norddin, le contexte est tout aussi morose. « D’habitude, en un mois, je fais passer vingt-cinq voitures pour des particuliers. Mais, en ce moment, c’est à peine quatre », déplore-t-il.

Ces automobiles sont désormais transportées par les rares cargos qui embarquent encore du port de Marseille pour l’Algérie. Une solution bien plus onéreuse que le ferry qui oblige ses clients « à payer 300 euros de plus par véhicule », explique-t-il.

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Le ralentissement des activités du port de Marseille affecte tout l’écosystème des petits commerces d’échanges avec le Maghreb, comme celui de M. Saïd et d’une dizaine d’autres garages de la rue de la Joliette spécialisés dans l’import-export de véhicules. Et ils ne sont pas les seuls à être touchés. Chaque année, le port de Marseille accueille 50 000 passagers en partance ou en provenance des rives sud de la Méditerranée. Soit 400 escales de ferries toutes compromises par la fermeture des frontières.

Reporter à défaut d’annuler

A quelques encablures du Vieux-Port, plusieurs agences de voyages ont aussi baissé leur rideau. Celle de Mohamed Rahou est l’une des rares encore ouvertes. Déjà six personnes masquées font la queue devant l’entrée, cherchant la confirmation de leurs voyages imminents en Tunisie, en Algérie ou encore aux Comores.

« Beaucoup anticipent les réservations dès septembre pour les vols les plus coûteux et dès décembre pour les trajets en ferry vers le Maghreb », précise M. Rahou. Face à la crise sanitaire, ses clients sont contraints de reporter à défaut d’annuler car, officiellement, les compagnies maintiennent les réservations.

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« Des départs en ferry pour l’Algérie et la Tunisie sont toujours programmés pour fin juin », affirme le voyagiste. Plongé dans l’incertitude, il espère voir la situation s’éclaircir avec une annonce prochaine de la réouverture des frontières.

Salim Beghdadi est lui aussi dans l’expectative. A la tête de son agence de voyage depuis cinq ans, ce quadragénaire estime avoir perdu 40 000 euros de chiffre d’affaires en deux mois. La moitié des voyages qu’il vend sont à destination des pays du Maghreb.

Une saison estivale très difficile

« Même si les frontières rouvrent, la reprise sera difficile car, psychologiquement, les gens ne sont pas prêts à partir. Ils ont peur d’être bloqués là-bas, puisque ces pays sont toujours confinés », remarque-t-il.

Pour les acteurs marseillais du tourisme, une saison estivale particulièrement difficile s’annonce. Au port, les navires des transporteurs restent à quai. La compagnie française Corsica Linea, l’un des trois principaux opérateurs des lignes entre Marseille, l’Algérie et la Tunisie transporte habituellement 200 000 passagers par an. Elle accuse déjà, selon la direction, des « dizaines de millions d’euros de pertes de marge » depuis le début de la crise.

Comme ses concurrents Algérie Ferries ou la Compagnie tunisienne de navigation (CTN). « Ces lignes sont très importantes pour l’équilibre économique et social de l’entreprise. Elles sont mêmes vitales », explique Pierre-Antoine Villanova, directeur général de Corsica Linea. Aujourd’hui, près de 650 marins de la compagnie ne savent pas s’ils travailleront cet été.

« La difficulté, c’est de n’avoir aucune visibilité », confie M. Villanova. Lui assure que des mesures sanitaires sont prévues pour assurer la sécurité des passagers lors des traversées. Port du masque obligatoire, confinement des voyageurs dans les cabines… Tout a été envisagé pour une reprise imminente du trafic. En attendant, la compagnie procède au rapatriement des Français encore bloqués au Maghreb, sous l’autorité du Quai d’Orsay.

Source: International : Toute l’actualité sur Le Monde.fr.

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