Environnement

« Si les Français se sont mis à désirer des vaccins anti-Covid, c’est parce qu’ils supportent mal que seuls d’autres en bénéficient »

Chronique. La blague sur le médecin chargé de vacciner contre le Covid-19 un Anglais, un Allemand, un Américain et un Français, tous rétifs, a fait fureur sur les réseaux sociaux. Mine de rien, elle en dit long sur le spectaculaire retournement de nos concitoyens, qui fulminaient en décembre 2020 contre cette inquiétante piqûre et se battent aujourd’hui pour en bénéficier. Dans la plaisanterie, l’Anglais finit par se laisser vacciner pour se comporter en gentleman, l’Allemand parce qu’on lui ordonne, l’Américain sous prétexte que son voisin l’a fait. Quant au Français, il résiste à tous les arguments, jusqu’à ce qu’on l’informe qu’en réalité, en tant que Français, il n’y a pas droit. Il hurle alors pour protester contre cette injustice et obtenir le vaccin.

Ainsi, les Français qui, à la veille de Noël, n’étaient que 42 % à souhaiter se faire vacciner, se retrouvent aujourd’hui 54 % à le désirer. Un bond qui a laissé pantois les experts des instituts de sondage.

La conversion des élus politiques n’a pas été moins spectaculaire. Lors d’un débat à l’Assemblée nationale, le 16 décembre 2020, les députés de tout bord appuyaient sur le frein, insistant sur la pédagogie. A droite, on invoquait le funeste souvenir des 94 millions de doses de vaccin contre la grippe A(H1N1) commandées en 2009 par la ministre de la santé de l’époque, Roselyne Bachelot, et restées largement inutilisées. A gauche, la voracité des géants de l’industrie pharmaceutique nourrissait la méfiance. Pas grand monde à l’époque pour saluer la prouesse scientifique et industrielle que représentent la mise au point et la diffusion d’un vaccin en moins d’un an.

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Entre-temps, le variant britannique a fait surgir le spectre d’un cauchemar sans fin. Surtout, les Français ont constaté l’envol de la vaccination dans de nombreux pays et pris connaissance de statistiques ridiculisant le leur. Que des millions d’Américains et de Britanniques se soient fait injecter le vaccin sans effets secondaires a rassuré les rétifs.

Mais le retournement massif et brutal de l’opinion n’avait été anticipé ni par le gouvernement, ni par l’opposition, ni par leurs stratèges. Aurait-on d’ailleurs vraiment gagné du temps en forçant la main plutôt qu’en laissant l’opinion mûrir ?

Des mécanismes bien humains

S’il est facile de donner de telles leçons a posteriori, l’expérience d’Antoine Augustin Parmentier, bien connu pour avoir introduit la pomme de terre en France, aurait pu inspirer une autre stratégie. Pour vaincre la défiance à l’égard du tubercule importé du Pérou et suspecté de transmettre la lèpre, le pharmacien, qui voulait vaincre les disettes à répétition, usa d’un stratagème : il fit garder le potager que Louis XVI lui avait octroyé en 1785 dans la plaine des Sablons (Neuilly actuel) par des gardes royaux, afin de susciter la convoitise et d’accréditer l’idée qu’il s’agissait d’un légume prestigieux réservé à des privilégiés. Les soldats n’étant présents que le jour, les vols nocturnes de tubercules se multiplièrent la nuit, à la grande satisfaction de Parmentier. Sa stratégie triompha : la patate envahit les campagnes françaises.

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Source: Planète : Toute l’actualité sur Le Monde.fr.

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