Environnement

« Nucléaire ou charbon, l’éparpillement d’un dommage en réduit singulièrement sa perception dans la population »

La centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), en décembre 2019. SEBASTIEN BOZON / AFP

Pertes et profits. Samedi 22 février, à 2 h 30 du matin, le réacteur numéro un de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) sera définitivement débranché. Le deuxième réacteur cessera son activité en juin. En dépit de son âge (43 ans), cette installation n’est pas fermée pour cause d’obsolescence, mais pour raison politique. La France a décidé de réduire sa dépendance au nucléaire et a désormais acté la fermeture de 12 réacteurs d’ici à 2035 afin de réduire à 50 % la part de cette technologie dans la production d’électricité, contre plus de 70 % actuellement.

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En cela, notre pays suit de très loin les décisions bien plus vigoureuses de ses voisins, et en premier lieu de l’Allemagne. Déjà traumatisé par la catastrophe de Tchernobyl en 1986, le pays a activé très violemment son retrait de cette technologie après l’accident de la centrale de Fukushima (Japon), en mars 2011. Berlin a décidé l’arrêt de la majorité (10 sur 17) des centrales entre 2011 et 2017.

De nombreuses études ont tenté d’évaluer le coût et les conséquences de cette décision sans précédent, généralement à partir de données macroéconomiques comme le prix de l’énergie, l’évolution de la production énergétique, avec la progression très forte de l’éolien mais aussi du charbon et du gaz ou les émissions de CO2, qui ont remonté en conséquence.

Pour la première fois, une équipe d’économistes américains, menée par Stephen Jarvis de Berkeley, ont utilisé des modèles informatiques analysant la production heure par heure pour modéliser la différence entre ce qui s’est passé réellement et ce qui se serait produit si les centrales avaient continué de fonctionner.

Phénomène psychologique

Ils en ont déduit que la fermeture du nucléaire a induit un surcroît de production des centrales thermiques locales (gaz et charbon) de 15 % par rapport au scénario de maintien du nucléaire, et une augmentation de 37 % des importations (surtout du Danemark, de la France et de la République tchèque).

Mais le plus intéressant est que 70 % du surcoût global, estimé à 12 milliards de dollars (11,1 milliards d’euros), provient de la surmortalité due à la pollution locale des usines de charbon (soufre, particules…), évaluée à 1 100 personnes par an grâce à l’analyse géographique des populations vivant près des centrales. Un bilan bien plus élevé que celui qui aurait été occasionné par la probabilité d’un éventuel accident ou les frais de gestion des déchets nucléaires – des risques estimés, en fonction de leur probabilité, en dessous de 200 millions de dollars par an.

Source: Planète : Toute l’actualité sur Le Monde.fr.

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