Environnement

« Le décompte de la mortalité liée au Covid-19 est une usine à gaz »

 

Le démographe et épidémiologiste Jean-Marie Robine est directeur de recherches émérite à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et conseiller scientifique auprès de la direction de l’Institut national d’études démographiques (INED).

Quelque 668 000 Français sont morts en 2020 selon l’Insee, un total historiquement haut…

Il faut remonter à la seconde guerre mondiale pour retrouver un tel nombre de décès en France. Depuis, le taux de mortalité n’a cessé de diminuer, mais cette tendance s’est inversée dans les années 2000, avec le vieillissement de la population née au moment du baby-boom. Le taux de mortalité a connu une hausse moyenne de 0,7 % par an entre 2004 et 2014, puis de 1,9 % entre 2014 et 2019. En 2020, il y a eu 53 900 décès de plus qu’en 2019, un bond de 9 %.

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Les 53 900 décès supplémentaires ne couvrent pas les 64 600 décès dus au Covid-19 recensés en 2020 par Santé publique France. Comment expliquer ce décalage ?

En effet, d’une certaine manière, il « manque » des morts. Ce que montre bien le bilan de l’Insee, c’est que la mortalité des jeunes, très liée aux activités extérieures, a diminué en 2020 : – 6 % chez les moins de 25 ans. Le confinement a réduit fortement la mortalité routière et, globalement, la mortalité violente, accidentelle ou pas. Il est certain que le confinement a par ailleurs réduit la transmission de maladies infectieuses. Et il est probable que des personnes qui devaient se rendre à l’hôpital pour d’autres raisons que le Covid, mais qui sont finalement restées chez elles, ont été préservées du côté iatrogène de l’hôpital.

Peut-on supposer que le Covid a fait beaucoup de « morts invisibles », absents des statistiques ?

Il faut dire chapeau à l’Insee pour son travail, mais son bilan annuel ne permet pas d’estimer avec précision les décès dus au Covid-19. De son côté, Santé publique France (SPF) passe à côté de nombreux cas, notamment les morts à domicile. Le bon chiffre, c’est celui de l’Inserm, qui reçoit tous les certificats sur lesquels figurent les causes du décès. Mais on n’a pas encore ce chiffre au 31 décembre, car le travail de l’Inserm prend du temps. Pour avoir une idée : du 1er mars au 31 mai, l’Insee a calculé une surmortalité de 27 627 décès par rapport à 2019. Aux mêmes dates, SPF a décompté 28 940 victimes du Covid. Et sur cette période, ­l’Inserm a comptabilisé quelques mois plus tard 34 030 certificats de décès avec la mention « Covid ». C’est un écart significatif.

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Source: Planète : Toute l’actualité sur Le Monde.fr.

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