Environnement

« L’ambition écologique de BP est considérable, démesurée »

 Le patron de BP, Bernard Looney, à Londres, mercredi 12 février. DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP

Pertes et profits. Qu’elle était verte ma vallée !, doit se dire Bernard Looney, en songeant aux landes et aux lacs du Kerry (Irlande) de son enfance. Elle sera verte ma compagnie, affirme cet ingénieur de 49 ans, deux semaines après son arrivée à la tête de la major du pétrole BP (British Petroleum). Pour sa première intervention publique, mercredi 12 février, à Londres, il a placé la barre écologique très haut, en se fixant un objectif ambitieux, en ligne avec celui de l’accord de Paris sur le climat de 2015 : la « neutralité carbone » en 2050 « ou plus tôt ».

« Le budget carbone mondial est limité et s’épuise rapidement ; nous avons besoin d’une transition rapide vers zéro émission net », a-t-il souligné, dans un discours aux accents dignes d’un militant de Greenpeace, où il a reconnu que la baisse de la production d’or noir est « inévitable ». L’ambition est considérable, démesurée, même. BP émet 415 millions de tonnes de CO2 par an, dont 360 millions proviennent du pétrole et du gaz brûlé par les consommateurs. Autant que l’Afrique du Sud ! Aucune des deux autres « supermajors » européennes (Shell, Total) n’est allée aussi loin. Seule l’espagnole Repsol se veut encore plus ambitieuse. Quant aux américaines ExxonMobil et Chevron, elles refusent tout engagement précis.

Discours volontariste

Comment BP peut-il atteindre un tel objectif ? En améliorant les techniques d’extraction des hydrocarbures, en développant le captage-stockage du CO2 et en investissant plus dans les énergies décarbonées, qui représentent encore une fraction marginale des dizaines de milliards consacrés à la production de pétrole et de gaz. Mais cela ne suffira pas, et les écologistes redoutent que son principal outil soit la « compensation carbone ». En clair, le financement de projets verts, comme la reforestation, capables de piéger autant de dioxyde de carbone que la compagnie en émet. M. Looney ne dévoilera pas les moyens d’y parvenir avant plusieurs mois, sans doute en septembre, devant la communauté financière.

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Son discours volontariste s’adressait autant à la société civile qu’aux investisseurs et à ses propres actionnaires, de plus en plus inquiets pour l’avenir d’une industrie jugée en partie responsable du changement climatique. Il entend toujours les choyer (7,7 milliards d’euros de dividendes en 2019). S’il s’affiche plus « cool » – jeans, col de chemise ouvert et manches retroussées, compte Instagram – que son prédécesseur, l’américain Bob Dudley, il ne perd pas de vue que sa société doit être financièrement « solide » pour verser des dividendes et « générer assez de trésorerie pour investir dans les activités bas carbone ».

Source: Le monde

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