Environnement

« Agribashing » : un levier d’influence pour une partie du monde agricole

Des manifestants brandissent des pancartes indiquant « Agriculture intensive = extinction massive » alors qu’ils participent à la « Marche du Siècle » à Bordeaux, le 16 mars 2019. MEHDI FEDOUACH / AFP

« Agribashing. » Rarement un terme aura occupé l’espace public avec une rapidité aussi foudroyante. Soudain omniprésent à partir de la fin de l’été 2019, il a connu une forme de légitimation avec la création de Déméter, la « cellule nationale de suivi des atteintes au monde agricole », en octobre 2019. Présenté par le ministère de l’intérieur comme une réponse à l’agribashing, ce dispositif de renseignement piloté par la gendarmerie comprend l’installation d’« observatoires de l’agribashing » dans les départements.

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Selon la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), le secteur agricole serait la cible de ce dénigrement systématique qu’est l’agribashing. Plus de huit Français sur dix, pourtant, assurent avoir une bonne ou une très bonne opinion des agriculteurs, d’après un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour Franceinfo et Le Figaro effectuée en février 2019. Il s’agit donc d’autre chose. Non pas d’une critique de l’agriculture dans son ensemble, mais d’une certaine façon de la pratiquer.

« A-t-on envie de broyer des poussins ? »

Ce sont « le mode de production agricole conventionnel et ses différentes caractéristiques » qui sont aujourd’hui remis en question, écrit Eddy Fougier, politologue et consultant, dans un rapport sur le sujet, réalisé pour le compte de la FNSEA Grand Bassin parisien en septembre 2018. Soit : « Le recours aux produits phytosanitaires et aux biotechnologies, l’élevage intensif, les grandes exploitations, une agriculture tournée vers l’exportation, etc. », précise M. Fougier.

De fait, la convention signée par le ministère de l’intérieur avec la FNSEA et les Jeunes agriculteurs (JA) dans le cadre de la cellule Déméter, et publiée par Le Monde, exclut la Confédération paysanne, opposée au modèle agro-industriel qu’incarne selon elle la FNSEA. Invitée aux réunions de mise en place des « observatoires de l’agribashing » (vingt-deux à ce jour) organisées par les préfectures, la Confédération paysanne a parfois abandonné les lieux avec fracas. Comme le 30 janvier, par exemple.

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Porte-parole de l’organisation dans le Morbihan, Morgan Ody a quitté la réunion de la préfecture de Vannes, pour protester, dit-elle, contre cette « volonté de criminalisation des actions et du débat autour d’une certaine forme d’agriculture ». « A-t-on envie de broyer des poussins ? On a le droit de poser la question ; il n’y a pas de délit d’opinion à avoir un débat de société sur le sujet », explique-t-elle.

Source: Le monde

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