Économie

Une forte croissance économique pour les technos canadiennes

Les plus récents cycles de croissance de l’industrie canadienne des technologies peuvent être incarnés par des sociétés très précises : Nortel à la fin des années 1990, puis Research in Motion au cours de la décennie suivante. Aux yeux de plusieurs experts, Shopify pourrait tenir ce rôle dans les années à venir… mais son héritage pour les autres technos risque d’être fort différent des deux autres.

La prise de valeur des sociétés technologiques cotées en bourse depuis un an a créé un effet d’entraînement auprès des sociétés privées qui souhaitent à leur tour ouvrir leur capital. Pour les technos canadiennes, où un rachat par une autre société – généralement américaine – est parfois considéré comme un objectif d’affaires enviable, cela marque un changement de culture profond. Soudain, la bourse redevient attrayante.

Le phénomène est loin d’être exclusivement canadien. Aux États-Unis, l’année 2020 a établi un record en termes du nombre de sociétés qui ont procédé à un premier appel public à l’épargne, et la plupart des sociétés les plus en vue sont des technos : Airbnb, DoorDash, Palantir…

Au Canada, l’année 2020 a littéralement révélé Shopify à la planète économique. Le géant techno d’Ottawa inscrit à la Bourse de Toronto depuis 2015 a vu la valeur de son titre tripler durant la dernière année. À un peu plus de 1488 $ en date de mardi, son action donne à l’entreprise une valeur de 185 milliards de dollars, la plus grande valeur parmi toutes les sociétés cotées à Toronto.

La pandémie a aidé Shopify à solidifier sa position comme le choix de rechange pour les cybercommerçants qui ne veulent pas placer tous leurs œufs dans le seul panier d’Amazon, le numéro un du commerce électronique mondial. Shopify est devenu, un peu par défaut, le numéro deux de cet énorme marché.

2020, comme une grande récession

Cela dit, 2020 a accéléré la croissance d’à peu près toutes les entreprises touchant de près ou de loin au commerce électronique. « L’année 2020 a représenté l’équivalent de trois années de croissance pour le secteur du commerce électronique », dit Aaron Lanni, gestionnaire de portefeuille pour la firme de gestion Medici à Saint-Bruno, sur la Rive-Sud (Montréal).

L’expert boursier constate qu’il y a eu « beaucoup plus » d’entreprises issues de la nouvelle économie qui se sont inscrites à la bourse de Toronto l’an dernier que les années précédentes. Il attribue ce phénomène à la volatilité de l’économie causée par la pandémie. « On a vu un très grand nombre de créations de nouvelles entreprises en 2020, comme on le voit durant une grande récession. »

En période de récession, une partie des gens qui perdent leur emploi et qui ne parviennent pas à en trouver un nouveau préfèrent se lancer en affaires. Même chose en temps de pandémie… les difficultés financières en moins, en quelque sorte. « Et ça, ç’a été bon pour d’autres entreprises technos qui obtiennent ainsi plus de clients », dit l’analyste. Il cite en exemple la montréalaise Lightspeed POS, qui offre une solution de paiement en magasin et en ligne qui a été particulièrement appréciée des PME et des petits détaillants durant le récent confinement.

Lightspeed, dont la valeur boursière a plus que quintuplé depuis mars 2020, est une autre techno canadienne qui sort de la pandémie renforcée et qui semble bien placée pour profiter du monde d’après la COVID-19, ajoute M. Lanni.

Une fois que la roue tourne…

En 2021, le secteur technologique canadien a atteint une certaine maturité qui laisse présager que la tendance amorcée l’an dernier ne sera pas que passagère. Les entrepreneurs ne rêvent plus de se vendre rapidement au plus offrant, assure Dominique Bélanger, de BDC Capital, le bras d’investissement en capital-risque de la Banque de développement du Canada.

M. Bélanger inaugure cette semaine pour le compte de BDC Capital un nouveau fonds de croissance de 300 millions de dollars s’adressant aux entreprises technologiques canadiennes déjà bien établies et dont les revenus annuels se chiffrent en millions de dollars. L’objectif de ce fonds est justement de préparer ces sociétés à un premier appel public à l’épargne.

« L’industrie technologique a vraiment mûri rapidement », dit-il. « Avant, on voyait quelques entrées en bourse annuellement. Là, on en a eu plus d’une douzaine en un an. »

L’impact de sociétés comme Shopify et Lightspeed se fait sentir, selon lui. « Quand j’ai commencé en capital-risque, les entrepreneurs qui visaient une entrée en bourse, les gens disaient d’eux qu’ils rêvaient. Aujourd’hui, ce sont ces entrepreneurs-là qu’on recherche. Désormais, notre sortie de choix est d’entrer en bourse. »

L’intérêt des technos canadiennes envers la bourse se nourrit de lui-même, ajoute Dominique Bélanger. Il est également facilité par la présence d’autres entrepreneurs qui ont déjà fait le saut. « Les entrepreneurs comme Dax Da Silva (Lightspeed) participent aux conseils d’administration d’autres entreprises pour les aider à aller en bourse. Ça crée un mouvement. La roue a été difficile à partir, mais maintenant qu’elle tourne, elle sera difficile à arrêter », conclut-il.

Source: Économie – Le Devoir

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