Économie

Un propriétaire du Mile End justifie les hausses de loyer

Le propriétaire immobilier Danny Lavy, de Shiller Lavy, dit ne pas comprendre la grogne qui monte contre lui dans le Mile End depuis qu’il a poussé un libraire de quartier à fermer en augmentant son loyer.

« Certains médias m’ont présenté comme étant Goliath dans un combat de David contre Goliath. Mais ce n’est pas le cas, je ne suis pas méchant, a indiqué M. Lavy, qui déplore de recevoir maintenant des menaces. J’aime Montréal énormément et j’aime tous les bâtiments que j’ai achetés. »

La semaine dernière, Stephen Welch, de la librairie S.W. Welch dans la rue Saint-Viateur, a annoncé qu’il devra fermer ses portes prochainement en raison d’une hausse de loyer insoutenable pour lui. Alors qu’il paye actuellement 2000 $ par mois, Shiller Lavy lui a signifié qu’il devrait dorénavant payer 5000 $.

« C’est le prix dans la rue. C’est le prix partout. Ses voisins payent 5500 $ par mois pour la même grandeur. Mais on lui a quand même offert [la location] à 3500 $ par mois », a précisé le propriétaire, qui possède plus d’une centaine de locaux commerciaux à Montréal, dont ceux des voisins de M. Welch. M. Lavy dit avoir perdu des millions de dollars depuis le début de la pandémie, en raison de l’incapacité d’environ 40 % de ses locataires commerciaux de payer leur loyer.

M. Lavy souhaite que la Ville baisse significativement les impôts fonciers, ce qui pourrait lui permettre de proposer des loyers plus abordables. Les taxes municipales sont actuellement de 3 à 4 % pour les bâtiments commerciaux, alors qu’elles tournent plutôt autour de 1 % pour les immeubles résidentiels. Depuis plusieurs années, Montréal est la grande ville du pays qui a le plus haut taux d’imposition foncière commerciale, selon une analyse du Groupe Altus effectuée en 2019.

Un autre propriétaire immobilier de Montréal, Mark Lazar, de Lazar Equities, est du même avis. Selon lui, il ne faut pas sous-estimer les coûts d’entretien et de rénovation que doivent assumer les propriétaires, en plus de leur hypothèque et des taxes. « Nous ne sommes pas de méchants propriétaires qui veulent mettre les gens à la rue », a-t-il dit.

« Historiquement, à Montréal, les loyers ont toujours été très bas par rapport aux normes nord-américaines dans les grandes villes, a pour sa part indiqué le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc. Avec l’augmentation du dynamisme de Montréal, les loyers ont tendance à faire une forme de rattrapage. Les gens ont l’impression que c’est anormal, mais c’est assez normal. »

Un mauvais « citoyen corporatif »

Le conseiller municipal du Mile End, Richard Ryan, trouve pour sa part que cette hausse imposée par Shiller Lavy est exagérée. « Il a acheté sept, huit locaux commerciaux dans le coin. Il donne le ton en doublant, triplant, quadruplant les loyers. Comme les augmentations ne sont pas encadrées, c’est son prix qui devient la norme dans le secteur », estime M. Ryan. Il souligne qu’il n’y a pas de registre pour savoir quels sont les prix des loyers payés par les commerçants.

« Shiller Lavy est un très mauvais “citoyen corporatif”, qui n’a aucun respect pour l’identité culturelle du quartier », a-t-il ajouté.

M. Ryan souligne que les impôts fonciers ont été gelés par la ville centre en 2021 et que certains propriétaires ont même eu droit à des baisses. C’est d’ailleurs le cas du bâtiment de M. Lavy où se trouve S.W. Welch. Il a vu son compte de taxes baisser de près de 10 %, passant de 49 528 $ en 2020 à 45 262 $ en 2021, malgré une hausse de la valeur de l’immeuble.

Une mobilisation rapide

À la suite de l’annonce de la librairie, des citoyens se sont regroupés et mobilisés rapidement pour contrer les pratiques « destructrices » de Shiller Lavy et « sauver le quartier ». Le groupe Facebook Mile End Ensemble, créé lundi, réunissait mercredi près de 700 membres.

Morgane Lecocq Lemieux, qui est membre du groupe, est inquiète de la fermeture de plusieurs boutiques et cafés dans son quartier, dans les dernières années, en raison des hausses de loyer. « C’est vraiment une frustration. On va se retrouver seulement avec des restaurants de pizza ou de poulet frit. Pour nous, [cette librairie] représente le dernier lieu culturel qui demeure ouvert dans la rue », a-t-elle affirmé.

Un premier événement de Mile End Ensemble a été annoncé le 13 mars à la librairie de Stephen Welch. Il s’intitule « Qui achète encore des livres aujourd’hui », en référence à des propos tenus par Danny Lavy dans le journal Montreal Gazette. Les participants sont invités à aller faire la file devant S.W. Welch, un livre en main, afin d’acheter un bouquin.

Mile End Ensemble espère faire pression sur les gouvernements afin qu’ils adoptent des mesures pour limiter les hausses de loyer. À cet effet, certaines solutions sont possibles, selon M. Ryan. À la suite de consultations sur la problématique des locaux commerciaux vacants, la Commission sur le développement économique et urbain et l’habitation avait recommandé que les baux commerciaux soient encadrés, notamment en rendant obligatoire l’enregistrement des baux d’un an et plus au Registre foncier du Québec. Le rapport recommande aussi de « mettre en place un encadrement formel et structuré, assorti d’une gouvernance et des mesures de contrôle nécessaires à éviter les hausses abusives de loyers commerciaux, en vue de soutenir la vitalité et la mixité des quartiers ». « Il devrait y avoir une base commune que le bail commercial devrait contenir », a expliqué le conseiller.

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Source: Économie – Le Devoir

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