Économie

Redémarrer l’industrie automobile : la coordination entre pays est essentielle

 

Les usines du secteur automobile dans ce pays ne pourront rouvrir que le 1er juin, à moins d’obtenir une autorisation spéciale des autorités mexicaines. Puisque plusieurs entreprises automobiles s’approvisionnent au Mexique, toute perturbation des livraisons de pièces empêche l’assemblage de leurs véhicules.

Si les trois pays ne fonctionnent pas de pair, on ne pourra pas fonctionner longtemps. Il va manquer des morceaux au casse-tête.

Benoît Charette, chroniqueur automobile

Il faut qu’on coordonne nos efforts pour que tout le monde arrive au même rythme dans un laps de temps assez court si on veut que l’industrie au complet redémarre, parce qu’on est si interdépendants, souligne le chroniqueur automobile Benoît Charette.

La semaine dernière, des indications contradictoires du gouvernement mexicain ont semé la confusion et soulevé un tollé parmi les joueurs de l’industrie automobile.

Le président du Mexique, Andres Manuel Lopez Obrador, lors d'une conférence de presse au palais national à Mexico.

Le président du Mexique, Andrés Manuel López Obrador

Photo : Reuters / Edgard Garrido

La secrétaire à l’Économie du Mexique, Graciela Márquez Colín, avait indiqué mercredi dernier que les usines pourraient rouvrir entre le 18 et le 31 mai. Plus tard, le sous-secrétaire à la Santé, Hugo López-Gatell, a précisé que les constructeurs se prépareraient au cours de ces deux semaines en vue d’une réouverture le 1er juin.

Le gouvernement mexicain a ensuite corrigé le tir, vendredi dernier, précisant que des exceptions pourront être accordées, si des mesures sanitaires sont implantées.

Un pari risqué

Malgré l’incertitude au Mexique, le Big Three américain – General Motors, Fiat Chrysler et Ford – a tout de même repris sa production au Canada et aux États-Unis, sans toutefois fonctionner à plein régime.

Les constructeurs japonais Toyota et Honda ont eux aussi redémarré les activités dans leurs usines ontariennes, la semaine dernière, avec une approche par étapes.

Usine Ford à Oakville.

L’usine d’assemblage de Ford Canada à Oakville, en banlieue de Toronto, doit rouvrir le 25 mai. L’usine à Windsor a déjà repris la production cette semaine.

Photo : CBC

Toutes nos activités reprendront graduellement au cours des prochaines semaines, a répondu par courriel la porte-parole de GM Canada, Jennifer Wright, qui souligne que la compagnie et ses fournisseurs tentent d’obtenir une exemption des autorités mexicaines pour entamer la production plus tôt.

La situation est trop fluide au Mexique pour annoncer des dates précises.

Jennifer Wright, directrice des communications, GM Canada

Ford et Fiat Chrysler parlent aussi d’une reprise graduelle, avec des quarts de travail limités, en attendant que leurs employés s’habituent à la nouvelle réalité et que toute la chaîne d’approvisionnement reprenne à plein régime.

La porte-parole de Fiat Chrysler Automobiles (FCA) Canada, LouAnn Gosselin, affirme qu’une autorisation spéciale pour la réouverture des usines au Mexique se fait toujours attendre.

Des employés assis à une table, séparés par du plexiglas.

À l’usine d’assemblage de camions de Warren, au Michigan, les employés du groupe FCA sont séparés par des écrans de plexiglas aux tables dans les aires de repos.

Photo : FCA Canada

À lire aussi :

Fermetures temporaires chez Ford

Ford a déjà dû fermer temporairement deux de ses usines américaines cette semaine en raison d’employés infectés par la COVID-19. Selon la porte-parole Kelli Felker, il s’agissait de son usine de camions à Dearborn, au Michigan, et de son usine d’assemblage à Chicago, où il y avait également un manque de pièces.

En raison de la période d’incubation, nous savons que ces employés n’ont pas contracté la COVID-19 au travail. Nos protocoles sont en place afin de prévenir la propagation du virus, précise-t-elle par courriel.

On ne veut pas manquer notre coup parce que les enjeux sont importants et ça coûte cher, repartir des usines. On ne peut pas se permettre une deuxième chance, affirme le chroniqueur automobile Benoît Charette. Il dit toutefois que les constructeurs veulent reprendre leur production dès que possible parce qu’ils ont besoin de liquidités, après une fermeture de plus de deux mois.

Le président de la section canadienne de l’Association des fabricants de pièces automobiles, Flavio Volpe, abonde dans le même sens. Il craint que des éclosions de coronavirus ou des retards de livraisons à cause du Mexique mettent en péril la chaîne de production et fragilise davantage la santé financière des entreprises.

Si le redémarrage n’est pas soutenable, on épuise nos fonds de roulement et on doit arrêter de nouveau, les fournisseurs vont échouer.

Flavio Volpe, président de l’Association des fabricants de pièces automobiles
Flavio Volpe.

Flavio Volpe, président de l’Association des fabricants de pièces automobiles

Photo : Radio-Canada / Laura MacNaughton

Il mentionne, par exemple, la grève des employés de General Motors aux États-Unis l’automne dernier, qui a non seulement perturbé la production dans ses usines ontariennes, mais aussi nui aux nombreux fournisseurs et sous-traitants.

Si trop de fournisseurs échouent, redémarrer ne sera pas possible. Il ne s’agit pas que d’appuyer sur un bouton, affirme M. Volpe.

Source: Radio-Canada

Ajouter un commentaire

Click here to post a comment

%d blogueueurs aiment cette page :