Économie

L’une des plus grandes foires agricoles au Canada passe au virtuel

Elle devra se passer de certaines des activités pour lesquelles elle est renommée, comme les compétitions équestres, mais ses organisateurs estiment que la tenue de l’événement était essentielle en raison des préoccupations du public liées à l’autosuffisance alimentaire et ravivées par la crise sanitaire.

L’année 2020 a certainement été une année inhabituelle pour tout le monde. Nous avions le choix de fermer nos portes et ne rien faire, indique d’emblée le directeur général de la foire royale agricole d’hiver, Charlie Johnstone.

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Mais à mesure qu’on y pensait davantage, […] on a commencé à remarquer qu’en ces temps de pandémie, les gens sont de plus en plus préoccupés par la nourriture et la sécurité alimentaire. Ils cuisinent de plus en plus chez eux, surtout avec les restaurants fermés, poursuit-il.

On a de réels atouts ici, des choses à partager avec les gens sur l’histoire de la nourriture, son parcours de la ferme à la table. Notre mission est en partie d’éduquer, donc avec le virtuel, on peut rendre accessible toute cette information à travers le pays.

Charlie Johnstone, directeur général de la Foire agricole royale d’hiver
Un homme qui porte une chemise bleue

Charlie Johnstone est directeur général de la foire royale agricole d’hiver.

Photo : Radio-Canada

Pas une réplique de la foire habituelle

Il aura fallu plusieurs mois de réflexion pour trouver la formule adéquate de la foire de cette année, selon M. Johnstone.

L’une des premières choses qu’on a décidé de faire est de ne pas essayer de répliquer l’expérience d’une participation à un événement en personne, parce qu’on ne le peut simplement pas, explique-t-il.

Ce qui fait la particularité d’un événement comme la foire royale agricole, ce sont les sons, les odeurs, ce qu’on voit. On a [habituellement] des milliers d’animaux; on ne peut pas recréer ça sur une plateforme virtuelle, mais il y a certaines composantes qui pouvaient être rendues disponibles.

Charlie Johnstone, directeur général de la foire royale agricole d’hiver
Deux femmes derrière une vache

La foire royale agricole d’hiver est la plus grande foire agricole intérieure du monde. (Archives)

Photo : CBC/Angelina King

Ainsi, des pavillons virtuels ont été établis et permettront notamment aux fermiers, aux producteurs agricoles et aux commerçants de communiquer entre eux et d’interagir avec le public.

Les compétitions équestres –pour lesquelles la foire est bien connue – n’auront pas lieu, mais les amateurs d’équitation auront l’occasion d’assister à des causeries virtuelles avec des professionnels du domaine.

Au lieu des compétitions de bétail habituelles, la foire mettra en lumière les gagnants des quelques années précédentes.

Il y aura également des foires virtuelles d’emploi dans le secteur agricole et des séminaires qui s’adressent aux étudiants.

Un homme qui tire une brouette

Plusieurs compétitions entre fermiers et agriculteurs se tiennent habituellement pendant la foire royale agricole d’hiver à Toronto. (Archives)

Photo : CBC/Angelina King

Les fermiers et producteurs agricoles ont pu soumettre leurs produits pour les compétitions au cours des six dernières semaines et les résultats seront annoncés pendant la foire virtuelle.

Le nombre de compétiteurs est d’ailleurs de 13,5 % plus élevé cette année par rapport à la moyenne des cinq dernières années, selon M. Johnstone, avec une hausse marquée de la participation des producteurs de miel, de sirop d’érable et de confitures.

Des baisses de participation ont été remarquées comparativement à l’an dernier, notamment dans les catégories des fromages, des beurres et des crèmes glacées.

La foire royale agricole d’hiver, qui se déroule généralement à Toronto, attire des milliers de visiteurs et est la plus grande foire agricole intérieure du monde.

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Les espoirs des entrepreneurs participants

Malgré le virage virtuel, plusieurs exposants comptent tout de même prendre part à la foire.

Robert et Denise Martel, propriétaires d’une ferme d’alpagas à Bruce Mines, dans le Nord de l’Ontario, en seront à leur quatorzième participation cette année.

Un homme et une femme assis

Robert et Denise Martel sont copropriétaires de Meadowview Alpaca Farm, à Bruce Mines, dans le Nord de l’Ontario.

Photo : Radio-Canada

Au lieu de se rendre à Toronto comme d’habitude, ils communiqueront de chez eux avec des clients potentiels en ligne, qui pourront les joindre au pavillon virtuel des exposants du Nord de l’Ontario. Ils ont aussi dû soumettre à l’avance des capsules faisant la promotion des produits vestimentaires qu’ils fabriquent grâce à la fourrure d’alpagas.

C’est vraiment un nouveau domaine pour nous; c’est un nouvel apprentissage, indique Denise Martel.

Aller à la foire en personne permet absolument au couple d’entrepreneurs de mieux faire connaître leurs produits ainsi que de faire de nouveaux contacts, toutes des choses qui sont à [leur] avantage, pour une entreprise située dans un petit village dans le milieu de nulle part, dans le fin fond des bois, de leur propre aveu.

Des écharpes accrochées

La ferme Meadowview Alpaca Farm fabrique des articles vestimentaires à base de fibre d’alpagas.

Photo : Meadowview Alpaca Farm

Néanmoins, Denise Martel soupçonne que ce ne sera pas tout à fait la même chose que d’habitude cette année.

Normalement, lorsqu’on est là puis les gens peuvent voir et toucher — et avec les produits d’alpaga, le toucher est très important —, ils les achètent et ils les amènent à la maison, et après ça, au mois de novembre et de décembre, on vend beaucoup plus de choses en ligne.

On ne s’attend pas à avoir le même montant de ventes parce que le toucher n’est pas là, mais on espère quand même que ça va ouvrir le marché au moins partiellement.

Denise Martel, copropriétaire de Meadowview Alpaca Farm

Les trois premiers mois de la crise sanitaire ont été durs pour le couple, qui n’a fait aucune vente du tout alors qu’il devait tout de même continuer à nourrir le bétail et rémunérer des employés.

Ce qu’on trouve, c’est que les gens misent beaucoup plus qu’avant sur l’achat local, canadien. Il y a définitivement un accent là. Les résultats [de la foire] restent à voir, mais on est confiants qu’ils seront bons, note Denise Martel.

Des alpagas

La ferme Meadowview Alpaca Farm de Bruce Mines, située dans le Nord de l’Ontario, élève des alpagas.

Photo : Meadowview Alpaca Farm

Le Sudburois Deke Zaher, producteur d’houmos sans agents préservatifs, en sera à sa deuxième participation à la foire cette année.

Il croit en fait qu’il y aura plus d’avantages pour son entreprise cette année que l’année dernière, espérant que la foire lui serve de tremplin dans ses plans d’expansion vers la région de Toronto.

Un homme vêtu d'une casquette noire et d'un manteau jaune

Deke Zaher participera à la foire royale agricole pour la deuxième année de suite.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

L’année passée, c’était pas mal comme un marché. C’était beaucoup de plaisir de parler à des gens, les laisser goûter à nos produits; c’était une expérience remarquable. Mais cette année, il y aura certainement plus de propriétaires d’entreprises. On veut bientôt être à Toronto, donc on veut leur parler pour accroître notre entreprise. On compte sur le volume, souligne-t-il.

Une composante virtuelle qui pourrait rester

Plusieurs participants étrangers se sont déjà inscrits cette année à la foire virtuelle, selon le directeur général Charlie Johnstone, qui estime que cette formule a un grand potentiel de croissance.

Ça pourrait être en partie l’avenir de la foire royale. On pourrait avoir une composante virtuelle de la foire qui pourrait se tenir soit simultanément ou à une autre période de l’année. Comme tout le monde, l’année 2020 nous a forcés à repenser à notre manière de faire les choses.

Charlie Johnstone, directeur général de la Foire agricole royale canadienne

Toutes les activités de la foire seront gratuites. Et même sans frais d’admission, la foire ne prévoit pas de déficit financier, étant donné que l’organisation a pu obtenir de nouveaux commanditaires, selon Charlie Johnstone.

La foire se termine samedi.

Source: Radio-Canada

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