Économie

L’incertitude liée au variant Delta plane sur l’économie

En début de semaine, les craintes liées au variant Delta ont secoué les marchés, notamment à Wall Street, avant qu’ils ne reprennent du mieux. De l’autre côté de l’Atlantique aussi, l’incertitude plane sur l’économie de la zone euro, alors que le nombre de contaminations grimpe à nouveau. La voie de la reprise économique mondiale post-pandémique semble loin d’être linéaire, et devrait plutôt continuer d’être rythmée par la propagation des variants et la vitesse de la vaccination.

« Les marchés continueront d’observer des soubresauts et la volatilité », observe Cimon Plante, gestionnaire de portefeuille et premier vice-président chez Groupe Plante financière Banque Nationale. « Ils comprennent que la nouvelle normalité, c’est de conjuguer avec les variants, lesquels impliquent beaucoup d’incertitudes », ajoute-t-il, nuançant toutefois qu’il ne faut pas s’en inquiéter outre mesure.

Un avis que partage Yves Érard, chef des investissements de Mirabaud Canada — un groupe financier spécialisé en gestion de portefeuille — selon qui les plongeons du Dow Jones ou du S & P 500 de lundi restent relativement « normaux ».

« Cela fait quand même de nombreux mois qu’il y a une tendance très haussière sur les marchés boursiers et on n’a pas vraiment eu de correction significative — à savoir de l’ordre de 5 à 10 %. Donc les turbulences qu’on observe nous semblent plus ou moins normales, relativise M. Érard, malgré les inquiétudes légitimes liées aux variants ou à l’inflation. »

La preuve en est qu’après la frayeur du début de semaine, la Bourse de New York a conclu jeudi dans le vert pour la troisième séance d’affilée.

Et en Europe ?

Pour l’économie de la zone euro, l’augmentation rapide des cas de coronavirus alimentée par le variant Delta constitue « une source croissante d’incertitude », a pour sa part estimé la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde.

Si la reprise économique est « en bonne voie », a-t-elle souligné en conférence de presse, il n’empêche que la remontée des contaminations, due à ce variant, pourrait freiner la reprise « dans les services, notamment dans le tourisme et l’hôtellerie ».

Cela fait quand même de nombreux mois qu’il y a une tendance très haussière sur les marchés boursiers et on n’a pas vraiment eu de correction significative

 

Ces incertitudes confortent ainsi la BCE dans sa décision de maintenir sa politique monétaire accommodante. « Nous devons préserver des conditions de financement favorables pour tous les secteurs de l’économie le temps de la pandémie. C’est essentiel pour que le rebond actuel se transforme en une expansion durable et pour compenser l’impact négatif de la pandémie sur l’inflation », a insisté Mme Lagarde à l’issue d’une réunion du conseil des gouverneurs.

Au cours de cette réunion, la BCE a maintenu ses taux directeurs à leur plus bas historique et l’ensemble de son dispositif exceptionnel de soutien à l’économie. Elle a également indiqué ne pas anticiper de hausse de ses taux historiquement bas avant de voir les perspectives d’inflation « durablement » atteindre le nouvel objectif de la banque fixé à 2 %.

Normalisation de l’économie

En Amérique comme en Europe, les « économies sont dans des cycles de reprise, quoiqu’à des stades différents », note Yves Érard de Mirabaud Canada.

« Si vous regardez l’économie américaine, elle est encore dans une phase ascendante, mais c’est en train de se normaliser. Alors que si vous prenez l’exemple européen, ils sont plutôt en retard au niveau du cycle et eux sont encore vraiment dans la phase rapide de la relance », observe-t-il.

Cimon Plante évalue aussi que la relance des économies va bon train. « Il ne faut pas oublier que la majorité des personnes se font vacciner. Ces gens-là ne vont pas rester à la maison. Ils sortent, ils dépensent, ils injectent dans l’économie », note l’expert de la Financière Banque Nationale.

« Pour la bourse, je ne suis pas inquiet non plus, ajoute-t-il. Je pense qu’elle va continuer d’être attrayante dans les prochains mois. Il y a une énorme masse monétaire dans le système et dans le même temps, il y a beaucoup d’investisseurs qui n’ont pas participé autant qu’ils l’auraient aimé au rebond boursier des derniers mois. Alors ce ne serait pas étonnant de voir encore des gens utiliser ces liquidités en profitant des périodes baissières. Comme cette semaine, le rebond a été rapide. On voit qu’il y a de l’appétit pour les actions. »

Les deux experts estiment par ailleurs que l’inflation actuelle n’est « probablement que transitoire », et qu’elle devrait finir par se « normaliser ». Selon une enquête menée par Bank of America en juin dernier auprès de gestionnaires de fonds, la majorité des sondés (72 %) estimaient que la forte inflation était « transitoire », alors que moins du quart d’entre eux (23 %) l’évaluaient comme « permanente » — laissant 5 % des gestionnaires sans avis sur la question.

Avec l’Agence France-Presse

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Source: Économie – Le Devoir

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