Économie

Les cabanes à sucre se battent pour leur survie

Près de 70 cabanes à sucre sont déterminées à survivre bien que leurs salles à manger soient fermées pour une deuxième année de suite. Elles se lancent dans la production de boîtes-repas à déguster à la maison.

« Notre entreprise ne se porte pas bien. Ç’a été les douze mois les plus difficiles de notre vie », constate Stéphanie Laurin, copropriétaire du Chalet des Érables, dans les Laurentides, fondé par son grand-père en 1948.

Et pour cause. La saison des sucres venait à peine de commencer lorsque la pandémie a frappé le Québec et que les salles à manger des restaurants ont dû fermer. Comme le modèle d’affaires de la majorité des cabanes à sucre est construit sur l’accueil d’événements toute l’année, comme des mariages, le reste de 2020 n’a pas été beaucoup plus fructueux.

« Notre calendrier s’est vidé, et pratiquement tous nos événements ont été reportés à 2021, et là, on commence à reporter des événements à 2022 », indique Mme Laurin, précisant que la production de produits d’érable représente généralement moins de 10 % du chiffre d’affaires des cabanes à sucre.

Mme Laurin, qui a fondé dans la dernière année l’Association des salles de réception et érablières du Québec (ASEQC), rapporte que, sur les 200 cabanes à sucre recensées avant la pandémie, une quarantaine d’entre elles ont fermé leurs portes définitivement, alors qu’une quarantaine d’autres ont cessé d’offrir des repas pour se concentrer sur la production de sirop d’érable.

Sur plus d’une centaine de cabanes qui restent, près de 70 ont décidé de rejoindre le projet « Ma cabane à la maison » de l’ASEQC. Sur le site Internet de la campagne, les consommateurs peuvent déjà commander le menu d’une cabane à sucre de leur région. Les boîtes seront vendues dans 200 épiceries Metro, directement dans les érablières et parfois même en livraison à domicile.

« L’an dernier, certaines cabanes ont fait des boîtes, mais pour plusieurs, la rentabilité n’était pas au rendez-vous. Elles sont souvent en région éloignée… Qui veut faire une heure de route pour aller chercher des bines et du jambon ? » constate Mme Laurin.

Sauvegarder notre patrimoine

« On souhaite que le public adhère à notre proposition, afin d’assurer la survie et la pérennité de cette tradition importante pour notre économie québécoise », plaide pour sa part Guillaume Néron, coordonnateur de l’Authentique cabane à sucre du Domaine àLiguori, dans Charlevoix. L’année a également été très morose pour son entreprise, qui se trouve toujours en zone rouge.

« Ça fait quelques semaines qu’on travaille avec notre équipe dans nos cuisines. On est contents de se retrouver pour préparer ce projet », indique M. Néron, qui affirme avoir déjà reçu plusieurs commandes.

L’an dernier, certaines cabanes ont fait des boîtes, mais pour plusieurs, la rentabilité n’était pas au rendez-vous. Elles sont souvent en région éloignée… Qui veut faire une heure de route pour aller chercher des bines et du jambon ?

 

Ce dernier croit que les érablières ont une expérience unique à offrir, même à la maison. « On met en valeur les producteurs locaux avec des menus du terroir. Certaines offres seront plus gastronomiques. Et en achetant, les gens auront accès à un spectacle virtuel (mettant notamment en vedette 2Frères, Daniel Boucher, Yves Lambert et Guylaine Tanguay) », souligne-t-il.

Mesures pour aider les érablières

La plateforme « Ma cabane à la maison » a reçu une aide financière de 50 000 $ de la part du gouvernement du Québec. Par ailleurs, le ministre de l’Agriculture a annoncé la semaine dernière quelques mesures pour venir en aide aux cabanes à sucre, dont l’une pour « la modernisation d’installations de production ou de transformation ou encore [pour] des investissements supplémentaires dans des activités de promotion et de mise en marché », peut-on lire dans un communiqué gouvernemental.

Le gouvernement a aussi l’intention de permettre aux cabanes à sucre d’ouvrir et de rester ouvertes plus tard dans la saison, si les conditions sanitaires le permettent. « Nous portons attention à cette industrie », a affirmé le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, lundi,en marge d’un événement au sujetde Montréal. Soulignons que, pour le moment, seules les érablières en zone orange peuvent accueillir des clients de leur propre région, avec un maximum de deux adultes d’un même ménage par table et leurs enfants mineurs.

Par ailleurs, la majorité des 7400 producteurs de sirop d’érable du Québec n’exploitent pas de cabane à sucre. Pour eux, l’année 2020 a été exceptionnelle en matière de ventes et de volume de production, soit 175 millions de livres de sirop. « La météo était vraiment de notre bord, c’est la meilleure année de production qu’on a eue », explique la directrice des communications des Producteurs et productrices acéricoles du Québec, Hélène Normandin.

Ils s’attendent à ce que l’eau d’érable commence à couler au début mars, mais ils ont déjà commencé à faire 50 millions d’entailles sur leurs arbres.

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  Source: Économie – Le Devoir

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