Économie

L’environnement se porterait mieux sans VUS

Les véhicules vendus au Québec sont de plus en plus gros. En dix ans, les VUS ont pris la part du lion du marché automobile et comptent aujourd’hui pour 80 % des ventes annuelles de véhicules légers. Leur impact sur le réseau routier est tel qu’il serait plus bénéfique pour l’environnement de décourager leur présence que de faire la promotion de véhicules zéro émission.

C’est ce que concluent des chercheurs de Polytechnique et HEC Montréal qui ont présenté leurs découvertes mardi conjointement avec l’organisme Équiterre. En utilisant des données du parc automobile québécois entre 2010 et 2021, « il y aurait plus d’avantages à changer les habitudes d’achat des consommateurs qu’à simplement essayer d’améliorer la technologie », résume Catherine Morency, titulaire de la Chaire Mobilité de Polytechnique Montréal.

Pour illustrer l’impact des plus gros véhicules légers sur les émissions de l’ensemble du secteur du transport, la professeure montréalaise précise que si on pouvait par magie échanger par des berlines tous les VUS qui circulent dans la grande région de Montréal, il serait possible de réduire jusqu’à 40 % les émissions du parc automobile métropolitain.

16 parcs La Fontaine

Les dépenses des ménages s’en porteraient également mieux, puisque les coûts associés à l’utilisation des VUS sont plus élevés que ceux associés à une voiture de plus petit format. Le prix moyen payé pour un véhicule neuf de ce type est d’environ 8000 $ supérieur à celui d’une voiture comparable de même marque et s’ajoute aux pleins de carburant qui coûtent annuellement environ 300 $ plus cher pour les consommateurs québécois.

Ceux-ci sont d’ailleurs plus nombreux à s’endetter pour acheter un véhicule qui occupe plus d’espace sur la route. Dans la grande région de Montréal, Polytechnique calcule que les véhicules occupent l’équivalent de 16 parcs La Fontaine de plus aujourd’hui qu’ils ne le faisaient au début de la dernière décennie. Cela augmente la congestion routière, ajoute-t-on. Les temps de déplacement s’en voient par moments doublés et les bouchons de circulation surviennent plus rapidement et plus fréquemment.

« La croissance du nombre de véhicules et de leur taille moyenne sont les principaux éléments à cibler pour améliorer le bilan du réseau routier », soutient Brigitte Milord, chercheuse à la Chaire Mobilité de Polytechnique.

Harmoniser les normes

En ce qui concerne ces données, Équiterre demande au gouvernement de revoir les crédits qu’il accorde aux constructeurs automobiles pour qu’ils produisent davantage de petits véhicules et d’uniformiser les normes encadrant la consommation de carburant des véhicules. Ces normes, appelées CAFE, ont été créées dans les années 1970 et sont moins sévères pour les camions légers comme les VUS que pour les berlines de format comparable.

Vu le contexte environnemental actuel, cette distinction entre les camions et les voitures n’est plus nécessaire, juge Équiterre. Si on veut inciter le marché à améliorer son bilan énergétique, on devrait cesser de distinguer les deux. Un programme de redevances encourageant les acheteurs à troquer un véhicule plus imposant pour un modèle plus modeste aiderait aussi à réduire l’empreinte des VUS sur les routes québécoises, fait valoir l’organisme.

Cet incitatif financier aurait comme second bénéfice de réduire l’endettement des ménages et agirait envers l’achat de véhicules plus petits de la même façon que le fait l’actuelle aide à l’achat pour les véhicules électriques.

 


 

Une version précédente de cet article, qui indiquait erronément que le prix moyen payé pour un véhicule neuf a augmenté d’environ 8000 $ en 10 ans, a été modifiée.

Source: Économie – Le Devoir

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