Économie

Le gaz naturel renouvelable dans la mire d’Énergir et de Waste Management

Énergir et le géant américain des matières résiduelles Waste Management veulent jeter les bases d’une entente qui permettrait de produire du gaz naturel renouvelable à partir des sites d’enfouissement afin d’alimenter le réseau gazier de l’ancien Gaz Metro.

Énergir est « en discussion avec Waste Management », confirme au Devoir par courriel Catherine Houde, conseillère Communications et affaires publiques d’Énergir. Elle précise qu’aucun contrat n’a encore été signé, soulignant que quelques mois pourraient s’écouler avant qu’il y ait confirmation d’une entente officielle.

Martin Dussault est le directeur des affaires publiques chez Waste Management (WM) Canada. Dans un courriel, il indique que l’entreprise envisage la production de gaz naturel renouvelable (GNR). L’entreprise, dont le siège social est à Houston au Texas, évalue « la possibilité de construire une usine pour transformer du biogaz en gaz naturel renouvelable [au site] de Sainte-Sophie », écrit-il.

En 2019, Waste Management s’est doté d’une usine sur son site américain de Louiseville. Les technologies qui y sont déployées permettent non seulement de capter le méthane du site d’enfouissement, mais aussi de le convertir en un GNR qui, par la suite, peut alimenter un réseau de gazoducs.

Aucune des deux organisations n’a voulu détailler la nature des discussions actuelles. « Avec WM particulièrement, nous nous concentrons pour l’instant sur les projets au Québec, mais nos échanges pourraient peut-être mener à d’autres opportunités [à terme] », indique Catherine Houde d’Énergir.

Waste Management se présente comme la plus grande entreprise américaine de collecte, de traitement et de recyclage de déchets en Amérique du Nord. Propriétaire de deux lieux d’enfouissement technique au Québec, elle détient le plus haut volume autorisé de traitement de matière résiduelle dans la province.

Le volume d’enfouissement autorisé à Sainte-Sophie est de 18,6 millions de mètres cubes, alors que celui de Drummondville, dans l’éventualité où il serait autorisé par le gouvernement du Québec, aurait un volume de l’ordre de 5 millions de mètres cubes. De plus, Waste Management assure les opérations du site de Lachute pour le compte de la Régie intermunicipale Argenteuil Deux-Montagnes.

Le défi du long terme

Énergir a entamé une importante restructuration de ses activités il y a quelques mois. L’un de ses objectifs : que le GNR représente 10 % de son réseau gazier d’ici 2030. « Nous sommes constamment à la recherche de nouvelles opportunités pour nous approvisionner en GNR, que ce soit au Québec ou ailleurs. Ces démarches nous amènent à discuter avec les grands joueurs nord-américains dans le secteur de l’enfouissement », indique Mme Houde.

Le biogaz de première génération — produit à partir de digestion anaérobie de matière organique, dont fait partie le GNR provenant de lieux d’enfouissement — se révèle être un gisement accessible à court terme. À l’horizon 2030, l’arrivée des technologies de deuxième génération pourrait également permettre une production à partir de résidus forestiers, par exemple.

« Je ne veux pas paraître cynique parce que je crois que [la direction d’Énergir] croit vraiment que l’entreprise va devenir ce joueur qui va boucher les trous de la transition énergétique à court et moyen terme. Et ils n’ont pas tort », indique Simon Langlois-Bertrand, chercheur à l’Institut de l’énergie Trottier lié à Polytechnique Montréal. Effectivement, l’universitaire avance que des solutions liées au gaz naturel peuvent être utiles en attendant que d’autres solutions zéro émission soient plus abordables, mais « le danger, c’est que les solutions qu’on développe actuellement ne vont pas disparaître dans cinq ans ».

Dans le contexte d’urgence climatique, « l’horaire est un peu serré pour développer des infrastructures très dispendieuses qu’il faudra garder de nombreuses années si on veut les rentabiliser ». Mais surtout, selon lui, la cible de 10 % de GNR qu’entretient Énergir est insuffisante ; cela signifie que 90 % du gaz naturel proviendra tout de même des hydrocarbures, rappelle-t-il.

À voir en vidéo

Source: Économie – Le Devoir

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