Économie

Faut-il nationaliser Air Canada?

C’est la question qu’a posée Gérald Fillion à Isabelle Dostaler, doyenne à la Faculté d’administration des affaires à l’Université Memorial à Terre-Neuve, à son émission RDI économie mercredi.

Isabelle Dostaler a commencé par rappeler qu’à la fin des années 1970, plusieurs personnes préconisaient la privatisation comme seul moyen de restructurer les compagnies aériennes.

Ma théorie est que les transporteurs aériens n’aiment pas vraiment la concurrence, ils s’organisent toujours entre eux pour pouvoir avoir entre eux des ententes tacites qui ne sont jamais au bénéfice du consommateur.

Isabelle Dostaler

Doit-on choisir un monopole coté en bourse ou un monopole d’État? s’interroge-t-elle.

On pourrait imaginer une semi-nationalisation, où le gouvernement pourrait investir en échange de sièges au conseil d’administration. Il y a fort à parier que ça empêcherait les salaires faramineux qu’on paye dans ce genre de grande entreprise.

Isabelle Dostaler

« La crise est énorme »

Selon Mme Dostaler, la crise que vit le domaine du transport aérien est énorme.

Ce n’est pas seulement Air Canada qui est en difficulté financière comme au temps où elle s’était mise sous la protection des tribunaux. C’est vraiment tout le système du transport aérien, affirme-t-elle.

Cependant, la professeure de l’Université Memorial pousse la réflexion au-delà de la question purement économique et financière. Elle lie la suite de cette crise que traversent les compagnies aériennes à notre mode de vie.

Il faudra décider comment nous serons par la suite. Est-ce qu’on va devenir très sédentaires ou est-ce qu’on va redevenir nomades assez rapidement dès qu’un vaccin aura été trouvé? Est-ce qu’on va oublier cette crise?

En ce qui concerne le mode de fonctionnement des compagnies aériennes, Mme Dostaler soulève l’enjeu des commandes d’avions.

L’achat d’un avion est un processus très long. On passe une commande, il se passe plusieurs années avant de prendre livraison d’un appareil qu’on a commandé. Qu’est-ce qui arrivera le jour où ces avions seront prêts à être livrés s’il n’y a pas de demande, si les activités sont réduites à plus de 95 %? C’est vraiment énorme, a-t-elle indiqué.

Mme Dostaler estime qu’Air Canada a sûrement besoin de l’aide de l’État. Cependant, elle s’interroge sur la solution qui est la plus avantageuse pour le public voyageur, le peuple canadien.

Selon elle, dans un pays comme le nôtre, on serait un bon candidat pour nationalisation.

C’est très difficile avec le modèle de l’entreprise privée, une entreprise cotée en bourse, d’assurer le droit au transport dans les régions éloignées. On est un pays qui a une faible densité de la population. La privatisation de la compagnie n’a pas bien servi les régions.

Isabelle Dostaler

Elle se souvient avoir posé une question au président et chef de la direction d’Air Canada, Calin Rovinescu, à savoir si le transporteur aérien a une responsabilité en matière de développement régional. Sa réponse, dit-elle, était catégorique : Non, Air Canada n’a qu’une responsabilité envers ses actionnaires.

En conclusion, Mme Dostaler croit qu’il faudra regarder d’un peu plus près cette question de la nationalisation.

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Source: Radio-Canada

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