Économie

Des fermiers canadiens veulent rendre leur industrie carboneutre

Le couple lance une coalition d’agriculteurs et d’éleveurs qui veulent s’attaquer aux changements climatiques. Ils ont pour but de transformer le secteur agricole canadien pour qu’il devienne carboneutre d’ici la prochaine décennie.

Plutôt que d’être perçus comme des vilains ou simplement des victimes des changements climatiques, nous, les fermiers, pouvons être des leaders dans cette lutte.

Brent Preston, cofondateur de la coalition Fermiers pour la transition climatique
Le logo de la coalition Fermiers pour la transition climatique.

Le logo de la nouvelle coalition Fermiers pour la transition climatique.

Photo : Fermiers pour la transition climatique

La coalition Fermiers pour la transition climatique a déjà plusieurs partenaires, dont Équiterre, Cultivons Biologique Canada, l’Union nationale des fermiers et l’Association des agriculteurs écologiques de l’Ontario.

Les changements climatiques touchent vraiment notre capacité à cultiver des aliments, affirme la cofondatrice du mouvement Gillian Flies. Les sécheresses de plus en plus longues et la météo imprévisible sont devenues un véritable casse-tête pour les agriculteurs, ajoute-t-elle.

Un problème urgent

Selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture des Nations unies, pas moins de 7,1 gigatonnes d’équivalent de dioxyde de carbone relâchées dans l’atmosphère chaque année viennent des filières de l’élevage partout dans le monde.

Au Canada, l’industrie de l’agriculture génère plus de 10 % des émissions de gaz à effet de serre, dont le tiers provient des ruminants qui digèrent et émettent du méthane.

Les vaches produisent beaucoup de méthane avec leurs rots et leurs pets, affirme Paul Slomp, éleveur de bœuf à la ferme Grazing Days, en Outaouais.

Des vaches brunes sur un vaste terrain et un fermier au loin qui marche.

Paul Slomp déplace son troupeau plusieurs fois par jour pour permettre à l’herbe et aux plantes broutées de se régénérer et de séquestrer le carbone dans le sol.

Photo : Radio-Canada

Pour optimiser le stockage du carbone dans le sol, l’éleveur déplace son troupeau de 200 vaches plusieurs fois par jour sur ses terres à Saint-André-Avellin, au Québec. Grâce à une rotation des pâturages, l’herbe et les plantes que broutent les animaux peuvent se régénérer et séquestrer du carbone dans la terre.

La photosynthèse permet aux plantes de transformer le dioxyde de carbone et l’eau en oxygène et en glucose, qui se ramasse dans les racines pour nourrir les végétaux.

Donc, en général, on capture plus de carbone qu’on n’en émet dans l’atmosphère.

Paul Slomp, éleveur à la ferme Grazing Days
Un homme qui porte une tuque et des lunettes.

Paul Slomp a un troupeau de 200 vaches à sa ferme à St-André-Avellin, au Québec, où il emploie une technique d’élevage pratiquement carboneutre.

Photo : Radio-Canada

À leur ferme, Brent Preston et Gillian Flies utilisent aussi des techniques pour minimiser leurs émissions de gaz carbonique.

Par exemple, en hiver, ils font pousser des pois, des tournesols, des trèfles et de l’avoine qu’ils n’ont pas l’intention de récolter. Ces cultures couvre-sol seront plutôt enfouies au moment de labourer la terre pour y faire pousser des concombres, des épinards, de la roquette et de la laitue.

Elles permettent de renforcer la capacité du sol à emmagasiner du carbone de l’atmosphère.

Des feuilles de plantes recouvertes de neige tenues dans un gant.

Des cultures couvre-sol, comme des trèfles ou des petits pois, permettent de rehausser la biodiversité des terres agricoles et de mieux séquestrer le carbone dans le sol.

Photo : Radio-Canada / Nicholas Boisvert

Le plus grand défi, selon Fermiers pour la transition climatique, sera d’encourager les agriculteurs et les éleveurs à se défaire de pratiques répandues dans l’industrie qui contribuent aux émissions de gaz carbonique.

Mme Flies montre du doigt, entre autres, le labourage intensif du sol, le manque de biodiversité aux fermes et l’usage de combustibles fossiles et de produits toxiques, comme des pesticides et des engrais.

La coalition s’attend d’ailleurs à une levée de boucliers des géants de l’industrie pétrochimique, comme Bayer et Syngenta, qui perdraient des ventes lors de cette vaste transition. Mme Flies souligne qu’une grande partie de l’information fournie aux agriculteurs vient de cette puissante industrie, ce qui pourrait compliquer la promotion de pratiques plus écologiques.

Des travailleurs portant des tenues de protection travaillent dans un champ.

Le glyphosate, un herbicide total très efficace et largement utilisé par les agriculteurs au Canada, défraie souvent la manchette ces derniers temps.

Photo : Reuters / Oswaldo Rivas

Ces nouvelles pratiques, selon M. Slomp, permettraient aux producteurs de réduire leurs coûts, en utilisant moins d’eau et de produits chimiques, d’améliorer le rendement des cultures, et ainsi de devenir plus rentables à long terme.

Agriculture carboneutre, trop coûteuse?

La Fédération canadienne de l’agriculture affirme, de son côté, que devenir carboneutre coûterait extrêmement cher.

L’agriculture est très vulnérable aux effets des changements climatiques. Les conditions humides pendant la récolte en 2019 ont forcé, par exemple, l’usage de séchoirs à grains, souligne la présidente Mary Robinson.

L’essence utilisée pour alimenter ces séchoirs n’est pas exemptée de la taxe carbone, précise-t-elle.

La Fédération estime qu’Ottawa doit exempter les carburants agricoles de la taxe fédérale sur le carbone et créer à la place des incitatifs qui récompensent les pratiques qui séquestrent le carbone et qui minimisent les émissions de gaz à effet de serre.

Anja Geitmann dans une ferme sur le campus universitaire.

Anja Geitmann, doyenne de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement à l’Université McGill.

Photo : Radio-Canada

Anja Geitmann, doyenne de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement à l’Université McGill, estime qu’il faudra un sérieux coup de main financier du gouvernement.

Ça c’est le problème. Tout changement est coûteux. Il faut établir des incitatifs pour convaincre les producteurs à faire ces changements.

Anja Geitmann, doyenne de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement, Université McGill

Elle ajoute que les pratiques les plus efficaces pour lutter contre les changements climatiques ne sont pas si évidents, étant donné un manque de données et de recherche scientifique.

Le problème avec l’agriculture carboneutre, c’est qu’il n’y a pas de recette qui fonctionne pour tout le monde, affirme Mme Geitmann.

Source: Radio-Canada

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