Économie

Des enchères déterminantes pour le sans-fil canadien s’amorcent mardi

Un moment important de l’évolution des services sans fil canadiens s’amorce mardi. Le gouvernement fédéral lance une mise aux enchères de nombreuses licences pour des réseaux sans fil de cinquième génération (5G) répartis partout au pays et dont l’objectif est simple : hausser la concurrence afin de faire baisser durablement les prix, tant en ville qu’en région.

Au terme de ces enchères qui s’étireront sur quelques semaines, le ministère fédéral de l’Innovation, de la Science et du Développement économique espère voir de nouveaux fournisseurs régionaux émerger dans le spectre fort convoité de fréquences de 3500 mégahertz (MHz) qui sera exclusivement destiné à des services sans fil associés aux fameux réseaux 5G.

Plus de fournisseurs signifie plus de concurrence et, par extension, des prix plus bas. Le ministère fédéral cite entre autres le Bureau de la concurrence du Canada et des études réalisées dans d’autres pays où le développement des réseaux 5G est plus avancé et indique qu’il est possible d’y voir un effet à la baisse de l’ordre de 30 à 40 % sur le coût des services de télécommunications quand de nouveaux fournisseurs font leur apparition.

Pour stimuler l’arrivée de nouveaux entrants, Ottawa leur réservera donc une dizaine de lots de fréquences de 50 mégahertz (MHz) dans les régions du pays où la disponibilité des fréquences le permet. Le gouvernement exigera de ces nouveaux venus qu’ils déploient rapidement leurs services de manière à couvrir une bonne part de la population le plus tôt possible.

Pour des régions urbaines comme Montréal et Sherbrooke, ces exigences signifient que les nouveaux venus — des sociétés comme Cogeco et Québecor ont par le passé été pressenties pour en faire partie — devraient pouvoir couvrir au moins 30 % du territoired’ici 2026, environ.

Dans les régions plus éloignées, où le spectre des 3500 MHz est aussi très performant, les exigences sont moins élevées : de 20 à 60 % de la population devra avoir accès aux services des nouveaux venus d’ici 7 à 20 ans, selon le cas.

Des participants jettent l’éponge

Cela dit, malgré la bonne volonté affichée par Ottawa, l’engouement généré par cette mise aux enchères s’est plutôt essoufflé ces dernières semaines, les exigences imposées et les coûts de développement prévus pour créer de nouveaux réseaux régionaux ou nationaux ayant pris de l’ampleur.

Ironiquement, c’est une décision d’un autre organisme fédéral qui a refroidi les ardeurs. Au moins un fournisseur indépendant, la société ontarienne TekSavvy, a annoncé plus tôt ce printemps qu’il comptait se retirer des enchères après que le CRTC eut décidé d’annuler une baisse du prix de gros de la bande passante du côté de l’Internet filaire résidentiel et commercial.

Au moins une entreprise de taille sera également absente des enchères : Freedom Mobile, le quatrième fournisseur en importance dans l’Ouest canadien, a annoncé qu’il ne participerait pas aux enchères. Shaw, la société propriétaire de Freedom, fait l’objet d’une offre de rachat par son rival Rogers et a préféré s’abstenir pour cette raison.

Une innovation coûteuse

Selon le gouvernement, ces enchères seront plus déterminantes pour l’avenir du secteur canadien du sans-fil que les enchères précédentes, qui remontent à 2019. À ce moment, une centaine de licences avaient été accordées à neuf participants dans le spectre des 600 mégahertz (MHz). Ottawa avait alors récolté 3,5 milliards de dollars. Cette fois-ci, ce sont 1500 licences du spectre des 3500 MHz réparties dans 172 régions du pays qui sont mises aux enchères.

Ces licences visent exclusivement le déploiement de nouveaux réseaux 5G. Ceux-ci sont perçus dans l’industrie comme l’équivalent pour le marché du sans-fil de ce que la fibre optique représentait pour l’Internet résidentiel il y a dix ans : la bande passante sera largement élargie, et le temps nécessaire pour échanger des données entre le réseau et les utilisateurs (la « latence ») sera grandement réduit.

Les fournisseurs canadiens de services sans fil déjà établis ont tous fait valoir ces derniers mois la somme colossale qu’il leur faudra investir pour bâtir leurs futurs réseaux numériques. À cette infrastructure s’ajoute le coût des lots de fréquences qu’ils comptent acquérir dans les prochains jours. D’autres fréquences plus élevées, appelées fréquences millimétriques, seront également mises aux enchères dans un avenir rapproché, possiblement plus tard cette année.

Bref, l’innovation attendue coûtera cher. Les experts doutent d’ailleurs que l’objectif du gouvernement de faire baisser les prix soit atteint, voire que les nouveaux fournisseurs espérés aient l’impact souhaité sur le marché du sans-fil.

Dans une note aux investisseurs résumant la situation, la firme d’analyse Counterpoint Research déplorait d’ailleurs dès la fin avril la stratégie des petits pas d’Ottawa, « là où des bonds de géant sont requis ».

« Le pouvoir reste dans les mains des fournisseurs nationaux » qui ont la « capacité financière d’investir pour déployer les nouveaux réseaux », conclut la firme, « et on peut supposer qu’ils ne voudront pas perdre d’argent dans l’aventure ».

Source: Économie – Le Devoir

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