Économie

Comment Winkler, au Manitoba, est devenue un paradis pour entrepreneurs

Sonia Shakosky avait toujours rêvé d’ouvrir sa propre boutique. C’est aujourd’hui devenu sa réalité et celle-ci s’appelle Willow Creek. Cette Manitobaine originaire de Morden, dans le sud du Manitoba, a réuni son courage et ses économies il y a un peu plus d’un an. Accompagnée de ses deux enfants, elle s’est lancée dans la folle aventure de l’entrepreneuriat.

La famille a ouvert son magasin spécialisé dans la vente d’articles de décoration d’intérieur dans une zone commerciale de Winkler, située à une dizaine de kilomètres, dans les locaux d’un ancien magasin de pneus. <q data-attributes= »{« lang »:{« value »: »fr », »label »: »Français »}, »value »:{« html »: »Nous sommes de Morden, mais il y avait déjà une boutique qui vendait ce type d’articles. Alors, nous avons pensé que Winkler était un bon endroit pour s’installer. C’est un centre pour les communautés autour. C’est ici que les gens viennent faire leurs courses », »text »: »Nous sommes de Morden, mais il y avait déjà une boutique qui vendait ce type d’articles. Alors, nous avons pensé que Winkler était un bon endroit pour s’installer. C’est un centre pour les communautés autour. C’est ici que les gens viennent faire leurs courses »}} » lang= »fr »>Nous sommes de Morden, mais il y avait déjà une boutique qui vendait ce type d’articles. Alors, nous avons pensé que Winkler était un bon endroit pour s’installer. C’est un centre pour les communautés autour. C’est ici que les gens viennent faire leurs courses, explique Sonia Shakosky, qui a toujours eu une passion pour la décoration d’intérieur.

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Comme cette famille, de nombreux autoentrepreneurs ont mis le cap sur Winkler. En 2016 et en 2017, la Ville de Winkler a délivré 72 nouveaux permis d’exploitation d’un commerce. Un peu plus de 100 nouvelles boutiques ont ouvert leurs portes entre 2010 et 2020.

Dina Harder présente des vêtements de sa boutique.

Dina Harder, originaire du Mexique, a trouvé à Winkler un endroit où il fait bon vivre, à la fois comme entrepreneuse et comme mère de famille.

Photo : Radio-Canada / Amelie David

Dilis Boutique, créée par Dina Harder, la belle-fille du maire de Winkler, fait partie de ces nouvelles enseignes. Situé dans des locaux neufs, ce magasin offre une variété de vêtements pour femmes. Pour moi, il n’y avait rien qui répondait aux besoins en vêtements d’une certaine catégorie de femmes, explique Dina Harder, avant d’aller conseiller deux clientes venues magasiner.

L’entrepreneuse a puisé dans ses économies personnelles pour lancer son magasin, mais a aussi pu compter sur l’aide de la mairie. Nous bénéficions d’une incitation fiscale de la Ville pour les nouveaux entrepreneurs. Cela permet d’alléger nos coûts pour les premières années. Ce n’est pas beaucoup mais c’est, en quelque sorte, pour nous remercier d’investir ici, résume Darril Harder, mari de Dina et administrateur de Dilis Boutique.

Une mairie tournée vers les entrepreneurs

Cette aide s’inscrit dans le programme d’aide financière commerciale et industrielle, mis en place par la Ville. Il permet aux nouveaux entrepreneurs, ou à ceux qui font des travaux, d’être exempts du paiement des taxes municipales sur une période de cinq ans, de manière dégressive.

Le maire de Winkler, Martine Harder, debout devant une des entreprises de la ville.

Martin Harder, maire de Winkler depuis 2006, pense que le classement de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante permet de mettre en lumière sa ville et ses atouts.

Photo : Radio-Canada / Amelie David

Par exemple, la première année, l’entreprise bénéficie d’une remise de 100 %, de 80 % la deuxième année et ainsi de suite jusqu’à atteindre 20 % la cinquième année. C’est un gros avantage. Cela permet d’obtenir du soutien, cela encourage l’activité et aussi le développement de nouveaux commerces, souligne fièrement le maire, Martin Harder.

Cette aide financière ne s’adresse pas seulement aux nouveaux commerçants. Les entreprises installées depuis de nombreuses années qui agrandissent leurs locaux peuvent aussi y prétendre. C’est le cas de la compagnie Steel Tech.

Cette entreprise spécialisée dans la fabrication de chaudière a été créée par Jake Friesen, de Winkler, et son associé il y a près de 20 ans. Conscient des enjeux environnementaux, le patron s’est orienté vers les énergies vertes. Steel Tech produit maintenant des chaudières qui ont un plus faible impact sur l’environnement.

Courage, investissements et solidarité

Pour répondre à la demande, nous devions déménager dans des locaux plus grands, explique le président, Jake Friesen.C’est pourquoi nous pouvons bénéficier des aides du programme, comme nous avons toujours pu compter sur les aides de la Ville.

Ces nouveaux bâtiments se situent dans la zone d’activités commerciales en pleine expansion, à l’est de Winkler. Là où, il y a quelques années, dit Martin Harder, il n’y avait que des champs à perte de vue.

Pour Jake Friesen, l’entrepreneuriat fait partie de l’ADN de Winkler depuis toujours. L’enfant du pays affirme avoir grandi entouré de familles qui avaient créé leur propre entreprise. Il y a près de 20 ans, quand le Manitobain a eu l’expérience et les moyens nécessaires, il a lui aussi décidé d’investir dans sa communauté.

Un homme se tient debout dans un atelier de son entreprise de fabrication de chaudières.

Selon Jake Friesen, président de Steel Tech, le plus dur reste de trouver des ingénieurs qualifiés pour travailler dans le domaine des énergies vertes.

Photo : Radio-Canada / Amelie David

Derrière ses petites lunettes rondes, l’homme aux yeux bleus perçants lâche, en balayant du regard l’atelier d’assemblage : Maintenant, je suis à la tête de cette entreprise avec mon associé. Mon épouse et mes trois enfants travaillent là aussi. Nous employons une cinquantaine de personnes. Que puis-je demander de plus?

Selon Jake Friesen, si son entreprise est toujours debout après 20 ans, c’est aussi grâce à la solidarité entre les acteurs économiques. Nous essayons aussi de nous soutenir, ajoute-t-il.

Les différentes boutiques et entreprises ne sont pas seulement des voisines ou des concurrentes, elles sont aussi devenues des alliées.

Ici, les commerces sont connectés entre eux. Les chefs d’entreprise prennent soin les uns des autres.

Desirae Hildebrand, cogérante de Willow Creek

Desirae Hildebrand ajoute : Les plus grands entrepreneurs d’aujourd’hui ont commencé comme de petites structures familiales. Tout le monde sait dans quel bateau nous sommes, et donc, je pense qu’il y a plus un esprit d’entraide entre nous qu’une véritable concurrence, même s’il en faut un peu tout de même.

Après un an d’existence, les créatrices de Willow Creek comme de Dilis Boutique estiment qu’elles doivent aussi leur bonne santé financière au soutien de la communauté. Selon Desirae Hildebrand, l’achat des produits locaux est une chose qu’ont à coeur les habitants de Winkler et de la vallée Pembina.

Dina Harder abonde dans son sens. <q data-attributes= »{« lang »:{« value »: »fr », »label »: »Français »}, »value »:{« html »: »En décembre, nous avons enregistré 150nouveaux clients. En général, nous avons entre deux et quatre personnes par semaine qui viennent dans la boutique pour la première fois », »text »: »En décembre, nous avons enregistré 150nouveaux clients. En général, nous avons entre deux et quatre personnes par semaine qui viennent dans la boutique pour la première fois »}} » lang= »fr »>En décembre, nous avons enregistré 150 nouveaux clients. En général, nous avons entre deux et quatre personnes par semaine qui viennent dans la boutique pour la première fois, explique la gérante.

Une place méritée

Pour tous ces entrepreneurs, voir Winkler nommée la deuxième communauté pour l’entrepreneuriat au Canada n’est pas une surprise. Nous avons vraiment une culture du travail ici, reprend le président de Steel Tech.

C’est une ville qui encourage la création et le développement d’entreprises, qui ouvre les portes aux entrepreneurs et non pas qui les ferme.

Jake Friesen, président de Steel Tech

D’après le maire de Winkler,Martin Harder, cette culture remonte aux années 1980. À l’époque, le premier élu s’engage à faire en sorte que, pour chaque diplômé de Winkler, il y ait un travail à la clef. Alors, les entrepreneurs ont embarqué dans cette vision. Ils ont dit qu’ils voulaient garder les jeunes à Winkler et faire de la ville un centre pour le commerce et l’industrie au Manitoba et bien au-delà, se targue le maire.

Un homme dans une entreprise de fabrication de chaudière.

Steel Tech a été obligée de remercier quelques employés en début d’année, car si la demande est en augmentation, elle n’a pas été aussi forte que prévu.

Photo : Radio-Canada / Amelie David

Très vite, les jeunes de la ville n’ont plus été assez nombreux pour pourvoir aux besoins de la main-d’œuvre des entreprises de la région. Dans le hall d’entrée de la mairie, le drapeau canadien est entouré de nombreuses autres bannières : Inde, Italie, Chine, Mexique…<q data-attributes= »{« lang »:{« value »: »fr », »label »: »Français »}, »value »:{« html »: »Mais là, nous n’avons pas encore mis les drapeaux de toutes les communautés qui vivent ici, précise le maire. Aujourd’hui, à Winkler, il y a environ 88communautés différentes qui cohabitent. », »text »: »Mais là, nous n’avons pas encore mis les drapeaux de toutes les communautés qui vivent ici, précise le maire. Aujourd’hui, à Winkler, il y a environ 88communautés différentes qui cohabitent. »}} » lang= »fr »>Mais là, nous n’avons pas encore mis les drapeaux de toutes les communautés qui vivent ici, précise le maire. Aujourd’hui, à Winkler, il y a environ 88 communautés différentes qui cohabitent.

Politique d’immigration agressive

L’explication? Une politique vigoureuse d’immigration commencée dans les années 1990 et qui continue aujourd’hui. La Ville a, en partenariat avec les instances provinciale et fédérale, mis en place plusieurs programmes afin d’attirer de nouveaux habitants. <q data-attributes= »{« lang »:{« value »: »fr », »label »: »Français »}, »value »:{« html »: »Par exemple, nous avons une entreprise qui emploie plus de 5000personnes, dont 85% sont des immigrantes », »text »: »Par exemple, nous avons une entreprise qui emploie plus de 5000personnes, dont 85% sont des immigrantes »}} » lang= »fr »>Par exemple, nous avons une entreprise qui emploie plus de 5000 personnes, dont 85 % sont des immigrantes, affirme le maire,Martin Harder.

D’après les chiffres de l’organisme Regional Connections, qui offre des services aux personnes immigrantes, entre 400 et 800 immigrants arrivent chaque année à Winkler. Il estime que 200 à 400 personnes supplémentaires s’installent dans les villages alentour.

Au volant de sa voiture, Martin Harder parcourt Winkler et montre avec fierté le travail accompli par son équipe au fil des années. Au fur et à mesure que Winkler est devenue ce cocon pour les entrepreneurs, il a aussi fallu assurer les services pour les personnes qui sont venues travailler et s’y installer avec leur famille. La Ville estime sa population actuelle à environ 14 500 personnes.

<q data-attributes= »{« lang »:{« value »: »fr », »label »: »Français »}, »value »:{« html »: »Là, c’est la bibliothèque inaugurée en2006. Là, c’est une des cinq écoles construites depuis que je suis devenu maire, en 2006″, »text »: »Là, c’est la bibliothèque inaugurée en2006. Là, c’est une des cinq écoles construites depuis que je suis devenu maire, en 2006″}} » lang= »fr »>Là, c’est la bibliothèque inaugurée en 2006. Là, c’est une des cinq écoles construites depuis que je suis devenu maire, en 2006, montre le premier élu, avant de s’arrêter devant un foyer pour personnes âgées récemment construit.

Fierté pour le maire et signe de vitalité pour les habitants et les entrepreneurs. Dans son magasin d’articles de décoration, Sonia Shakosky raconte la première année de son rêve. La gérante échange un regard complice avec sa fille avant de lancer : <q data-attributes= »{« lang »:{« value »: »fr », »label »: »Français »}, »value »:{« html »: »Oui, Winkler, c’est vraiment le bon endroit pour nous. », »text »: »Oui, Winkler, c’est vraiment le bon endroit pour nous. »}} » lang= »fr »>Oui, Winkler, c’est vraiment le bon endroit pour nous.

Trois questions à Simon Gaudreault, directeur principal de la recherche nationale pour la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI)

Winkler se classe 2e sur 125 communautés dans le classement. Pourquoi?

Depuis plus de 10 ans, La FCEI réalise un classement des villes les plus entrepreneuriales. Cela définit s’il y a un climat propice au développement et à la création d’entreprises. Pour établir notre classement, on a regardé une série d’indicateurs. Il faut bien comprendre que l’entrepreneuriat, c’est un phénomène complexe, ce n’est pas une science exacte. On a réussi à trouver 13 indicateurs qui, de notre point de vue, à la FCEI, étaient susceptibles de bien représenter le climat entrepreneurial.

On a groupé cela en trois sous-catégories : évaluation de la présence, à savoir s’il y a beaucoup d’autoentrepreneurs par habitant; les perspectives d’avenir, qui est un sondage auprès de tous nos membres pour évaluer leur degré de confiance, et puis les politiques locales mises en place pour favoriser le développement des entreprises. Winkler s’est bien classée dans ces trois sous-catégories. C’est une ville qui a bien tiré son épingle de jeu.

Est-ce que c’est étonnant de retrouver une municipalité rurale du Manitoba mieux placée que d’autres grandes villes de la province?

Ce n’est pas étonnant. Ce à quoi on pourrait s’attendre, c‘est de voir de grandes villes du pays, qui sont des grandes puissances économiques, en haut de la liste. Mais ce qu’on voit depuis le début, c’est que les grandes villes ont tendance à moins bien se classer, car les niveaux de taxation sont un peu plus élevés et, en fait, souvent, les communautés qui se classent bien sont en couronne et aussi des villes qui sont plus en région. Il y a plusieurs raisons qui expliquent cela : un développement économique important ou une économie qui est bien connectée à une industrie particulière.

Quel est l’impact de ce classement pour ces villes?

Nous souhaitons amener un climat de saine compétition avec des communautés qui veulent toujours améliorer leurs conditions. Nous souhaitons créer un incitatif pour soutenir nos entrepreneurs qui en ont bien besoin. Nous avons besoin que les communautés restent une bonne place d’affaires. Certaines communautés s’en servent pour faire de la publicité et pour attirer des investisseurs. Mais, pour nous, c’est avant tout un outil de diagnostic économique. C’est un regard sur le plan local, ce sur quoi les communautés sont en mesure de travailler, ce qui doit être amélioré et ce qui peut être conservé.

Source: Radio-Canada

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