Économie

À qui profite la flambée du prix du bois d’œuvre?

 

Au cours de la période de confinement liée à la COVID-19, le prix du bois de construction, comme les planches de deux par quatre, a augmenté de manière significative. On bat des records sur à peu près tous les produits du bois, confirme l’économiste du Conseil de l’industrie forestière du Québec, Michel Vincent.

Réal Vaudry, un producteur forestier de Lac-des-Aigles, déplore que ceux qui fournissent la matière première ne profitent pas, pour le moment, de cette hausse de prix.

Des bûches empilées les unes sur les autres dans une forêt.

Pour l’instant, la hausse de prix du bois d’œuvre ne se reflète pas dans le prix du bois rond (archives).

Photo : Radio-Canada / Steve Silva

Il n’y a pas eu une augmentation si fulgurante que ça pour nous les producteurs, souligne-t-il. Quelque part, je me posais la question : pourquoi ça a augmenté autant du côté du bois que les gens achètent en construction, alors que nous, par rapport à l’an dernier, c’est à peu près pareil?

Michel Vincent répond que ce n’est probablement qu’une question de temps. Les producteurs vont finir par en profiter, mais il y a un décalage, explique l’économiste.

<q data-attributes=”{“lang”:{“value”:”fr”,”label”:”Français”},”value”:{“html”:”Les entreprises de sciage avaient des inventaires de bois ronds, mais si elles veulent acheter plus de bois ronds, elles devront payer un prix plus élevé parce que les producteurs forestiers sont comme tout le monde: ils veulent avoir le plus de revenus pour leur produit”,”text”:”Les entreprises de sciage avaient des inventaires de bois ronds, mais si elles veulent acheter plus de bois ronds, elles devront payer un prix plus élevé parce que les producteurs forestiers sont comme tout le monde: ils veulent avoir le plus de revenus pour leur produit”}}” lang=”fr”>Les entreprises de sciage avaient des inventaires de bois rond, mais si elles veulent acheter plus de bois rond, elles devront payer un prix plus élevé parce que les producteurs forestiers sont comme tout le monde : ils veulent avoir le plus de revenus pour leur produit, ajoute l’expert.

Réal Vaudry raconte d’ailleurs que plusieurs de ses collègues de l’industrie ont décidé d’attendre pour couper leurs arbres, dans l’espoir d’obtenir une meilleure marge de profit.

La recette parfaite pour faire exploser les prix

Pour expliquer l’impressionnante augmentation des prix du bois d’œuvre, plusieurs facteurs liés à l’offre et à la demande doivent être étudiés, affirme Michel Vincent.

Du côté de l’offre, l’économiste du Conseil de l’industrie forestière note qu’au début du confinement, les prix ont chuté et plusieurs scieries ont ralenti ou interrompu leur production. Les inventaires ont baissé, parce que le bois se vendait quand même, dit-il.

En ce qui concerne la demande, elle a explosé. Les gens qui ont eu la chance de garder leur salaire, tout d’un coup, ils n’avaient aucune dépense de voyage, de restaurants ou de cinéma, donc ils avaient beaucoup de liquidités. En plus, ils étaient confinés chez eux, rappelle M. Vincent.

Si on a de l’argent et qu’on doit rester chez nous, on va améliorer notre sort. On s’est construit des terrasses, des cabanons, on a changé nos armoires, on a fait des rénovations à l’intérieur.

Michel Vincent, directeur Économie et marchés du Conseil de l’industrie forestière du Québec

Ensuite, l’industrie de la construction a aussi repris ses activités.

Avec une offre qui n’est pas encore tout à fait revenue ce qu’elle était avant la pandémie, selon Michel Vincent, tous les ingrédients étaient ainsi réunis pour faire augmenter les prix. Il y a eu comme eu un effet de rareté et c’est un marché qui est assez sensible, le marché du bois d’œuvre, indique-t-il.

L’économiste du Conseil de l’industrie forestière du Québec souligne aussi que le conflit du bois d’œuvre avec les États-Unis joue un rôle dans la hausse des prix, en raison des taxes qui atteignent environ 20 % sur les exportations canadiennes.

Il rappelle que les prix fluctuent énormément depuis plusieurs années dans l’industrie, ce qui est loin d’être idéal pour les scieurs. Ils voudraient de la stabilité dans les prix. On a vu des hausses suivies de baisses catastrophiques depuis 2018, dit Michel Vincent.

Une baisse à prévoir

Si les transformateurs obtiennent actuellement des prix très élevés pour le bois de construction, une baisse est à prévoir, d’après le Conseil de l’industrie forestière du Québec.

M. Vincent estime que le marché nord-américain est présentement très intéressant pour les producteurs de l’extérieur du continent, notamment les Européens.

Il explique que plusieurs forêts du Vieux Continent sont aux prises avec une épidémie d’insectes ravageurs, qui force des producteurs à abattre des arbres plus rapidement qu’ils le voudraient.

Il y a un surplus d’approvisionnement en bois rond, indique Michel Vincent. Les scieries européennes font du bois de sciage à ne plus savoir où le mettre. Le prix du bois de sciage est tombé, ce qui fait que les scieries européennes ont envie d’envoyer ce bois-là aux États-Unis.

Des planches empilées les unes sur les autres.

La concurrence européenne risque d’exercer une pression à la baisse sur les prix du bois d’œuvre, selon Michel Vincent (archives).

Photo : Radio-Canada / Francis Labbé

Un élément retarde toutefois leur arrivée sur les marchés nord-américains, d’après l’expert. Les scieries travaillent avec des mesures métriques en Europe. Nous, on travaille avec des mesures impériales.

Michel Vincent soutient que certaines entreprises européennes ont entamé le processus de conversion au système impérial afin d’exporter leur produit. Il faut s’attendre à ce qu’il y ait de la concurrence sur nos propres marchés en provenance d’Europe. Ça va exercer une pression à la baisse sur les prix.

Avec les informations de Patrick Bergeron et de Jérôme Lévesque-Boucher

Source: Radio-Canada

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