Arts

Les rappeurs de Toronto meurent et la Ville s’en inquiète

 

Une pétition lancée par le cinéaste torontois Director X, qui travaille avec des artistes comme Drake, Rihanna et Kendrick Lamar, vise à instaurer à Toronto un programme américain qui combat la violence de rue armée. La pétition a cumulé presque 27 000 signatures depuis sa création le 6 juin, et elle sera présentée lundi au conseil municipal de Toronto par l’un des maires-adjoints de la Ville, Michael Thompson.

Le rappeur torontois Houdini est accroupi et tient son collier autour du cou

Houdini a publié son dernier projet en mars. D’éminents artistes comme Tory Lanez, Meek Mill et Nav ont fait la promotion de sa musique au cours de sa brève carrière.

Photo : Houdini/Instagram

Fin mai, le rappeur Dimarjio Jenkins, nom de scène Houdini, a perdu la vie dans une fusillade en plein jour au centre-ville de Toronto. Il était considéré comme une étoile montante de la scène rap locale, ses chansons ayant été écoutées près de 20 millions de fois en 2019 sur la plateforme musicale en ligne Spotify.

Un homme qui chante.

Âgé de 24 ans, Bvlly venait de sortir un album, intitulé Made in Austria, en septembre dernier, quand il a été fusillé dans sa résidence.

Photo : Capture d’écran, Youtube

Dimarjio Jenkins n’est pas le seul rappeur torontois qui a récemment perdu la vie. Au moins 15 rappeurs de la région de Toronto ont été abattus dans les dernières années. En février, le rappeur torontois Tyronne Noseworthy, 19 ans, et deux autres jeunes ont perdu la vie dans une fusillade survenue dans un condo loué sur Airbnb. La veille de Noël 2019, Jahquar Stewart, nom d’artiste, Bvlly, a été abattu dans sa maison à Oshawa.

En juin 2018, Jahvante Smart, 21 ans, et Ernest Modekwe, 28 ans, connus sous leurs noms d’artistes Smoke Dawg et Koba Prime, respectivement, sont morts de blessures subies lors d’un attentat devant une boîte de nuit à l’intersection des rues Queen Ouest et Peter.

À lire aussi :

La violence armée tue les occasions commerciales du rap local

Selon Director X, un réalisateur de films et de vidéoclips qui travaille avec des artistes rap de renommée internationale, la violence armée associée à certains artistes du milieu rap torontois leur coûte leur succès commercial.

Le portrait d'un homme

Director X est un réalisateur de films et de vidéoclips qui travaille avec des artistes rap de renommée internationale.

Photo : Getty Images / Ilya S. Savenok

Lorsque vous signez avec un label ou que vous travaillez avec un imprésario, il y a tout un tas de gens qui vous entourent quand vous faites un concert, quand vous allez à une station de télévision ou de radio, ou pour une séance photo, souligne le cinéaste.

Si vous êtes un rappeur et que vous êtes constamment menacé et que les gens cherchent à vous tuer, qui diable va travailler avec vous?

Director X, réalisateur et militant contre la violence armée

Le réalisateur de vidéoclips travaille avec certains des plus grands rappeurs au monde. Il affirme que l’industrie musicale rejettera les artistes rap qui attirent les problèmes.

Personne ne voudra travailler avec vous. Point final! C’est dangereux d’être avec vous, donc personne ne signera de contrat avec vous, insiste le réalisateur, qui affirme qu’il aurait bien voulu travailler avec Houdini ou Smoke Dawg, une autre étoile montante de la scène rap locale tuée en 2018, si ces derniers n’avaient pas perdu la vie.

Selon M. Thompson, la scène rap locale vit un dilemme. Si certains artistes vantent leur image criminelle et violente dans les paroles de leurs chansons pour divertir leur public, ceux-ci sont souvent les artistes les plus populaires et recherchés.

Photo d'un homme derrière un micro; des femmes et un enfant sont derrière lui

Michael Thompson, l’un des maires-adjoints de Toronto, siège au Comité consultatif pour la musique de la Ville, et est aussi l’ambassadeur pour l’économie nocturne de la métropole.

Photo : Radio-Canada

Mais M. Thompson, qui siège aussi au Comité consultatif pour la musique de la Ville de Toronto, affirme qu’il aurait des préoccupations par rapport à engager un artiste rap local pour une performance commanditée par la Ville.

Pour la plupart, il semble y avoir un risque associé à certains de ces rappeurs, affirme le conseiller Thompson, qui indique que la Ville ferait ses devoirs et prendrait la décision d’engager un artiste rap local en fonction du risque qu’il présente à la sécurité publique.

S’il y avait un rappeur qui, partout où il allait, la violence le suivait, alors ce ne serait pas mon premier choix, souligne Michael Thompson, en ajoutant que c’est regrettable, car c’est clair que ce qu’on veut, c’est de créer des occasions pour ces jeunes hommes et femmes.

Un homme au crane rasé et en costume parle devant un pupitre de la police de Toronto.

Le surintendant de police Steve Watts, du Bureau de lutte contre le crime organisé admet que la lutte contre les gangs de rue doit se faire en collaboration avec les organismes communautaires.

Photo : Radio-Canada

Selon le commandant de l’Unité du crime organisé du Service de police de Toronto, Steve Watts, si un membre du Service de police de Toronto possède des informations qui pourraient lui faire croire qu’une ou plusieurs personnes pourraient être touchées par des activités criminelles, en particulier de la violence, il incombe à la police de protéger ces personnes.

Cela peut se traduire par une obligation de les avertir d’un tel risque, a-t-il déclaré par courriel à Radio-Canada, faisant référence aux propriétaires de bars ou des lieux de performance musicale.

Un programme communautaire anti-crime veut s’exporter à Toronto

Lundi, M. Thompson présentera la pétition pour mettre en place le programme Advance Peace à Toronto devant le conseil municipal de la Ville.

Elle sera accompagnée d’une motion demandant à l’équipe de financement du développement social de la Ville de travailler avec Advance Peace pour voir comment nous pouvons l’intégrer dans le cadre d’une variété d’initiatives pour nous concentrer sur les jeunes et les gangs de rue violents, a-t-il indiqué.

Créé en Californie en 2010, le programme Advance Peace a obtenu des résultats impressionnants. Depuis l’adoption du programme, la ville californienne de Richmond a connu une réduction de 85 % de ses fusillades causant des blessures, passant de 242 incidents en 2007, à 37 en 2019. La ville a aussi connu une baisse de 65 % du nombre de meurtres, peut-on lire sur le site web de Advance Peace. En 2017, le programme a été adopté par la ville de Sacramento, en Californie, avec un succès similaire.

Le programme cible les jeunes les plus violents des gangs de rue, et mise sur d’anciens gangsters violents, mais réformés, qui offrent du mentorat et incitent les jeunes à s’éloigner de la criminalité à travers une approche fondée sur la méditation, et qui reconnaît le fait que ces jeunes ultras violents sont eux-mêmes des victimes de traumatismes qu’ils ont subis dans leurs vies.

Selon Director X, mettre des jeunes susceptibles de violence armée en prison ne résout pas le problème de façon durable : Si vous les enfermez, quelqu’un prendra simplement leur place, affirme-t-il.

Il estime plutôt que lorsque vous mettez ce jeune sur la bonne voie, devinez qui garde la paix dans le quartier? C’est eux. Notre meilleur outil pour rendre Toronto plus sécuritaire, c’est le même jeune qui rend Toronto dangereux.

Source: Radio-Canada | Arts

Ajouter un commentaire

Click here to post a comment

%d blogueueurs aiment cette page :