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Il travaille dans l’ombre des pianistes depuis plus de 50 ans

 

Charles Tanguay a entamé sa carrière au début des années 1970. L’homme maintenant âgé de 69 ans se souvient qu’il n’avait même pas 20 ans à l’époque.

Moi, j’étais technicien en électronique et ce n’est pas ce que je préférais, et puis j’ai eu l’opportunité de travailler chez Migneault qui était vendeur de pianos Yamaha et puis d’aller faire une formation fournie par Yamaha, raconte Charles Tanguay, qui était loin de se douter à ce moment qu’il continuerait dans ce domaine pendant 50 ans.

Charles Tanguay manipule les cordes d'un piano.

Charles Tanguay accorde des pianos depuis plus de 50 ans.

Photo : Gracieuseté

Au fil des ans, il a su se faire un nom et obtenir la confiance des musiciens

Il faut beaucoup de patience, avoir l’oreille évidemment pour entendre le bon son, précise M. Tanguay, qui nous apprend d’ailleurs que le seul à accorder les pianos avant lui dans les années 1970 était un non-voyant.

Un art qui demande beaucoup de travail

Il faut beaucoup de temps pour faire sa marque dans le métier.

Il faut au moins 150 à 300 pianos accordés pour que l’école qui s’occupe des formations te passe un examen, c’est énormément de pratique, souligne-t-il.

Un piano Yamaha.

Un piano Yamaha

Photo : Gracieuseté

Étonnamment, Charles Tanguay ne joue pas de piano. Il affirme être à peine capable de jouer une pièce. Accorder un piano et en jouer sont deux domaines bien distincts puisque, selon lui, les plus grands pianistes au monde eux-mêmes n’accordent pas leur instrument.

Il y en a qui s’essaient. Par exemple, on a prêté un marteau à un bon musicien et on lui a dit : “Amuse-toi”. Il a commencé le matin et à la fin de la journée, quand il est épuisé, il [le piano] est encore plus faux que quand il a commencé. C’est 230 cordes, et sur une note, tu as 3 cordes. Alors faut vraiment que ce soit bien fait.

De l’Abitibi-Témiscamingue jusqu’au Nord de l’Ontario

Charles Tanguay mentionne qu’il a souvent travaillé entre 60 et 70 heures par semaine. Il doit aussi faire beaucoup de route, parce qu’il répare les pianos directement chez les gens. Il estime que 5 % à 10 % des foyers ont un piano à la maison, en plus de toutes les écoles et salles de spectacle.

Je vais jusqu’à Témiscaming-Sud, Lebel-sur-Quévillon, Matagami vers le nord, puis de Timmins à Témagami, en Ontario. J’aime la musique, alors ça me donne l’occasion d’en écouter, explique Charles Tanguay

Son métier lui a aussi permis de rencontrer les meilleurs pianistes.

Louis Lortie, Alain Lefèvre, Oliver Jones, plusieurs fois Gregory Charles, nous énumère M. Tanguay.

Alain Lefèvre jouant du piano dans la pénombre d'un studio.

Le pianiste Alain Lefèvre

Photo : Radio-Canada / Mathieu Lavoie

Il assure d’ailleurs qu’avant chaque concert, le piano doit être accordé.

Mécaniquement, il faut que le piano soit en parfaite condition. Un piano de concert, ça ressemble à une auto de compétition. Les mécaniciens travaillent sur ça régulièrement, le piano de concert, ce n’est pas seulement de l’accorder, il faut qu’il soit en pleine forme, pas à 95 %, mais à 100 %, pour que l’artiste soit satisfait, affirme Charles Tanguay.

Rencontrer ces musiciens reconnus est d’ailleurs pour lui une grande fierté.

On fait notre travail sur le piano du mieux qu’on peut et après le concert ils nous disent : “Chapeau! J’ai bien aimé le travail que tu as fait sur le piano.” C’est la plus belle récompense qu’on ne peut pas obtenir, indique l’accordeur.

Il se prépare maintenant à passer le flambeau.

À l’approche de la retraite, Charles Tanguay était inquiet pour l’avenir du métier, mais il a récemment trouvé et formé son remplaçant après plus de 10 ans de recherche. Il estime que les pianistes seront entre bonnes mains après son départ, ce qui était très important pour lui.

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Source: Radio-Canada | Arts

1 Comment

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  • M. Charles Tanguay et moi avons le même âge et j’ai commencé mon apprentissage de l’accordage du piano dans les mêmes années que lui.
    C’était l’époque des accordeurs “de la vieille école” car à part la formation donnée pour les non-voyants, il n’y avait pas d’école pour apprendre son métier. On apprenait “sur le tas” ou en suivant un accordeur pendant quelque temps comme le remplaçant de M. Tanguay qu’il a formé lui-même.
    Mais grâce à l’Internet, un apprenti accordeur de piano peut très bien trouver une formation pour lui donner un bon départ dans son nouveau métier.
    Je suis moi-même l’auteur du “Tutoriel multimédia de l’accordage du piano” que j’offre sur https://comment.accorderunpiano.com
    Quand j’ai commencé dans les années 70, il n’y avait que les livres mais aujourd’hui avec la vidéo, c’est comme si on suivait un accordeur car on peut observer les gestes associés à la pratique du métier d’accordeur de piano.

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